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Circul’egg : un trésor dans une coquille d’œuf

Par
Yacine Kabèche, fondateur de Circul'egg
Yacine Kabèche, fondateur de Circul'egg
© Radio France

Demain l'éco. 40 000 tonnes de coquilles d’œuf sortent chaque année des casseries françaises. Des déchets très peu valorisés et pourtant riches en minéraux. Mais comment les extraire sans utiliser la chimie ? Circul’egg a mis au point un procédé capable de séparer coquille et membrane de façon naturelle.

L’œuf est un ingrédient de base utilisé dans de nombreuses recettes tant dans nos cuisines familiales que dans notre industrie agroalimentaire. La France reste d’ailleurs le premier producteur en Europe avec 15 milliards d’œufs produits chaque année dont 40% de la production part dans des casseries pour y être transformé en ovo produits liquides ou en  poudre de blancs et de jaunes d’œuf mais les coquilles elles au mieux partent à la broyeuse en engrais, au pire à l’incinérateur. Des coquilles que l’on sait être une source intéressante de calcium dont nos grand mères faisaient un fortifiant pour les os des enfants mais qui à grande échelle n’ont pas encore trouvé de revalorisations industrielles et surtout écologiques. L’industrie agroalimentaire pressée par la loi sur le recyclage des bio déchets qui leur impose de trouver une solution de valorisation durable a peut-être enfin trouvé le chaînon de la filière qui lui manquait en France grâce à l’invention d’une jeune start up parisienne.

De la valeur ajoutée des membranes de coquilles d'oeufs. Reportage d'Annabelle Grelier

3 min

Un verrou technologique

Jeune ingénieur sorti d’AgroParitech, Yacine Kabèche n’a pas perdu son temps pendant son année de césure en planchant sur son projet d’économie circulaire de recyclage de coquilles d’œuf. Un vieux serpent de mer, lui apprend une experte de l’INRAE, dont tout le monde parle mais qui ne trouvait à ce jour personne pour lever ce qui s’avère être bel et bien un verrou technologique. Car si les coquilles d’œuf sont riches en carbonate de calcium, il est encore plus simple et moins coûteux pour l’industrie de l’alimentation qui s’en sert comme apport de calcium dans les aliments de s’approvisionner auprès d’entreprises d’extraction minière dans les carrières de calcaire. 

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Circul'egg développe ses procédés au sein de la halle technologique d'AgroParisTech à Massy
Circul'egg développe ses procédés au sein de la halle technologique d'AgroParisTech à Massy
© Radio France

Et si la véritable valeur ajoutée se trouvait dans la membrane ? Elle est riche en biomolécules comme l’acide hyaluronique, le collagène, glucosamine et la chondroïtine sulfate. Des molécules d’intérêt pour la cosmétique, les compléments alimentaires ou encore l’alimentation animale qu'aujourd’hui les industriels ne trouvent pas en France mais doivent aller se fournir à l’étranger. Pour s’imposer face à cette concurrence et offrir une alternative éco responsable, il fallait trouver un procédé naturel pour séparer la coquille de la membrane quand la plupart utilisent un procédé chimique.

Circul’egg a mis au point un prototype qui n’utilise que de l’eau pour extraire ces deux éléments. Installée dans la halle technologique d’AgroParisTech à Massy, la start up a mis plus d’un an pour construire une machine au procédé uniquement mécanique.

Dans notre équipement, on peut distinguer 3 phases : l’entrée de la matière que sont les coquilles, les membranes et l’eau. La partie séparation se fait grâce à un système d’agitation puis de décantation qui permet de récupérer les coquilles au fond et les membranes à la surface.

Idris Ben Saber, associé et chargé du développement technique chez Circul’egg, n’en dira pas plus car leur procédé est aujourd’hui breveté et signera à terme le succès de l’entreprise. Car à ce procédé de séparation mécanique s’ajoute un procédé de décontamination innovant qui assure la qualité microbiologique des produits.

Une demande forte des consommateurs

Avec sa poudre de coquille d’œuf, Circul’Egg propose une alternative biosourcée qui offre à l’industrie d’améliorer son empreinte environnementale. Justine Lecallier, associée et chargée des finances et de la stratégie, est persuadée de la force de leurs produits sur le marché des cosmétiques et de l’agroalimentaire. 

Nos produits sont naturels et biosourcés mais aussi végétariens, éco conçus, locaux et made in France ce qui répond à une demande des consommateurs qui souhaitent aussi plus de transparence dans la liste des ingrédients des produits qu’ils achètent.  Pour l’acide hyaluronique par exemple les industriels français s’approvisionnent à l’étranger jusqu’en Chine et pour le collagène ces molécules sont extraites des crêtes de coq, des yeux de bœuf ou d’arrêtes de poisson. Nous nous inscrivons aussi dans une démarche plus éthique

S’installer dans le domaine de l’innovation de co-produits alimentaires n’est pas une affaire facile et il n’est pas question de jouer les apprentis sorciers dans ce domaine. 

Poudre de membrane obtenue par un procédé innovant mis au point en partenariat avec le laboratoire de génie chimique de l'Université de Toulouse
Poudre de membrane obtenue par un procédé innovant mis au point en partenariat avec le laboratoire de génie chimique de l'Université de Toulouse
© Radio France

Dans leur projet, le fondateur Yacine Kebèche avoue qu’ils ont été très vite bien conseillés et soutenus. 

Si recycler les coquilles d’œuf peut paraître simple il n’en est rien lorsqu’on travaille avec le vivant. Nous avons la chance de pouvoir développer notre procédé et nos produits avec le meilleur de la recherche française, comme l’INRAE, AgroParitech, les Instituts Carnot ou encore le laboratoire de génie chimique de Toulouse.

Yacine Kabèche avec ses deux associés Idris Ben Saber et Justine Lecailler
Yacine Kabèche avec ses deux associés Idris Ben Saber et Justine Lecailler
© Radio France

Financièrement, la start up a pu bénéficier de fonds européens et d’une subvention de la BPI à hauteur de 120 000 euros sans oublier le soutien citoyen avec 30 000 euros récoltés pour monter le prototype de leur machine. Reste maintenant à la rendre l’équipement plus compact et automatisé pour pouvoir l’industrialiser. Circul’egg a pour objectif d’acquérir à la fin de l’année sa propre usine. 

Pour éviter le transport des coquilles et limiter son impact environnemental, Circul’egg projette à terme d’installer ses machines au sein même des casseries française, étant aujourd’hui la seule sur ce marché elle espère se développer très vite à l’international.