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Charles Aznavour (2/3) : " Il vaut mieux mener sa carrière, faire son métier et le talent fera le reste"

Charles Aznavour se produit le 09 janvier 1977 à Mégève.
Charles Aznavour se produit le 09 janvier 1977 à Mégève.
© AFP

1970. Deuxième temps de la série "Profils" diffusée en 1970 avec Charles Aznavour. Il y évoque tour à tour la célébrité, sa formation d'autodidacte, l'apport de sa voix, son énorme appétit de travail et son infatigable envie de continuer à se produire sur scène.

Dans ce deuxième entretien de l'émission "Profils", Charles Aznavour reconnaît que le public a changé à son égard, on l'importune moins dans la rue, il en donne une explication : "On se dit "Aznavour, les folies c'est fini" et on a raison d'ailleurs". Il s'amuse de penser qu'il est devenu "l'homme du quartier connu, Monsieur le maire" en quelque sorte.

Sur son refus de faire du théâtre ou de tenir plusieurs semaines à l'Olympia, il s'en explique : "J'ai besoin de reprendre mes valises et de repartir. Je suis un vagabond."

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"Profils : Charles Aznavour" (2/3) diffusé le 03/08/1970 sur France Culture.

31 min

Sur le fait de n'avoir eu aucune formation musicale, le compositeur-interprète ne s'en laisse pas conter :

J'ai eu la meilleure formation musicale dont on puisse rêver. J'ai vécu avec des tziganes, des bohémiens, des gens de tous les pays, des immigrants qui chantaient les chansons de leurs pays, toutes sortes de folklores, c'est une merveilleuse formation. De plus des gens qui aimaient autour de moi la poésie et la musique classique.

Sur sa méthode d'écriture et sa grande capacité de travail, il affirme tout simplement : "Je vis quand je fais quelque chose !". "Je suis un ouvrier, moi et j'ai toujours été un ouvrier. J'ai voulu m'élever, j'ai voulu devenir autre chose mais on ne change pas les idées de quelqu'un. Sa manière d'être on ne peut pas la changer", confie-t-il.

Quand j'ai trois quarts d'heure ou une demi heure où je n'ai rien à faire, il y a des gens qui s'étendent, moi je ne m'étends pas : je prends un bout de papier et je laisse l'inspiration courir sur le papier. Alors ça donne des notes. [...] Il y a des gens qui ont pris l'habitude de se reposer, moi j'ai pris l'habitude de me lever de bonne heure et de travailler.

Au sujet de sa voix, "ça a été un apport merveilleux pour ma carrière" estime-t-il.

J'ai toujours été un fanatique d'Armstrong. Quand j'écoutais les disques d'Armstrong et que j'entendais ma voix, je ne parle pas de la manière de chanter mais sur la question du voile, je me disais : "Mais tout de même lui, ce n'est pas un voile qu'il a, c'est une porte fermée qu'il a sur la gorge. Bon, moi j'ai un double voile. Si ça marche pour Armstrong dans un pays aussi difficile que l'Amérique et finalement dans le monde entier en tant que chanteur, pourquoi ma voix à moi ne marcherait dans mon propre pays ?"

Sur la gestion de sa carrière internationale, il dit devoir "chanter peu dans chaque pays", c'est ce qu'il appelle sa "politique internationale" à laquelle il fait  "très attention".

Au bout de tant d'années, cela fait 14 ans, il y a de l'accoutumance, on s'habitue au visage, à la voix. [...] Il faut que je puisse laisser la possibilité au public de pouvoir s'évader, d'aller tomber amoureux d'autres artistes et puis de temps en temps d'avoir une sorte de pincement au cœur et de revenir vers moi. Il faut que je reste l'amitié amoureuse dans l'esprit du public et non pas l'amour.

En 1970, déjà, Charles Aznavour évoque la longévité de sa carrière.

Je n'ai jamais annoncé que je me retirais. Je n'ai jamais dit "ce métier est fatigant". Je n'ai jamais rien dit contre mon métier, je n'ai jamais rien fait qui puisse prouver aux gens que j'étais fatigué de quelque chose parce que je n'en ai pas le droit.

  • "Profils" avec Charles Aznavour (2/3)
  • Première diffusion le 03/08/1970
  • Production : Emile Noël
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France