Climat : la France tarde face à l'urgence

Publicité

Climat : la France tarde face à l'urgence

Par
Emmanuel Macron sur un grand écran pour un discours lors du Sommet Planète One le 12 décembre 2017, à Boulogne-Billancourt. Dans l'espoir de relancer la transition vers une économie plus verte.
Emmanuel Macron sur un grand écran pour un discours lors du Sommet Planète One le 12 décembre 2017, à Boulogne-Billancourt. Dans l'espoir de relancer la transition vers une économie plus verte.
© AFP - Ludovic Marin

Il y a urgence face au dérèglement climatique et la France est déjà en retard. Ce sévère constat émane du "Haut Conseil pour le climat". En pleine canicule et au moment où le projet de loi "Energie et Climat" est en discussions à l'Assemblée, critiqué par certains, y compris du MoDem.

Le gouvernement français se préoccupe de la réponse à donner au dérèglement climatique. Son projet de loi "Energie et Climat" vient d'arriver en débat à l'Assemblée. Mais les moyens manquent, selon plusieurs députés d'horizons politiques différents. Même l'allié de la majorité, le MoDem, se dit "assez frustré". Au même moment, le "Haut conseil pour le climat" a révélé hier que si les engagements climatiques de la France étaient, certes, ambitieux, ils avaient toutefois peu de chance d'êtres tenus au rythme actuel de leur mise en œuvre.

La France doit mieux faire et vite

La France est déjà en retard sur ses objectifs, notamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. C'est la conclusion du premier rapport du "Haut Conseil pour le Climat" remis hier soir. Une soixante de pages remises au Premier ministre Édouard Philippe. L'instance de treize membres a été lancée par Emmanuel Macron il y a seulement quelques mois, en novembre dernier, et elle est plutôt sévère envers la politique du gouvernement. Si la France entend respecter ses engagements de neutralité carbone d'ici 2050, elle va devoir mettre les bouchées doubles voire triples, d'après Corinne Le Quéré, la présidente de ce Haut conseil :

Publicité

Les objectifs de neutralité carbone que la France vise dans son projet de loi énergie climat sont cohérents avec la science et l'Accord de Paris. Mais les budgets carbone que la France s'est fixée pour des périodes respectives de cinq ans, malheureusement, ne sont pas atteints en ce moment. Nous avons fait une évaluation sur la première période, 2015-2018, et on voit que la baisse des émissions de environ 1% par année est deux fois moins rapide que ce que l'on devrait déjà avoir maintenant et que cette baisse doit tripler d'ici 2025 pour rattraper la trajectoire.

La climatologue de conclure : "On n'y est pas du tout au niveau de la force de l'action. Cela ne va pas assez vite."

Le rapport précise que les décalages entre objectifs et réalité proviennent en particulier des émissions liées au transport, qui n'ont pas diminué depuis dix ans. Egalement en cause, les émissions de CO2 provenant des bâtiments : elles ont baissé trois fois moins vite que ce qui avait été anticipé.

Quant à la baisse des émissions de gaz à effet de serre françaises en 2018, elle s'explique principalement, selon le HCC, par les conditions météo, avec un hiver doux. Elle ne résulte que marginalement des actions du gouvernement en matière de climat.   

Le gouvernement a désormais six mois pour formuler une réponse, qu'il exposera devant les parlementaires.

Le Billet politique
3 min

Un projet de loi contesté alors que des agents du ministère demandent davantage de moyens

Mais les députés débattent d'abord depuis ce mercredi du projet de loi "Energie et Climat". Ce texte vanté par le ministre de l'Ecologie François de Rugy comme redonnant "le cap d'une ambition forte" prévoit d'atteindre la "neutralité carbone" à l'horizon 2050 et décrète l'"urgence écologique et climatique". Un test politique alors que l'acte II du gouvernement se veut davantage porter sur l'écologie. Emmanuel Macron et Edouard Philippe en feraient une priorité plus déterminante encore. Le président de la République l'a dit au sortir des résultats des élections européennes. Et il a averti mercredi à Tokyo que la France fixait une "ligne rouge" sur le climat et qu'elle ne signerait pas la déclaration du sommet du G20, qui s'ouvre vendredi à Osaka, si elle ne défendait pas "l'ambition climatique".

Mais face au projet de loi "Energie et Climat", les associations et ONG de "défense de l'environnement" critiquent en particulier la trajectoire révisée sur le nucléaire, la baisse mettra dix ans de plus que prévu.

Emmenés par Mathieu Orphelin, ancien député En marche proche de Nicolas Hulot, 35 députés et 17 ONG demandent eux expressément au gouvernement d'obliger par exemple les propriétaires de logement énergivore à faire des travaux avant de les louer. Mathieu Orphelin rappelle que l'interdiction de la location de ces "passoires thermiques" à compter de 2025 était un engagement du président Macron. Ce serait une mesure forte et il en faudrait d'autres pour éviter que cette loi ne soit, comme le disent ses opposants, une petite loi. 

Des opposants au sens large car les réserves exprimées dépassent largement le camp des députés écologistes. Elles viennent aussi du Parti socialiste, du PC et de la France insoumise. Même le MoDem de François Bayrou et des députés d'En marche expriment leurs frustrations. Il faut absolument muscler le texte. Et pourquoi pas proposent d'autres députés "reprendre la trajectoire" de la taxe carbone gelée à cause du mouvement des "gilets jaunes". Une piste mise en avant par le "Haut Conseil pour le Climat", comme l'explique sa présidente Corinne le Quéré :

"Il faut revoir l'utilisation des revenus de la taxe carbone, la transparence de l'utilisation, la redistribution de cette taxe, les exemptions et il faut des alternatives"

39 sec

Le but de la taxe carbone n'est pas de mettre des sous dans les poches du gouvernement mais c'est un instrument incitatif. Cette taxe n'a pas marché, n'a pas été populaire. Elle a été plafonnée, il faut la revoir en profondeur. Et il faut des solutions alternatives pour les gens qui font face à la montée des taxes.

Pendant ce temps aussi, des fonctionnaires du ministère de l'Ecologie mènent une série d'actions car ils s'inquiètent de l'écart qui se creuse, selon eux, entre les paroles et les actes du gouvernement en matière d'environnement. A travers la création d'un conseil de défense du ministère de l'Ecologie (qui plagie le conseil de défense de l'Ecologie récemment créé par le gouvernement), ils entendent alerter sur le manque de moyens, les restructurations, les privatisations qui menacent les missions du ministère de l'Ecologie.

Reportage sur la mobilisation d'agents du ministère de l'Ecologie pour davantage de moyens. Par Véronique Rebeyrotte

1 min

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.