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Claire de Ribaupierre : "Il ne faut pas s'habituer à cette disparition de la culture"

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Le spectacle "Concours européen de la chanson philosophique", mis en scène par Massimo Furlan. La tournée a dû être arrêtée en raison du confinement.
Le spectacle "Concours européen de la chanson philosophique", mis en scène par Massimo Furlan. La tournée a dû être arrêtée en raison du confinement.
- Laure Ceillier et Pierre Nydegger.

Coronavirus, une conversation mondiale. La dramaturge suisse nous parle d’un monde sans arts-vivants, elle qui a dû interrompre la tournée de ses spectacles mis en scène par Massimo Furlan, "Concours Européen de la chanson philosophique" et "Les Italiens".

Face à la pandémie de coronavirus, Le Temps du Débat avait prévu une série d’émissions spéciales « Coronavirus : une conversation mondiale » pour réfléchir aux enjeux de cette épidémie, en convoquant les savoirs et les créations des intellectuels, artistes et écrivains du monde entier. 

Cette série a dû prendre fin malheureusement après le premier épisode : « Qu'est-ce-que nous fait l'enfermement ? ». Nous avons donc décidé de continuer cette conversation mondiale en ligne en vous proposant chaque jour sur le site de France Culture le regard inédit d’un intellectuel étranger sur la crise que nous traversons.

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En savoir plus : Coronavirus : qu'est-ce-que nous fait l'enfermement ?

La dramaturge suisse Claire de Ribaupierre nous parle d’un monde sans arts vivants. Avec le metteur en scène Massimo Furlan, ils ont dû interrompre la tournée de leurs spectacles "Concours Européen de la chanson philosophique" et "Les Italiens" et regagner leur domicile à Lausanne : 

Aujourd’hui, quelque chose a disparu, partout, dans toutes les villes d’Europe et d’ailleurs : ce qu’on appelle la culture, mais plus spécifiquement ce qu’on appelle les arts vivants, les arts qui ont besoin que des gens se rassemblent. Il ne faut pas s’habituer à cette disparition, qu’au fil des semaines elle devienne un manque diffus qu’on ne parvienne plus réellement à identifier : une frustration, une amertume, une absence de curiosité. 

En attendant la fin du confinement, il faut bien faire avec : explorer d’autres formes, inventer des alternatives. Les théâtres proposent sur leur site internet des captations de spectacles, des entretiens, donnent accès à des archives. Pendant ce temps, en tant qu’artistes nous cherchons à créer de nouveaux formats, à démarrer des recherches, questionner, lire, relier, penser ce qui nous arrive.

À lire : Coronavirus : que peut l’État ?

Mais évidemment ce qui manque à tout cela, c’est l’essentiel : la co-présence. 

Ce qui disparait avec les arts vivants, le théâtre, la musique live, la danse, le musée, c’est le corps, le rythme commun, le vivre ensemble, le faire ensemble. Non seulement parce que les actrices et acteurs ne sont pas vraiment là, dans l’instant de la représentation, mais aussi et surtout parce que le public est absent en tant que corps : corps qui respire, soupire, tousse, rit. 

Toute cette multitude qui fait le choix de venir, de se déplacer, de manger à plusieurs, de boire un verre, avant ou après le spectacle, de s’échanger des histoires : toutes celles-ci, tous ceux-ci ont transporté un peu de leur vie à eux pour l’amener dans la salle, au moment de la représentation. 

Les spectatrices et spectateurs participent de l’œuvre car elles et ils acceptent d’être changés par la pièce et de changer la pièce. Ce que le numérique, évidemment, ne peut pas. L’œuvre y est un monde figé, sans altération de l’autre, de son regard et de son souffle.

Emmanuel Laurentin avec l’équipe du « Temps du débat ».

Retrouvez ici toutes les chroniques de notre série Coronavirus, une conversation mondiale.