À Venise, la marée haute de novembre 2019 a submergé 80% de la ville, dont la célèbre basilique Saint-Marc
À Venise, la marée haute de novembre 2019 a submergé 80% de la ville, dont la célèbre basilique Saint-Marc

Notre patrimoine culturel en péril - #CulturePrime

Publicité

Ces hauts-lieux culturels menacés de disparition à cause du réchauffement climatique

Par

Le fil culture | Venise est touchée par des inondations record. En "alerte rouge" météo ce samedi. L’eau y est montée jusqu’à 1,87 m, sa pire marée haute depuis 53 ans, envahissant les divers monuments de la cité classée. Retour sur cinq hauts-lieux culturels, comme Venise, menacés par le réchauffement climatique.

Venise est en "alerte rouge" météo ce samedi. L’état d’urgence pour catastrophe naturelle y a été décrété ce jeudi par le gouvernement italien. La Cité des Doges a été submergée à 80% par une "acqua alta" comme peu connue jusqu’à présent. Le niveau de l’eau est monté à 1,87 mètre mardi, son deuxième record historique après celui du 4 novembre 1966, il y a 53 ans donc. Pour le ministre italien de l'Environnement Sergio Costa, c'est la tropicalisation de la météo, avec de fortes précipitations et de fortes rafales de vent, qui a causé la fragilité de la ville. Le réchauffement climatique met aussi en danger le patrimoine culturel mondial, comme à Tombouctou, Athènes, sur l’île de Pâques ou à Arles.

Venise et la basilique Saint-Marc

À Venise, la marée haute record de ces derniers jours a notamment provoqué l'inondation de la basilique Saint-Marc. L’eau y est entrée à hauteur d’un mètre, la crypte et le presbytère ont eux été complètement noyés. "Nous avions dit l’année dernière que la basilique vieillissait de vingt ans à chaque marée haute mais cela risque d’être beaucoup plus encore pour celle-ci" a déclaré à l’AFP l’administrateur en chef du monument, Carlo Alberto Tesserin. Construite en 828, la basilique est située dans l’une des zones les plus basses de la ville. "Le sel entre dans le marbre, dans les briques, partout" a précisé Carlo Alberto Tesserin, qui déplore des dégâts à hauteur de plusieurs millions d’euros. 

Publicité

D’après Pierpaolo Campostrini, un autre administrateur de la basilique, de telles inondations ne se sont produites que cinq fois dans l’histoire de ce joyau de l'art byzantin, dont trois au cours des vingt dernières années (la plus récente datant de 2018). 

À Venise, la marée haute de novembre 2019 a submergé 80% de la ville, dont la célèbre basilique Saint-Marc.
À Venise, la marée haute de novembre 2019 a submergé 80% de la ville, dont la célèbre basilique Saint-Marc.
© AFP - Filippo Monteforte

Bâtie sur 118 îles et îlots, la Sérénissime risque d’être engloutie, elle s’est enfoncée de 30 cm en un siècle. Elle pourrait aussi tout simplement être submergée. Selon une étude publiée par des scientifiques des universités de Kiel (Allemagne) et Southampton (Royaume-Uni), Venise est sujette à un très fort risque de montée du niveau de la mer. D’ici 2100, il pourrait grimper au-dessus de 2,2 mètres. 

Pour y faire face, un projet de digues, baptisé MOSE (ou Moïse en italien) a été lancé il y a quinze ans. Mais retardé par des malfaçons et des enquêtes pour corruption, il n’est toujours pas terminé. Il repose sur l’installation de 78 digues flottantes qui se relèvent et barrent l’accès à la lagune en cas de montée des eaux jusqu’à trois mètres de hauteur. "Un projet fantôme" a dénoncé le maire de Venise, Luigi Brugnaro. Le Premier ministre Giuseppe Conte a assuré "qu’il est prêt à 93% et sera achevé au printemps 2021". 

