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Claude Lanzmann : "Je n'ai pas de vanité, je ne connais pas ça"

Claude Lanzmann en 2016.
Claude Lanzmann en 2016.
© AFP - Joël Saget

2009. En compagnie de Colette Fellous, dans l'émission " 24 heures dans la vie de...", l'écrivain et cinéaste Claude Lanzmann se raconte à l'occasion de la sortie de son livre de mémoire "Le Lièvre de Patagonie" (Gallimard).

Au micro de Collette Fellous dans l'émission estivale "24 heures dans la vie de...", le cinéaste et écrivain Claude Lanzmann se confie dans son appartement parisien entouré de ses objets familiers.

Sur l'écriture du Lièvre de Patagonie il explique l'avoir écrit uniquement avec sa mémoire, "sans faire de plan", en suivant sa "pensée circulaire". Il y évoque sa sœur malade qui s'est suicidée, sa mère au "visage de juive paradigmatique" pendant la guerre, "c'était une femme intraitable, indomptable" raconte-t-il.

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Les origines personnelles de "Shoah" c'est mystérieux et c'est un mystère à la fois que je ne percerai jamais et que je ne cherche pas vraiment à percer parce que ça n'a pas de sens. Je crois que la création doit demeurer d'une certaine façon opaque. Si on veut être entièrement transparent à soi, translucide, je crois que la création est foutue. Et puis je pense que mille choses m'ont conduit à "Shoah".

Claude Lanzmann au micro de Colette Fellous dans "24h dans la vie de..." sur France Culture le 23/08/2009.

58 min

"Je me suis fabriqué moi-même. Je ne suis pas un héritier", énonce Claude Lanzmann, "il a fallu conquérir ma propre légitimité. Au départ, je suis un type totalement illégitime." Il poursuit : "Je suis totalement humble, mais je suis orgueilleux de ce que j'ai fait."

Claude Lanzmann explique sa démarche pour construire son film "Shoah" en contrepoint de "Nuit et brouillard" : "Il n'y a pas un seul cadavre, ça n'existe pas."

"Shoah" ce n'est pas un film sur la survie, pas du tout, c'est un film sur la mort, sur la radicalité de la mort dans les chambres à gaz et ces protagonistes-là je ne les appelle pas des survivants, aucun d'eux n'aurait jamais dû survivre. S'ils l'ont fait c'est par un concours extraordinaire d'audace, de courage et de chance : je les appelle des revenants. Ils reviennent pratiquement d'au-delà du seuil du crématoire et ils sont dans le film des porte-paroles des morts. Ils ne disent pas "je", ils ne racontent pas leur histoire personnelle, ils ne disent pas comment ils se sont évadés, comment ils ont survécu à travers toute la guerre, ils disent "nous", c'est pas du tout pareil.

  • "24h dans la vie de..."
  • Première diffusion le 23/08/2009
  • Producteur : Collette Fellous
  • Réalisation : Vincent Decque
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France