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Claude Lanzmann : "La temporalité est centrale dans "Shoah", par sa longueur et sa construction circulaire"

Le président François Mitterrand arrive en compagnie du réalisateur Claude Lanzmann pour assister à la projection de son film "Shoah", le 21 avril 1985 au Théâtre de l'Empire à Paris.
Le président François Mitterrand arrive en compagnie du réalisateur Claude Lanzmann pour assister à la projection de son film "Shoah", le 21 avril 1985 au Théâtre de l'Empire à Paris.
© AFP - Michel Rillon

2006. Septième rendez-vous avec Claude Lanzmann dans la série "A voix nue". Il parle de son film "Shoah", la façon dont il a enquêté pour le faire, ce que cela a signifié pour lui et comment il réfléchit au génocide des Juifs.

Dans ce septième entretien d'"A voix nue", le réalisateur Claude Lanzmann tente de qualifier ce que fut le génocide juif durant la Seconde guerre mondiale.

C'est un événement central du 20ème siècle, le plus central peut-être. Je pense qu'on a le droit de former cette pensée. C'est un événement qui est notre présent même, il suffit de rencontrer les enfants, les petits-enfants, ils continuent à le vivre littéralement dans leurs chairs. Ça ne passe pas. C'est un événement qui n'a pas trouvé sa fin, qui n'a pas trouvé sa terminaison. En ce sens on a le droit de dire que c'est une césure et c'est d'une certaine façon aussi l'aune à laquelle tout aujourd'hui se mesure. C'est le maître étalon de tout, de toutes les revendications, de toutes les comparaisons.

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Claude Lanzmann porte sa réflexion sur la nécessité de nommer les victimes, de montrer "la tragédie de chaque destinée individuelle".

"Shoah" est une autre forme de sépulture. En un sens on peut que "Shoah" est aussi la construction d'un tombeau.

Le réalisateur raconte la construction de "Shoah" qui a nécessité douze années de réalisation en plus du travail d'enquête. "Shoah est film immaîtrisable même pour moi", confie t-il. Il conclut l'entretien sur ce constat : "A la racine de "Shoah" , ce n'est pas la mémoire, ce n'est pas le souvenir, c'est bien plutôt ce que j'appelle l'immémorial, le présent.

Claude Lanzmann dans "A voix nue" le 03/01/2006 sur France Culture. 7/10

22 min

Soudain je tombe sur un panneau au bord de la route, "Treblinka". Ça a été le choc absolu, je n'imaginais pas et c'est profond, qu'un village du nom de "Treblinka" pût encore exister... J'ai compris ce qui s'était passé en moi. [...] Jusque là, j'étais comme une bombe chargée à bloc de savoirs, de tout ce qu'avais pu lire, de toutes mes enquêtes exploratoires et préalables avant de venir en Pologne. Mais le détonateur manquait et la Pologne a été le détonateur. Soudain la bombe que j'étais a explosé et je me suis mis à tourner très très vite. J'étais comme dans un état d'hallucination.

  • "A voix nue" 7/10
  • Première diffusion le 03/01/2006
  • Producteur : Laure Adler
  • Réalisation : Doria Zénine
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France