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Chloé Delaume remporte le Prix Médicis 2020 pour "Le Cœur synthétique"

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 Chloe Delaume dans l'émission "La Grande Librairie" sur France 5, le 20 mars 2019.
Chloe Delaume dans l'émission "La Grande Librairie" sur France 5, le 20 mars 2019.
© Getty - Eric Fougere

Le Prix Médicis du roman 2020 a été décerné à Chloé Delaume pour "Le Cœur synthétique" (Seuil). Antonio Munoz Molina et Karl Ove Knausgaard reçoivent respectivement le prix Médicis du roman étranger et celui de l'essai.

Alors que la date de remise du prestigieux Prix Goncourt a été décalée au 10 novembre prochain, les jurys du prix Médicis ont maintenu la leur. "En maintenant sa date, le Prix Médicis a fait le pari que ses lecteurs, amoureux de littérature exigeante, feront le choix de leur libraire par “réservation et retrait” plutôt que d'Amazon, en attendant la réouverture totale des libraires pour ce “produit” de première nécessité, le livre", a écrit Marie Darrieussecq, présidente du jury, dans un communiqué.

Ce mercredi 6 novembre, le prix Médicis du roman français 2020 a été décerné à Chloé Delaume pour Le Cœur synthétique, publié au Seuil. "Ce livre est un aboutissement, avec aussi une certaine légèreté, ce qui n'est pas le cas dans tous ses livres", a commenté Marie Darrieussecq. 

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Dans ce roman, l'autrice raconte l'histoire d'Adélaïde, attachée de presse dans une maison d'édition, qui se retrouve soudain sur "le marché de l'amour" à la suite d'un divorce. Très vite, elle réalise que la quête du nouveau compagnon est plus compliquée que prévue : une femme seule de plus de quarante ans n'a plus la cote... Un dilemme s'installe alors dans l'esprit de l'héroïne du Cœur synthétique : comment assumer en femme indépendante son célibat quand on ne supporte pas la solitude ?

"Le point de départ du Cœur synthétique, c'est un hiver de lose épouvantable avec les copines. Je me suis dit qu'il fallait absolument changer tout ça en franche rigolade sinon on était mal barrés", racontait Chloé Delaume dans "Affaires culturelles". Pour accompagner son 28ème roman, l'autrice également musicienne a sorti en octobre dernier un album de chansons, Les fabuleuses mésaventures d’une héroïne contemporaine (Dokidoki Éditions/Atypik Music).

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Invitée de Par les temps qui courent en septembre dernier, Chloé Delaume présentait Le Cœur synthétique comme un "roman normal", sensible et drôle, après avoir longtemps pratiqué une littérature plus expérimentale :  

C’est mon premier roman normal, c’est mon 28ème livre. Il était temps d’essayer de voir si on pouvait faire une narration avec un narrateur omniscient, qui ne se fait pas la malle avant la fin de l’histoire. J’ai quand même trouvé, malgré tout, une fin un peu spéciale dans la construction. Dans ce livre, j’ai travaillé la stylistique de façon très discrète, cela donne un truc assez soutenu, mais aussi très léger et rigolo, même si dans les passages sur la solitude, il y a des moments un peu plus graves ou émotionnels. Chloé Delaume

L'an dernier, l'autrice avait publié un essai féministe remarqué intitulé Mes bien chères sœurs (Seuil). Dans cet éloge de la sororité, elle s'adressait aux "femmes en général, ainsi qu'à leurs alliés", qui ont rejoint les militantes contre le sexisme au cours de la quatrième vague féministe contemporaine. "J'ai essayé de contribuer au fait que le terme sororité soit concrètement dans l'espace public et à la portée de toutes", expliquait-elle dans "A Quoi pensez-vous ?". Le Cœur synthétique peut être considérée comme une application de cet essai : 

Ce livre n’est pas un objet baroque, c’est un objet pop qui va de pair avec de la synthé pop. On est dans un autre geste, et en même temps, la vérité, c’est  que, d’un objet à l’autre, chez moi, les gestes sont assez différents. Là, j’ai eu la volonté d’être claire, mais ce n’est pas la première fois, puisque dans "Mes bien chères sœurs", il y avait aussi un message qui était nécessaire. Mais là, c’est plutôt un objet pour faire rire les copines sur la situation : pour une fois, il y avait un destinataire, ce qui n’est pas le cas des trois-quarts de mes livres, qui sont des ateliers stylistiques, des labos, où je me fiche de communiquer. En fait, je voulais montrer l’application de "Mes bien chères sœurs" dans un roman. Chloé Delaume sur France Culture

Le Prix Médicis du roman étranger à Antonio Muñoz Molina

Le prix Médicis du roman étranger 2020 a quant à lui été décerné à l'Espagnol Antonio Muñoz Molina pour Un promeneur solitaire dans la foule, traduit du castillan par Isabelle Gugnon et publié au Seuil. "C'est une rêverie qui va nous permettre en ces temps de confinement de nous promener dans les villes et dans les rêves", a commenté Marie Darrieussecq.

Au fil de ses pérégrinations à travers Paris, New York, Madrid, Lisbonne, un promeneur solitaire muni d'un carnet et d'un smartphone, sonde les affiches publicitaires, attrape au vol des conversations qui s'échappent de la foule, inspiré par et Baudelaire, Edgar Allan Poe, Thomas de Quincey et Walter Benjamin, grands observateurs de la modernité naissante. "Mon imagination littéraire reste une imagination spatiale", expliquait Antonio Muñoz Molina, invité de La Grande Table en 2016.

Madrid bat le premier record mondial dans la recherche de pokemon. La fièvre de l’ivoire décime les éléphants africains. Un djihadiste poignarde un couple de policiers en France. Antonio Muñoz Molina, "Un promeneur solitaire dans la foule" (2020, Seuil) 

Le Prix Médicis de l'essai à Karl Ove Knausgaard 

Enfin, le prix Médicis de l’essai a été décerné au Norvégien Karl Ove Knausgaard pour Fin de combat, traduit du norvégien par Christine Berlioz, Jean-Baptiste Coursaud, Marie-Pierre Fiquet et Laila Flink Thullesen, publié chez Denoël.

L'essai est le sixième et dernier volet de son immense cycle autobiographique Mon combat. Sur pas moins de 1408 pages, il raconte son quotidien partagé entre l'écriture et l'éducation de ses trois enfants en bas âge. Une vie bien réglée, jusqu'à ce que son oncle lui dise être opposé à la publication du premier tome de l'œuvre autobiographique. "C'est dans ce but, devenir riche, que, moi, j'avais exposé ma propre famille sur la place publique. Publier un tel livre était résolument inacceptable, parce qu'il était mensonger et qu'il portait atteinte au respect de la vie privée", confie l'auteur. 

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