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"Chanson d'Amour" : une exceptionnelle respiration musicale

Par
Sabine Devieilhe et Alexandre Tharaud
Sabine Devieilhe et Alexandre Tharaud
- Jean-Baptiste Millot

La Critique. La soprano colorature Sabine Devieilhe et le pianiste Alexandre Tharaud gravent sur disque un programme pensé comme un parcours dans la mélodie française. Au programme : Debussy, Poulenc, Fauré, Ravel.

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13 min

Dans l'émission La Critique du 9 octobre 2020, Lucile Commeaux invitait Anna Sigalevitch, journaliste et auteure, et Emmanuel Dupuy, rédacteur en chef du magazine Diapason, à débattre du disque Chanson d'Amour de Sabine Devieilhe et Alexandre Tharaud (Erato).

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Au programme de ce disque : quatre compositeurs français de la fin du 19è siècle et du début du 20è (Ravel, Debussy, Poulenc et Fauré) et des textes issus de la grande poésie française (Verlaine, Apollinaire, Aragon, Mallarmé) pour un ensemble de mélodies variées allant de la musique de salon à la chanson de café en passant par deux grands cycles : les Ariettes oubliées de Debussy et les Mélodies populaires grecques de Ravel.

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Une discussion en chanson, donc, avec nos critiques du jour : 

À l'unisson

Ce sont de très beaux artistes l'un et l'autre, et l’unisson qu’on entend dans ce disque est quand même rare. Le piano rentre dans la voix, et inversement. Il y a un équilibre, une écoute, une respiration commune qui sont vraiment tout à fait exceptionnels. On entend un programme très construit ce qui n’a, ici, rien de négatif. Tharaud et Deveilhe nous emmènent dans un vrai parcours, mais il y a aussi de la spontanéité là-dedans : de l’allant, du naturel et de la vie. Il y a du souffle. Pour moi, c'est vraiment un ravissement. Anna Sigalevitch

Ce disque, c'est une rencontre qui a la force de l'évidence. Une rencontre entre un pianiste qui est un peu poète et une chanteuse qui est très musicienne. Deux artistes qui sont tous les deux un peu intellos sur les bords, qui se posent beaucoup de questions sur les œuvres qu'ils abordent. Cela donne quelque chose de fusionnel dans l'interprétation. On n'entend pas un chanteur et une accompagnatrice mais deux musiciens qui font de la musique ensemble, qui respirent ensemble, qui avancent ensemble dans le même univers. Emmanuel Dupuy

Devieilhe a quelque chose d’une justesse qui me ravit l'oreille, une précision et une rigueur aussi. Et puis une expressivité très ciselée, très fine. C’est une interprétation de grande classe parce que ce répertoire est très délicat et qu’en plus, ils arrivent à créer la surprise tout le temps. Ça pourrait être un peu répétitif car beaucoup de petites pièces s’enchainent, mais ce n’est jamais le cas, on ne se lasse jamais. Anna Sigalevitch

Les mots d'amour

La mélodie française est probablement le pan le plus sophistiqué de notre répertoire musical. Quand on sait, par ailleurs, que certains des poèmes chantés sur ce disque sont de Verlaine, d’Apollinaire, d’Aragon et de Mallarmé, on imagine bien qu’il faut un peu réfléchir pour aborder ce répertoire-là. Ce qui guide ici l'interprétation d’Alexandre Tharaud et de Sabine Devieilhe, ce sont autant les notes que les mots parce que, justement, musique et poésie sont à égalité dans ces compositions. Cette attention aux mots, on la sent évidemment d'abord dans le chant de Sabine Devieilhe où on entend - même si elle est soprano colorature, donc soprano très léger - de la chair dans le médium et dans le grave. Et le léger manque de puissance qu'elle peut accuser, elle le compense par une capacité de nuances absolument époustouflante. Il y a des gradations de couleur et d'intensité permanentes qui ne sont pas des maniérisme gratuits, puisqu’elles existent justement chaque fois pour mettre en relief une syllabe ou une voyelle, c’est-à-dire pour aller dans le sens du texte. C'est vraiment ça qui guide l'interprétation. Emmanuel Dupuy

Cabaret sous contrôle

La chanson de variété actuelle est l'héritière de la mélodie française, d'une certaine manière. Et Poulenc fait un peu le pont justement, qui clôt le disque avec Les Chemins de l’amour_. C'est une chanson qui a été composée pour_ Yvonne Printemps, qui n'était pas une chanteuse d'opéra mais plutôt de café-concert et de cabaret. Sur ce versant populaire et folklorique du disque, j’ai un léger bémol. Sabine Devieilhe fait de ces chansons quelque chose de très joli, mais on entend vraiment une chanteuse d’opéra. Manque alors le côté "titi parigot" et voyou que l’on trouve, par exemple, chez Poulenc. Si tout le disque coule de source, je trouve que c'est parfois un peu trop contrôlé. On aimerait que Sabine Devieilhe lâche un peu la bride de temps en temps, qu'elle se lâche tout simplement. Ce bémol est une réserve infime, histoire de, car ça ne gâche rien à mon plaisir. Des disques de mélodie française d’un tel niveau, on en a pas tous les jours. Emmanuel Dupuy

  • Chanson d'Amour (Debussy, Poulenc, Fauré, Ravel) de Sabine Devieilhe et Alexandre Tharaud a paru chez Erato et est disponible en CD et sur les plateformes.