Claude Lelouch : "Mon cinéma, ou on rentre dedans, ou il est agaçant"

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Claude Lelouch : "Mon cinéma, ou on rentre dedans, ou il est agaçant"

Claude Lelouch le 10 mai 2019.
Claude Lelouch le 10 mai 2019.
© AFP - Joël Saget

1979. Invité dans "Le cinéma des cinéastes", Claude Lelouch raconte son amour du cinéma depuis sa jeunesse en tant que spectateur et comment cela influe maintenant sur ses films, notamment dans sa relation aux comédiens et dans son désir de raconter des histoires toujours d'un point de vue optimiste.

Dans cet entretien de 1979 avec Claude-Jean Philippe dans l'émission "Le cinéma des cinéastes", Claude Lelouch se remémore son service militaire, "je crois que j'ai découvert la mise en scène au service cinéma des armées. Avant, j'étais seulement un caméraman d'actualités et j'ai découvert la possibilité d'écrire des scripts, des dialogues, de diriger des comédiens pendant mon service militaire. C'est l'accident cinématographique de l'armée qui m'a fait découvrir cette vision des choses."

Claude Lelouch dans "Le cinéma des cinéastes", le 17/06/1979 : "Mon cinéma, ou on rentre dedans, ou il est agaçant"

49 min

"Mon vrai plaisir au cinéma a commencé comme spectateur" et il fait remonter ce plaisir de suivre des histoires, à la période de la guerre pendant laquelle sa famille devait se cacher "dans des caves et des greniers" et où on lui racontait des histoires pour qu'il se tienne tranquille. C'est cela qui l'a nourrit et plus tard les films de série B qui passaient au cinéma de son quartier de Strasbourg-Saint-Denis. Mais il lui semble en tant que cinéaste que "plus on fait des films, plus on s'éloigne du public". Lui-même craint de s'éloigner de ce public par une trop grande maîtrise des rouages du cinéma qui risquent de lui "faire perdre pied avec le grand public", c'est pour cela qu'il cherche toujours à faire la synthèse entre un cinéma de qualité et un succès pour le plus grand nombre. Il dit avoir besoin de séduire et "d'épater" pour se sentir exister.

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Quand je sortais d'un film de John Wayne, je marchais pendant un quart d'heure comme John Wayne. Je m'identifiais complètement au comédien. J'ai eu tout de suite la fascination du comédien, des stars. Quand j'avais 7 ou 8 ans, je pensais que le comédien inventait ses dialogues, je ne savais pas qu'il y avait des dialoguistes, des metteurs en scène, des caméramans... J'ai marché totalement, marcher plus que moi comme spectateur, on ne pouvait pas faire plus !

Grand admirateur des comédiens, il recherche en eux "leurs sentiments intérieurs" pour trouver "au plus profond d'eux-mêmes une certaine authenticité", et d'ajouter, "dès qu'un acteur trafique j'aurais tendance à haïr ça totalement". Si les histoires d'amour tiennent autant de place dans son œuvre c’est parce qu'il se dit "fasciné par la rencontre", "des rencontres que l'on peut faire, on peut multiplier sa vie par cent, par mille... c'est à l'infini."

A l'affût au quotidien d’anecdotes, Claude Lelouch note tout ce qui retient son attention dans un petit carnet, "et surtout, admet-il, je me force à vivre à cent à l'heure [...] tout simplement pour qu'il m'arrive des choses. Je ne suis capable de parler que des choses qui me sont vraiment arrivées." Réfractaire à l'isolement de la campagne, il ne peut pas y écrire car la solitude et le silence l'endorment : "Un cerveau endormi ne peut donner que des choses endormies !" Il explique que la position de spectateur passif ne lui apporte rien de bon, "à chaque fois que j'ai été spectateur, je n'ai pas été bon. Quand j'étais à l'école, j'étais spectateur, je n'ai rien appris."

A l'inverse du cinéma intellectuel qui selon lui "casse les gens", Lelouch raconte qu'il se voit comme un "bricoleur" qui prend au départ des personnages "cassés" et se demande comment il peut les "réparer". Il dit que ça l'amuse de réparer ses personnages, c'est son optimisme dans une société qui broie les gens. " "__Un Homme et une femme" est un film de réparation."

Je ne me pose pas la question de savoir si je suis en progrès ou pas. A chaque fois que j'entreprends un film, c'est parce que je me dis que je peux faire mieux, je peux aller plus loin. [...] Je ne fais pas du cinéma aujourd'hui pour manger. [...] Quand je fais un film je pars de ce principe d'aller plus loin, mais ce qui est terrible c'est quand on est tout seul. On a besoin d'applaudissements pour avancer, on a besoin d’encouragements. Aller jouer sur un terrain adverse, c'est un vrai handicap, même au cinéma ! Si au moment où tu marques un point, où tu fais un plan qui te paraît plus fort que d'autres, si tu es tout seul à t'en rendre compte, au contraire ça devient négatif, surtout quand on fait un métier basé sur le public.

À réécouter : Claude Lelouch
  • Le cinéma des cinéastes
  • Première diffusion : 17/06/1979
  • Producteur : Claude-Jean Philippe
  • Archive Ina / Radio France