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Cette nouvelle génération qui fait grandir l’Europe à l’Est

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Milojko Spajic et Jakov Milatovic (au centre), célèbrent leur poussée électorale dimanche 23 octobre 2022 lors des municipales à Podgorica, Monténégro.
Milojko Spajic et Jakov Milatovic (au centre), célèbrent leur poussée électorale dimanche 23 octobre 2022 lors des municipales à Podgorica, Monténégro.
- Pokreta Evropa Sad !

L’émergence soudaine d’un duo de jeunes économistes, dimanche 23 octobre 2022, aux municipales dans la capitale du Monténégro, vient renforcer le camp des pro-européens et anti-corruption, désormais omniprésent dans les métropoles de l’Europe de l’Est.

Ils affichent un profil désormais classique en Europe de l’Est : jeunes, formés sur le Vieux Continent ou en Amérique, profondément pro-européens et résolument engagés contre la corruption. Le duo d’économistes de 35 ans, Milojko Spajic et Jakov Milatovic, a érigé son mouvement politique, créé le 26 juin 2022, à la deuxième place lors des élections municipales à Podgorica, capitale du Monténégro.

Leur "mantra" ? Faire de la politique différemment, comme toute une génération d’experts formés à l’Ouest et revenus dans leurs pays, au Monténégro bien sûr, mais aussi en Bulgarie, en Roumanie, en Slovénie, en Slovaquie. Le programme commun de tous ces nouveaux dirigeants : lutte contre la corruption, rapprochement de l’Europe et libéralisme économique.

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Des "exilés" brillants

Lorsqu’il passe son bac à Pljevla, une ville très proche de la Serbie, Milojko "Mickey" Spajic est considéré comme l’un des meilleurs élèves de sa génération au Monténégro. Il part poursuivre des études d’économétrie à l’université d’Osaka, au Japon, passe par l’université de Pékin avant de rejoindre HEC, en France. Le polyglotte – il parle cinq langues – travaillera à Paris, Tokyo, Singapour et à New York.

Son ami Jakov Milatovic est, lui, originaire de Podgorica – Titograd, en 1986. Il a passé son bac dans le meilleur lycée de la capitale et étudié l’économie à l'université du Monténégro. Brillant élève, il poursuit son cursus à Chicago, un haut-lieu de la pensée économique, puis à Vienne, à Rome et à Oxford. Il travaillera plus tard pour la  fondation allemande Konrad Adenauer et dans les plus grandes banques à Francfort, à Londres, dans l’Union européenne et dans toute l’Europe centrale.

Lorsque les deux hommes décident de rentrer au Monténégro, c’est pour lui offrir leur expérience. En décembre 2020, avec la victoire de l'opposition et l’arrivée au pouvoir de l'indépendant Zdravko Krivokapic, Spajic est nommé ministre de Finances et Milatovic, ministre de l’Économie. Ils n’ont alors aucune étiquette politique.

Le 26 juin 2022, le duo crée "L’Europe maintenant !" ( Pokreta Evropa Sad !), autour de trois grands dossiers : la lutte contre la corruption, endémique dans tous les pays anciennement communistes des Balkans, l’Europe, qu’ils ambitionnent de rejoindre, et le libéralisme, leur credo économique. Le reflet de leur parcours, en quelque sorte, mais aussi le sens de l’histoire dans l’Europe centrale et orientale.

L’émergence d’une plateforme

La présidente Zuzana Caputova porte un projet européen, libéral et anticorruption à Bratislava depuis juin 2019.
La présidente Zuzana Caputova porte un projet européen, libéral et anticorruption à Bratislava depuis juin 2019.
© AFP - VLADIMIR SIMICEK

La Bulgarie, pays membre de l’Union européenne, a porté au pouvoir un duo idéologiquement proche de Spajic et Milatovic. Avec leur parti "Nous continuons le changement" (PP), Kiril Petkov, 42 ans, Premier ministre, et Assen Vassilev, 45 ans, ministre des Finances, ont été aux commandes à Sofia du 13 décembre 2021 au 2 août 2022. Mêmes causes, mêmes effets : de brillants économistes formés en Amérique du Nord revenus au pays.

En Roumanie, c’est le mathématicien Nicusor Dan, leader du mouvement "l’Union sauvez la Roumanie !", fondé en 2016, qui a pris la mairie de Bucarest. En Slovénie, depuis le 24 avril 2022, le pouvoir est aux mains du centriste Robert Golob, un expert des énergie propres à la tête d’un mouvement libéral, écologiste, pro-européen. Enfin, en Slovaquie, tête de pont de cette vague moderniste, l'élection présidentielle de mars 2019 a porté au pouvoir Zuzana Caputova, une avocate spécialisée dans la protection de l'environnement et les droits de l’homme proche du mouvement "Slovaquie progressiste" (PS). Le gouvernement élu en 2020 à Bratislava est dirigé par le libéral Eduard Heger, du parti anti-corruption de centre-droite "Les gens ordinaires et personnalités indépendantes" (OL’aNO).

Cette nouvelle offre politique s’appuie sur un électorat jeune, éduqué et urbain, un public qui vient de l'économie, du business, sensible aux problématiques écologique et imprégné d’Europe. Sur cette génération, parfois formée dans les universités européennes, le communisme et le nationalisme n’ont pas de prise. Elle constitue une puissante réponse aux poussées populistes qui émaillent le Vieux Continent.