Ching Shih, la plus redoutable des pirates.
Ching Shih, la plus redoutable des pirates.

Ching Shih, la plus puissante des pirates

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Ching Shih, la plus puissante pirate de tous les temps

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Elle était à la tête de dizaines de milliers d’hommes et de centaines de bateaux. Rançonnage, attaques de villages, de navires marchands chinois et étrangers… Grâce à un monstrueuse intelligence commerciale et tactique elle a terrorisé les mers de Chine.

Devenue pirate par hasard, Ching Shih est la plus célèbre des femmes pirates mais surtout la plus puissante et redoutée pirate de toute la mer de Chine, terrorisant les équipages du début du XIXe siècle. C'est ce que nous raconte Marie-Ève Sténuit, archéologue, romancière et autrice de Femmes pirates : les écumeuses des mers ( éditions du Trésor, 2015 ).

Une pirate qui s'impose

En 1801, à 25 ans, Ching Shih est capturée par des pirates et épouse leur chef Zheng Yi. Contrairement aux coutumes occidentales, qui refusaient aux femmes le droit de naviguer, les Chinoises étaient admises à bord des embarcations et Ching Shih devint pirate.  

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Par son travail et son sens de l’organisation, la jeune femme gagne le respect de l’équipage et prend la direction d’un escadron. 

Marie-Ève Sténuit : "Ce n’est pas la pirate qui veut absolument se mettre en avant, faire peur, en rajouter, etc. Non c’est quelqu’un de discret, d'efficace et d’extrêmement compétent. Elle est donc très dangereuse."    

Elle était à la tête de centaines de bateaux pirates
Elle était à la tête de centaines de bateaux pirates
© Getty

À la mort de son mari en 1807 elle hérite de son rôle et dirige une confédération de dizaines de milliers de pirates.

Marie-Ève Sténuit : "C’était vraiment une grande confédération. Et elle l’a encore augmentée quand elle en a pris la direction. Son mari avait déjà fait une partie du travail et elle-même a vraiment fortifié la coalition entre les différentes escadres et a vraiment développé sa flotte pirate."

L'efficacité de son code de discipline

Pendant trois ans, elle impose à tous un code de discipline qui fait son succès et sa richesse. Elle interdit à ses hommes de descendre à terre sans autorisation, évitant ainsi les trahisons. Elle punit de mort quiconque vole dans le butin ou viole une prisonnière.  

Marie-Ève Sténuit : " Il ne fallait pas "abîmer la marchandise", il fallait les rendre dans l’état où on les avait prises si on voulait obtenir une rançon consistante. Ce n’est pas du tout une mesure protectrice, c'est une mesure purement économique. Ça se passait beaucoup moins bien pour les femmes de plus basse extraction. Les pirates pouvaient décider de les épouser, on ne pouvait pas avoir de relations extraconjugales avec ces femmes-là mais par contre ce que l’on pouvait faire c’est les utiliser en tant que prostituées, mais, et là on voit tout le génie commercial de Madame Ching, à condition de payer une certaine somme à l’intendant."

Ching Shih contraint ses prisonniers à participer aux pillages et surtout pour les étrangers, à former son équipage aux mousquets et aux canons.

Illustration de Ching Shih au combat
Illustration de Ching Shih au combat
© Getty

L’anglais Richard Glasspoole, prisonnier pendant onze semaines a raconté sa captivité.

Marie-Ève Sténuit : "Il a pris part à certains pillages et il raconte des choses assez épouvantables, comme ces pirates qui mettaient les têtes coupées autour de leur ceinture parce qu’ils touchaient une prime par tête rapportée."

Elle a, avec ce code, gardé la main mise sur le sort des prisonniers et sur le butin renforçant ainsi son pouvoir. Devenue trop puissante, trop gênante pour les échanges commerciaux, les autorités décident de tout faire pour l’arrêter.  

Marie-Ève Sténuit : "Ce qu’il s’est passé, c’est qu’à partir des années 1808 -1809, le gouvernement chinois a commencé à prendre fort ombrage des activités de madame Ching et a envoyé plusieurs de ses amiraux pour essayer de la vaincre par la force. Mais ils se sont tous cassés les dents parce que madame Ching était une très bonne organisatrice, mais également une très bonne stratège."  

Des négociations avantageuses

Le gouvernement chinois propose des négociations très avantageuses à l'indéfectible pirate :  amnistie totale et possibilité de garder l’intégralité de son butin.  

Quant à ses hommes, ils pouvaient rejoindre l’armée ou se voyaient attribuer un lopin de terre.  

Marie-Ève Sténuit : "Dans un premier temps, madame Ching n'est pas du tout intéressée. Ce qui l’a fait changé d’avis, c’est la défection d’un de ses lieutenants et ça, ça représentait un grand danger pour elle, parce que c’était un lieutenant de longue date qui connaissait tous les détails de l’organisation de la flotte, tous les repères, toutes les cachettes… Madame Ching était une femme très intelligente, elle n’avait pas du tout un égo surdimensionné, elle savait très bien ce qui était possible et ce qui ne l’était pas, et à partir de ce moment-là, elle a décidé de rentrer en négociation."

Ching Shih a ainsi conservé sa fortune et a continué la contrebande depuis la terre ferme .

Son nom, lui,  est devenu une légende. Elle a inspirée des romans et des personnages de films et reste à ce jour, l’un des pirates les plus puissants ayant jamais existé.