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Climat : "Nous n'avons plus le choix, 2018 sera l'année de vérité"

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Barbara Hendricks, ministre allemande de l'Environnement et Emmanuel Macron lors de la COP 23 à Bonn
Barbara Hendricks, ministre allemande de l'Environnement et Emmanuel Macron lors de la COP 23 à Bonn
© Maxppp - Philipp Guelland

Entretien. L’année 2018 s’annonce cruciale pour résoudre l’urgence climatique. Après la récente COP23 sans accord majeur, un sommet climat s’ouvrira à Paris le 12 décembre. Les ONG sont en première ligne pour faire pression sur les décideurs. Entretien avec l’une d’entre elles, Action Climat.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Il est temps je crois, d’ouvrir les yeux". Jacques Chirac nous alertait ainsi en 2002, lors du sommet mondial du développement durable à Johannesburg, en Afrique du sud. Un quart de siècle plus tard, regardons-nous toujours ailleurs ? Non, l’urgence climatique est ancrée dans les esprits. Mais est-ce pour autant suivi de faits concrets ? Entretien avec Lucile Dufour, responsable politique internationale dans le réseau Action Climat

La COP 23 s’est achevée il y a quelques semaines à Bonn. Quel bilan en tirez-vous ?

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C’est un bilan en demi-teinte. Nous regrettons, en tant qu’ONG, qu’il n’y a pas eu de sursaut politique. Beaucoup de pays développés, comme l’Union Européenne, la France, sont restés cachés derrière des jeux de posture et n’ont pas mis sur la table de nouvelles propositions et des gages d’engagements plus ambitieux dans les mois et les années à venir. 

Nous avons passé une bonne partie de la première semaine à débattre de sujets très importants et légitimes. Par exemple : que doivent mettre en place les États avant 2020 ?, c'est à dire avant que les engagements de l’accord de Paris ne soient mis en place. Nous n’avons que deux ou trois ans pour rectifier le tir et se remettre sur les rails d’une trajectoire de limitation du réchauffement bien en deçà de deux degrés. Et il se trouve que là-dessus, les pays développés ont bloqué les discussions. Cela a été la même chose sur la question des financements, des pays de l’Union Européenne se sont cachés derrière la posture américaine, qui est moins progressiste sur la question des financements, pour éviter de se mouiller.

Tout cela a été amplifié par le manque d’ambition dans les prises de paroles politiques. Quand on prend le discours d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel, il n’y a pas eu de nouvelles annonces sur : comment mettre en œuvre à l’échelle nationale la transition énergétique. On n’a pas vu émerger de leadership fort, comme on l’attendait.

Quid des États-Unis, qui souhaitent se retirer de l’accord de Paris ?

La bonne nouvelle est que les États-Unis n’ont pas réussi à jouer l’élément perturbateur lors de cette COP. La société civile américaine, présente à Bonn, des entreprises, des maires, des gouverneurs, a montré qu’elle était toujours engagée pour appliquer l’accord de Paris. Cela s’est illustré à travers deux mouvements : " We are still in", on est toujours engagé, et " America’s Plegde", qui est une alliance des grands gouverneurs pour le climat. Même s’il y a une volonté claire de détricotage de la part de l’administration Trump, cela n’empêche pas les villes de mettre des politiques climatiques en place. Il y a eu par exemple un plan climat annoncé à New York, qui vise une neutralité carbone en 2050. L’action peut continuer au niveau des États et c’est ce qui va compenser en partie le manque d’ambition au niveau du gouvernement américain. 

Il y a en fait un énorme décalage entre le gouvernement de Trump et la volonté des citoyens américains, qui eux, ont bien compris que la transition est une opportunité économique. Actuellement, le secteur des énergies renouvelables créent des emplois douze fois plus vite que dans l’ensemble des autres secteurs de l’économie américaine. 

Mais concernant les financements, c’est le président Trump qui détient le pouvoir de les accorder ou non ?

Les États-Unis ne représentent qu’une partie des financements promis au niveau mondial. Par exemple, concernant le fonds vert pour le climat, les États-Unis ont promis trois milliards de dollars. Un milliard a déjà été versé, donc il reste deux milliards. Sachant que la promesse global de tous les États pour ce fonds est d’atteindre 100 milliards par an d’ici à 2020. Il faut souligner que pendant cette COP les promesses financières des États sont autour de 180 millions d’euros… ce qui est minime, par rapport à la promesse de départ. 

Le 12 décembre, un sommet climat a lieu à Paris, 2018 sera chargée pour les négociateurs climat, c’est maintenant que tout se joue ?

Nous serons extrêmement vigilants pour le sommet du 12 décembre, car nous ne voulons pas que ce soit simplement un moment d’affichage et de communication. Il faut absolument qu’il y ait des propositions concrètes lors de ce sommet, la question du financement étant au cœur de cette réunion. Nous voulons que les États prennent des engagements clairs sur la fin du soutien aux énergies du passé - le charbon, le pétrole, le gaz - car c’est de l’argent public qui va encore soutenir des projets de ce type et amplifier le réchauffement. Il faut que les États se réveillent à ce sommet. Puis, vient 2018, qui est une année clé, on n’a plus le choix, on est au pied du mur, et 2018 sera un moment de vérité ! 

Il a été décidé lors de la COP 23 que chaque État devra faire le bilan en se posant trois questions en termes de lutte contre le changement climatique : Où en est-on ? Où est-ce qu’on devrait en être ? Et comment fait-on pour atteindre nos objectifs ? Les bases sont là, tout est écrit sur le papier. Les États ont toutes les cartes en main. Si l’on prend l’exemple de la France, on sait comment faire pour accélérer la transition énergétique. On sait qu’on peut réformer nos modèles agricoles, on sait comment réformer les modèles des transports.