Ceuta : regards sur un inaccessible Eldorado

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Ceuta : regards sur un inaccessible Eldorado

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Des migrants font face à un soldat espagnol après leur arrivée par la mer à Ceuta, le 18 mai 2021.
Des migrants font face à un soldat espagnol après leur arrivée par la mer à Ceuta, le 18 mai 2021.
© AFP - Antonio Sempere

Le monde dans le viseur. Environ 8 000 migrants ont passé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, sur fond de crise diplomatique majeure entre Madrid et Rabat. Le photojournaliste Antonio Sempere, présent sur place, témoigne en images d'une actualité qui lui "fend le cœur".

"Sur son rocher, cet homme perd le rêve de la liberté." Le journaliste espagnol Antonio Sempere tente de se mettre à la place du réfugié qu’il vient de photographier. Ce jeune homme, debout sur une pierre, semble "marcher sur l'eau" jusqu'à ce moment précis où il s'aperçoit que son avenir s'assombrit, devient flou, comme le militaire espagnol qui s'apprête à l'accueillir. Une troisième personne ferme ce triangle de lecture comme une conclusion. Exténué après sa tentative de passage, il s'effondre sur la plage, son aventure se solde par un échec. Ces migrants font partie des 8 000 migrants qui ont traversé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, située au nord-ouest du Maghreb. 

Certains sont passés par la mer à la nage ou sur des bouées, d’autres en évitant la haute jetée de béton qui sépare le Maroc de la plage d’El-Tarajal, côté espagnol. La grande majorité a depuis été expulsée vers le Maroc par les autorités espagnoles. "Je veux montrer cette tragédie humanitaire, confie le journaliste qui travaille sur place depuis 2014. Voir ces petites filles et ces petits garçons dans l’eau me fend le cœur." 

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Marée humaine inédite

Antonio Sempere, qui est né à Ceuta, est particulièrement sensible à la question migratoire, récurrente depuis de nombreuses années sur ce territoire. Cet afflux massif reste toutefois exceptionnel. Il est le résultat d’une crise diplomatique entre Madrid et Rabat. Le Maroc accuse le gouvernement espagnol de soutenir le Front Polisario après que le chef de ce groupe indépendantiste sahraoui a été admis en Espagne pour y être soigné de la Covid-19. En ouvrant ses frontières, le Maroc est soupçonné de "chantage"

Antonio Sempere, pour l'AFP, a bien entendu pris des photos d’ensemble pour montrer les milliers de personnes dans l’eau. Le reporter a aussi pris ce cliché "instinctivement", dit-il, pour montrer la route de l’immigration qui s’arrête brutalement.

Je vois d’abord leur joie d’arriver sur la plage. "Vive la liberté", crient-ils. Sauf que, très vite, ils se rendent compte que la police est là pour les refouler. Des personnes pleurent et implorent les forces de l’ordre de pouvoir rester.

"Je vois d’abord leur joie d’arriver sur la plage. "Vive la liberté", crient-ils. Sauf que, très vite, ils se rendent compte que la police est là pour les refouler"
"Je vois d’abord leur joie d’arriver sur la plage. "Vive la liberté", crient-ils. Sauf que, très vite, ils se rendent compte que la police est là pour les refouler"
© AFP - Antonio Sempere

C’est ce qui fait la puissance de cette image, selon Aurélie Audureau, responsable du service photo au Parisien/Aujourd’hui en France. "On est attiré par la diagonale entre le militaire et le migrant sur son rocher, analyse-telle. Ça nous questionne assez vite, car il y a cet homme à terre qui semble se demander quel sera son sort. On se demande s’il pourra rester ou pas. Et puis il y a les jambes d’un autre homme ; on ignore s’il est mort ou pas. Cette image apporte donc plus de questions que de réponses, mais c’est tout le sens de cette actualité."

Un juste résumé de la situation

Le quotidien et son site internet n’ont pas publié cette photographie, mais Le Parisien/Aujourd’hui en France en a retenu d’autres dans la série d’Antonio Sempere, qui témoignent elles aussi de l’afflux de ces milliers de personnes. La responsable estime toutefois que "cette photographie résume bien l’espoir et le désarroi de ces migrants".

Les migrants mineurs attendent d’être testés pour la COVID-19 à leur arrivée dans l’enclave espagnole de Ceuta, Le 19 mai 2021.
Les migrants mineurs attendent d’être testés pour la COVID-19 à leur arrivée dans l’enclave espagnole de Ceuta, Le 19 mai 2021.
© AFP - Antonio Sempere

Un autre cliché pris à Ceuta a fait le tour du monde. Il montre un nourrisson sauvé de la noyade par un militaire. Il a été publié par la Garde civile espagnole sur Twitter.

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Cette photo a été reprise par de nombreux médias dans le monde et notamment par Le Parisien/Aujourd’hui en France. "Cette image est forte surtout quand on sait que l’enfant est en vie, justifie Aurélie Audureau. Elle montre l’espoir, souligné par cette bouée jetée à la mer."

Outil de communication ?

En diffusant elle-même ce cliché sur les réseaux sociaux, la Guardia Civil cherche forcément à faire un coup de communication. Le gouvernement espagnol en profite certainement pour redorer son blason après les accusations de brutalité avec les migrants de la part de certaines ONG. "Je pense que le sauveteur dans l’eau ne veut pas faire de propagande mais le gouvernement l’utilise, bien entendu", analyse Antonio Sempere qui rappelle que la Garde civile se retrouve dans cette situation régulièrement. 

J’ai par exemple moi-même pris en photo le sauvetage d’une fillette de 7 ans.

Une image parmi tant d'autres au service de l'objectif du reporter espagnol : "Avec mes photos, j'essaie d'apporter mon aide dans cette crise."

Enfin, ces dernières heures, le geste d'une bénévole secouriste de la Croix-Rouge à Ceuta fait particulièrement réagir sur Twitter en France, via notamment #GraciasLuna. Luna Reyes, 20 ans, a dû se priver de réseaux sociaux après avoir réconforté un migrant sénégalais. L'image de l'année selon certains.

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