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Charles Aznavour (3/3) : " J'ai toujours cherché la sérénité, le calme et l'équilibre"

Charles Aznavour se produit le 09 janvier 1977 à Megève.
Charles Aznavour se produit le 09 janvier 1977 à Megève.
© AFP

1970. Dans ce troisième entretien avec Charles Aznavour, le chanteur à succès se remémore ses complexes d'enfant, analyse sa remarquable carrière et dit surtout aspirer maintenant à la sérénité.

Troisième et dernier entretien avec Charles Aznavour dans la série "Profils" diffusée en 1970. Le chanteur y évoque son penchant pour les chansons d'amour qui remonte en fait à son enfance et aux chansons arméniennes qu'il écoutait, "on n'écrit que des chansons d'amour, en arménien".

J'ai voulu garder un peu de la grâce de l'enfance. Comme je ne peux pas la garder au vu des autres, je l'ai gardée pour moi. [...] Ça m'appartient, c'est comme l'enfant qui a une boîte chez lui et qui ne veut pas l'ouvrir pour ses amis. C'est ma petite boîte à moi.

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"Profils : Charles Aznavour" (3/3) diffusé le 10/08/1970 sur France Culture.

32 min

J'ai été un "primaire" très longtemps parce que j'ai eu une éducation primaire. Je n'en ai pas souffert, au contraire j'ai combattu la souffrance que j'aurais pu avoir peut-être en devenant agressif vis-à-vis des "secondaires". Et puis petit à petit je me suis rendu compte que j'étais un "primaire" avec des pensées "secondaires" et je connaissais des "secondaires" qui avaient des idées "primaires". Je suis un auteur "secondaire" dans la chanson, je ne suis pas un auteur "primaire". Et il y a des auteurs de chansons qui sont des auteurs "primaires" tout en ayant une formation "secondaire". Donc j'ai découvert la pensée.

Charles Aznavour raconte avoir cherché "la sérénité" depuis son enfance, conscient des complexes qu'il portait en lui, notamment son nom de famille arménien, Aznavourian.

J'avais besoin de me réaliser quelque part et pour me réaliser il fallait que je lève la tête et que j'ai une voix, une voix dans une langue. Donc, j'ai essayé d'apprendre le français le mieux que je pouvais mais dans la rue. Et puis après l'ambition est venue parce que je voulais que ce "ian" que j'avais coupé [à son nom de famille, Aznavourian] disparaisse totalement et que cet Aznavour prenne la place.

Le chanteur âgé seulement de 46 ans en 1970, explique qu'il souhaite aborder la question de sa mort de la façon la plus pragmatique possible, car de toute façon, "la vie nous mène à la mort".

Je veux pouvoir me coucher un jour dans ma tombe sans avoir eu les cheveux qui se redressaient sur la tête, et pour ça il faut que je regarde la nature. C'est le plus difficile d'autant plus que nous sommes des gens comblés. Je me suis rendu compte qu'il va être très difficile de quitter tout ce que j'ai amassé et accumulé. Il faut s'y préparer. [...] C'est vrai, on amasse et on n'en profite pas. Donc il faut apprendre, avant, à se calmer.

Dans la suite de l'entretien, Charles Aznavour se compare à un "vagabond" qui va d'hôtel en hôtel. Sa carrière internationale a été un "pari" nécessaire pour se relancer aussi en France, "si on ne prend pas de risques, c'est justement là qu'on recule, qu'on n'avance plus" affirme-t-il.

J'ai quitté la France à un moment donné pour faire une carrière internationale. [...] On m'a dit tu as tort en partant à l'étranger tu perdras ton public en France. Il est vrai que le public français n'aime pas voir ses artistes partir mais je me suis dis que je risquais de perdre ce public en France que si je ne réussissais pas à l'étranger. Mais si j'y réussis, je vais leur donner un sentiment de fierté qui au contraire va me le ramener plus fort. J'ai toujours tout calculé. Je n'ai jamais rien calculé du point de vue chanteur, mais du point de vue carrière j'ai toujours tout calculé.

  • "Profils" avec Charles Aznavour (3/3)
  • Première diffusion le 10/08/1970
  • Production : Emile Noël
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France