15 ans après son lancement, le projet Moïse n'est toujours pas terminé. Le reportage de Bruce de Galzain à Venise, diffusé le 14 novembre 2019

1 min

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Les mosquées et mausolées de Tombouctou 

Tombouctou fait partie des 54 sites inscrits au patrimoine mondial en péril de l’Unesco. Située au cœur du Mali, à proximité du fleuve Niger et aux portes du désert, elle est menacée depuis plusieurs années par l’avancée des dunes. Entre juillet 2018 et juillet 2019, "plusieurs localités de la région ont été touchées par les inondations, les crues et l’érosion" d’après un article de l’Unicef au Mali, qui aide les populations locales à avoir accès à l’eau. Mais c’est surtout le sable qui menace la ville aux trois mosquées et seize mausolées construits entre le XVe et XVIe siècle. Car au fil du temps, les dunes qui entourent la ville recouvrent ses trésors. Une habitante âgée d’une soixantaine d’années interrogée par l’Unicef raconte ainsi que dans son enfance, "la faune et la flore étaient luxuriantes à Tombouctou".

Aujourd’hui, les sites les plus exposés sont les tombeaux situés à l’extérieur de la ville. "On pense que certains mausolées ont déjà disparu à cause de l’ensablement", expliquait à France Culture Lazare Eloundou, directeur adjoint de la Division du patrimoine de l’Unesco. D’après un article du journal Ouest France de novembre 2017, chaque année, le désert avance de six mètres. L’ensablement touche également le fleuve Niger. En 2018, la Banque mondiale a approuvé un projet de réhabilitation de 27,8 millions de dollars du fleuve Niger dans sa partie malienne, pour permettre notamment la mise en place d’opérations de dragage de sable. 

Quant aux mausolées de Tombouctou, la seule solution pour remédier à leur ensablement est le plantage d’arbres autour de la ville. 

L’Acropole d’Athènes 

À Athènes, outre la pollution atmosphérique et les pluies acides qui provoquent l’érosion du marbre, les phénomènes météorologiques extrêmes menacent les temples et les murs antiques. Lors de l’ouverture de la conférence internationale "L’impact du changement climatique sur le patrimoine culturel : relever le défi" qui s’est tenue à Athènes en juin dernier, le président grec Prokopios Pavlopoulos a déclaré : "Malheureusement, notre patrimoine culturel n’est pas resté intact. Il a subi les effets du changement climatique. Les derniers rapports du Giec illustrent avec clarté que si nous n’agissons pas dans l’immédiat, les dégâts causés à l’ensemble des monuments du monde peuvent devenir irréparables". Lors de ce sommet, les scientifiques ont alerté sur la situation des monuments grecs. Le passage soudain de périodes d’inondations à des périodes de sécheresse déstabilise les monuments. 

La secrétaire générale du ministère grec de la Culture, Maria Vlazaki, a expliqué à l’agence Reuters que "les structures (de la ville antique) connaissent une érosion plus forte que par le passé". Si l’Acropole, l’un des sites archéologiques les plus visités au monde, est affecté par le changement climatique, il en va de même pour l’ensemble des sites archéologiques de la ville et du pays. Et tous ne font pas l’objet d’efforts particuliers comme l’Acropole. "Chaque année, le nombre de dossiers augmente. Nous débloquons davantage de fonds pour protéger des cités antiques qui n’avaient pas de problèmes jusqu’alors et pour protéger le littoral" a ajouté Maria Vlazaki. 

Ce problème ne date pas d’hier : en 1978 déjà, les voitures étaient bannies des hauteurs de l’Acropole. En cause, la pollution qui causait l’érosion des vieilles pierres de ses monuments. À l’époque, parmi les nombreuses solutions proposées, indique un vieil article du New York Times, celle de recouvrir l’Acropole d’une bulle en plastique. Mais elle n’a pas été appliquée. Mieux abriter les monuments et mettre en place un système de surveillance pour mieux les protéger en cas de phénomène météorologique exceptionnel, c’est ce que prône Christos Zerefos, professeur à l’Académie d’Athènes interrogé par Reuters. 

