Charlie Hebdo met à nouveau en une les caricatures de Mahomet

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Charlie Hebdo met à nouveau en une les caricatures de Mahomet

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Couverture du numéro du mercredi 2 septembre 2020 de "Charlie Hebdo"
Couverture du numéro du mercredi 2 septembre 2020 de "Charlie Hebdo"
- Charlie Hebdo

Ce mercredi, au premier jour du procès des attentats de janvier 2015, Charlie Hebdo va republier les caricatures du prophète qui lui avaient valu des menaces dès 2006. Un acte dont l'ancien directeur de la publication Philippe Val et la journaliste Caroline Fourest saluent le courage.

Le procès des attentats de janvier 2015 s'ouvre ce mercredi à Paris. Et Charlie Hebdo publie un numéro spécial titré "Tout ça pour ça", accompagné des tristement fameuses caricatures de Mahomet. Elles avaient pour la première fois été publiées dans le quotidien danois Jyllands-Posten le 30 septembre 2005, avant de figurer dans les pages de Charlie Hebdo en 2006. Cette fois-ci, Charlie Hebdo a décidé d'entourer ces dessins d'une autre caricature de Mahomet, signée de Cabu, abattu dans les locaux du journal en janvier 2015. C'est un message fort envoyé par la rédaction de Charlie Hebdo, très commenté ce mardi, en particulier sur les réseaux sociaux. En visite à Beyrouth, le président Emmanuel Macron a d'ailleurs défendu mardi soir "la liberté de blasphémer" en France, "qui est attachée à la liberté de conscience". "Demain, nous aurons tous une pensée pour les femmes et les hommes lâchement abattus" en janvier 2015, a-t-il ajouté.

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Des caricatures "pièces à conviction"

Pour la rédaction de Charlie Hebdo, ces caricatures font désormais partie de "l'Histoire", comme elle l'explique dans un article publié sur son site internet. Elle n'hésite pas à parler de "pièces à conviction" car ces dessins doivent permettre à tous, y compris aux plus jeunes, de comprendre "le mobile du massacre du 7 janvier"(2015) visant le journal satirique. Ils montrent notamment Mahomet portant une bombe dans un turban ou armé d'un couteau et entouré de deux femmes portant une burqa noire. 

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Cela s’est passé ainsi : c’est la publication de ces dessins, considérée comme un blasphème par un certain nombre de musulmans, qui constitue le mobile du massacre du 7 janvier par des assassins qui voulaient, comme ils l’ont crié en sortant des locaux de Charlie Hebdo, "venger le Prophète".                                                                    
La rédaction de Charlie Hebdo

Lors de la première publication, plusieurs associations musulmanes avaient attaqué en justice Charlie Hebdo pour "injure publique à l'égard d'un groupe de personnes à raison de leur religion". Dans un jugement rendu en 2007, le tribunal correctionnel de Paris avait estimé que les limites à la liberté d'expression n'étaient pas dépassées, même si ces caricatures pouvaient être choquantes voire blessantes pour les musulmans. 

La dernière caricature de Mahomet publiée par le journal ce mercredi date de janvier 2015, juste après les attaques. On y voit le prophète tenir une pancarte dans les mains où il est écrit "Je suis Charlie", accompagné du titre "Tout est pardonné".

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Pour la rédaction, il fallait une bonne raison pour publier de nouvelles caricatures, "une raison qui ait un sens et qui apporte quelque chose au débat". Le faire le jour du début du procès des attaques de janvier 2015 lui a donc semblé "indispensable". Dans son édito, Riss, le directeur de Charlie Hebdo écrit : "Nous ne nous coucherons jamais. Nous ne renoncerons jamais."

"C'est un modèle de journalisme"

L'ancien directeur de la publication, Philippe Val, a réagi à cette initiative du journal satirique qu'il juge courageuse. "C'est formidable, c'est un modèle de journalisme et cela ne m'étonne pas de Riss" a-t-il notamment confié à Antoine Marette :

Philippe Val : "La République a jugé que cette publication était utile au débat démocratique. Et on en est où aujourd'hui ? Tout le monde a encore la trouille et la liberté d'expression a reculé !"

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Quand les gens vont découvrir ces petits dessins et qu'ils vont voir que c'est à cause de cela qu'il y a eu tous ces morts, toutes ces tragédies, ils vont se dire "Mon dieu, quelle horreur ! Comment est-ce possible !" Mais surtout, je voudrais que dans les journaux, les patrons de rédaction, les journalistes se disent : "Merde ! Si on avait publié en même temps qu'eux, comme il en avait été question en 2006, il n'y aurait pas eu ces attentats... Mais la peur a prévalu...                                                            
Philippe Val, ancien directeur de la publication de Charlie Hebdo à France Culture

Affaire en cours
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Pour Caroline Fourest, elle aussi interrogée par Antoine Marette, "C'est à la fois juste et courageux. C'est la Une que ferait n'importe quel journaliste. Il faut inlassablement répéter les faits, le contexte et notamment à une génération qui le comprend de moins en moins. Face aussi aux propagandes, aux confusions entretenues pour essayer de réécrire l'Histoire."

Caroline Fourest : "C'est important pour des journalistes d'entretenir la mémoire et le respect des faits. Et les faits sont simples, cruels dans toute leur vérité : des gens sont morts pour avoir fait leur métier d'informer sur une polémique"

5 min

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"Le blasphème a été transformé en offense aux croyants"

Les caricatures de Mahomet sont rarissimes, voire inexistantes dans la presse française. Anastasia Colosimo, était l'invitée de notre journal de 22h. Docteure en théorie politique, auteure en 2016 de l'ouvrage "Les bûchers de la liberté" (Editions Stock) sur la question justement de la liberté d'expression, elle est revenue notamment sur les origines de l'affaire des caricatures, le premier procès infligé à Charlie Hebdo en 2007. Elle répond à Stanislas Vasak :

Anastasia Colosimo : "le blasphème a été transformé en offense aux croyants"

9 min

Concernant la liberté d'expression, il y a deux niveaux. Du point de vue des consciences, il est évident que partout dans le monde occidental il y a une régression très forte de ce qui paraît acceptable ou non. C'est la question de la résilience de la société. Et d'un point de vue juridique et judiciaire, il est évident que l'on ne cesse d'empiéter un peu plus sur cette liberté d'expression dont il ne reste plus grand chose aujourd'hui.

A noter enfin, parmi les très nombreuses réactions sur Twitter, celle du Conseil français du culte musulman (CFCM) : "Pensée pour les victimes du terrorisme à Paris en janvier et nov 2015, Toulouse et Montauban 2012, Nice et St Étienne de Rouvray 2016. Ce terrorisme est notre ennemi. La liberté de caricatures et la liberté de ne pas les aimer sont garanties et rien ne saurait justifier la violence."

Le Reportage de la rédaction
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La Grande table (2ème partie)
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