Les 49 lieux culturels classés au patrimoine mondial de l'Unesco et sujets à la montée de eaux ou à l'érosion d'après une étude publiée en octobre 2018
Les 49 lieux culturels classés au patrimoine mondial de l'Unesco et sujets à la montée de eaux ou à l'érosion d'après une étude publiée en octobre 2018

Les Moaï de l’île de Pâques

Les Moaï de l’île de Pâques sont menacés par la montée des eaux. C’est ce qu’indique l’UNESCO dans un rapport de 2016. La sécheresse et l’érosion côtière menacent aussi la petite île de l’océan Pacifique. Les ahu (plateformes qui portent ces statues géantes) risquent d’être fortement endommagés par les vagues, de plus en plus hautes et puissantes en raison du réchauffement et les Moaï installés dessus pourraient tout simplement basculer.

Le New York Times racontait l’an dernier que les plateformes funéraires qui bordent l’île sont brisées par des vagues de plus en plus offensives, depuis plusieurs années. Des pans entiers d’un mur se sont aussi effondrés sur un site de la côte sud de l’île. Une digue a été installée pour protéger la côte des vagues, mais difficile de savoir si cela sera suffisant.   

Moaï sur la plage d'Anakena, à quelques dizaines de mètres de la mer, en 2003
Moaï sur la plage d'Anakena, à quelques dizaines de mètres de la mer, en 2003
© Getty - DeAgostini

En septembre dernier, le Giec a alerté sur les conséquences du réchauffement climatique sur les océans. D’après les prévisions des experts du climat à l’ONU, le niveau de la mer devrait monter de 43 cm d’ici 2100 si la planète ne se réchauffe que de 2°C. Mais dans un monde à +3°C ou +4°C, ils estiment que le niveau monterait de 84 cm. Sur la période 1901-2010, le niveau de la mer a augmenté de 19 centimètres en moyenne.

Au XXIIe siècle, le rythme d’élévation serait bien plus rapide, avec une montée de plusieurs centimètres par an, jusqu’à plusieurs mètres en 2300. Des chercheurs de l’Université nationale d’Australie ont, eux, envisagé un scénario bien plus catastrophique. Ils ont étudié la dernière période de réchauffement il y a 125 000 ans, lorsque l’eau était montée en moyenne de trois mètres par siècle, en raison de la fonte des glaces et que les températures moyennes étaient d’un degré de plus qu’actuellement. Un passé qui ne présage rien de bon pour le futur des célèbres statues qui longent les côtes de l’île de Pâques. 

Les monuments romains et romans d’Arles

En France, c’est la ville d’Arles, située près de la Méditerranée, qui est menacée par la hausse du niveau de la mer. Ses monuments romains et romans, classés au patrimoine mondial, parfois vieux de plus de 2 000 ans sont en danger. Les arènes, le théâtre antique, les thermes, les remparts ou encore l’église St-Trophime ont tous été référencés par une étude de 2018 parmi les 49 sites culturels méditerranéens classés par l'Unesco et menacés par la montée du niveau de la mer.

D’ici 2100, d’après cette étude, le niveau de l’eau pourrait monter jusqu’à 1,8 mètre sur cette partie de la côte méditerranéenne française. En amont de la Cop 21 en 2015 à Paris, Christian Mourisard, adjoint au maire d’Arles en charge du patrimoine et du tourisme, avait déclaré : 

Nous avons la chance d’avoir des monuments hors d’eau – les Romains ont construit sur les points hauts de la ville (…) Nous n’avons à ce jour heureusement aucun signe avant-coureur de risque sur un monument, à l’exception des thermes de Constantin qui se trouvent au bord du Rhône.                                                              
Christian Mourisard, adjoint au maire d'Arles en charge du patrimoine

Les Arènes d'Arles sont un amphithéâtre romain construit vers 80 apr. J.-C. / 90 apr. J.-C.
Les Arènes d'Arles sont un amphithéâtre romain construit vers 80 apr. J.-C. / 90 apr. J.-C.
© Getty - Marka/Universal Images Group

Mais comment anticiper la montée des eaux à l’échelle d’une ville pour protéger son patrimoine ? Dans leur étude, les chercheurs des universités de Kiel et Southampton évoquent le déplacement des monuments, notamment lorsque le risque de montée des eaux est très élevé. Une hypothèse qui nécessiterait de multiples études afin d’évaluer la faisabilité de tels projets. 

Vidéo réalisée par Derwell Queffelec