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Climat, politique : ce qu'il faut retenir de la conférence d'Obama à Paris

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 L'ancien président s'est exprimé pendant un peu plus d'une heure dans l'auditorium de Radio France. D'abord seul, à la tribune, puis, assis, interrogé par le pdg d'Orange, Stéphane Richard
L'ancien président s'est exprimé pendant un peu plus d'une heure dans l'auditorium de Radio France. D'abord seul, à la tribune, puis, assis, interrogé par le pdg d'Orange, Stéphane Richard
© Radio France - Eric Chaverou

Invité par un réseau de communicants et d'industriels, Barack Obama était à Paris ce samedi. L'ancien président des Etats-Unis a profité d'une conférence à Radio France pour évoquer de grandes questions politiques présentes et à venir : climat, gouvernance mondiale, nucléaire ou nouvelle économie.

Le 2 décembre : jour du sacre de Napoléon, de sa victoire à Austerlitz, et d'un coup de pub incroyable pour le réseau du même nom. Ces "Napoleons", 3000 acteurs de l'industrie des communications, ont eu leur après-midi de gloire grâce à Barack Obama, ce samedi. L'ancien président des Etats-Unis, de retour à Paris pour la première fois depuis son départ de la Maison Blanche, serait venu pour 400 000 euros, selon le Canard enchaîné. Dans un auditorium de Radio France plein, les 800 membres du réseau et leurs invités ont écouté une intervention et un questions-réponses très cadrés, sans grande surprise, autour de la peur. Petit verbatim des interventions politiques clés du démocrate, qui a aussi profité de cette journée pour rencontrer très discrètement Emmanuel Macron, mais aussi François Hollande et Anne Hidalgo. Ou comment, essentiellement en sous texte, il prône l'inverse de son successeur. 

Une pique claire à Donald Trump sur le climat

"La bonne nouvelle" a lancé Barack Obama, "c'est que depuis la mise en œuvre de l'accord sur le climat, on a vu des progrès dans le monde entier". "Maintenant, je vous accorde qu'à l'heure actuelle, nous avons une absence de représentation américaine sur ce sujet. J'en conviens, je vous l'accorde", a-t-il répété, déclenchant les rires de l'assistance. 

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Climat : "Nous devons tous nous regrouper et travailler. Avec la Chine et l'Inde. Il y a urgence !"

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Mais celui qui a évoqué sa rencontre avec Anne Hidalgo et sa dernière venue à Paris pour la COP21 a poursuivi, devant la maire de Paris et Ségolène Royal, désormais ambassadrice pour les pôles arctique et antarctique :

Malgré cela, vous voyez des entreprises américaines, des Etats, des villes, des universités qui continuent de travailler sur ce sujet. Aux Etats-Unis même, nous voulons atteindre nos objectifs grâce à ces actions qui se font au niveau local, au niveau des Etats parce que bien sûr le monde de l'économie a compris que c'était une démarche judicieuse d'investir dans les énergies propres.

Barack Obama était venu six fois en France pendant ses deux mandats, plus que partout ailleurs dans le monde, a-t-il soigneusement précisé
Barack Obama était venu six fois en France pendant ses deux mandats, plus que partout ailleurs dans le monde, a-t-il soigneusement précisé
© Radio France - Eric Chaverou
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La défense des institutions internationales

Dans le contexte géopolitique actuel et face à "un état voyou comme la Corée du Nord", le prix Nobel de la paix a insisté sur la valeur des organisations internationales, du multilatéralisme.

On a vu comment l'OTAN et nos coalitions pouvaient reconstruire la paix après la guerre. Nous nous sommes regroupés par le biais d'institutions qui nous permettent de maintenir la paix : les Nations unies par exemple, qui répondent à nos aspirations collectives. Une alliance de l'OTAN pour notre sécurité, et l'Union européenne qui assure la paix et la prospérité dans une nouvelle ère. Cette histoire ensemble, ces efforts ensemble, démontrent le pouvoir de nos valeurs. Le pouvoir du pluralisme, de l'ouverture, de l'état de droit. (...) Et cet ordre international a fait plus qu'éviter une 3e guerre mondiale ! Mais l'on ne doit pas se reposer sur nos lauriers, car l'autosatisfaction n'est pas ce qui marque les grandes Nations.

Et d'ajouter un peu plus tard que : "L'Europe est vitale. Le projet de l’Union européenne, l'UE elle-même, doit être préservé. Mais je pense que les leaders européens sont parfois timides dans cette défense." Alors que selon lui :  

Nous devons bien comprendre que sur la scène mondiale aujourd'hui, la grande menace pour la sécurité et la paix sont des Etats en défaillance ou voyous, comme la Corée du Nord, les réseaux terroristes ou la désagrégation du Moyen-Orient.

Une meilleure régulation de l'économie

Celui qui se félicite d'une pauvreté extrême fortement réduite et de l'extension de nos durées de vie s'interroge sur notre évolution économique. Barack Obama affirme comme priorité de s'assurer que la nouvelle économie est au service de tous :

Une économie ne pourra croître si un seul % de la population prospère, au détriment de la classe moyenne ou des classes laborieuses. Les sociétés ne fonctionnent pas lorsque les gens ont la sensation que les dés sont pipés. Pour avancer, nous devons certes moderniser nos économies, mais d'une façon inclusive, plutôt qu'exclusive. Avec un nouveau contrat social qui va donner à tous nos jeunes l'éducation dont ils ont besoin et aux travailleurs de meilleurs salaires.                                                              
Nous devons aussi moderniser les filets de sécurité et réduire les divisions entre les pays riches et les pays pauvres. Maintenir les Etats fragiles, c'est intelligent, dans nos intérêts et nous devons y investir.

"Je m'inquiète de Facebook, comme Mark Zuckerberg"

S'il faut être attentif aux effets des GAFAM, il faut savoir les distinguer précise Obama, qui au passage n'a rien tweeté de sa visite dans "la ville lumières", comme il l'appelle. Il prend pour exemple Facebook :

Je m'inquiète parce qu'aux Etats-Unis cela devient la plateforme principale par laquelle les nouvelles sont transmises et reçues par les gens. Et donc, je connais bien Mark Zuckerberg, c'est une personne extraordinaire, il a une véritable inquiétude, authentique, sur le rôle de Facebook. Et il veut encourager une communauté démocratique. Mais à l'heure actuelle, le processus des algorithmes et les mécanismes par le biais desquels les informations sont distribuées dans Facebook renforcent les problèmes. A savoir que si vous êtes un conservateur vous n'allez avoir que les nouvelles qui vous concernent. Donc vous êtes soumis à des formes de propagandes. Et pour moi, c'est une inquiétude démocratique à avoir.

"Facebook, les algoritmes, les mécanismes de diffusion de l'information, c'est une inquiétude démocratique à avoir"

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Auparavant, à la tribune, l'homme dont les photos sont les plus partagées au monde sur les réseaux sociaux avait déjà averti, à la tribune :

Nous sommes connectés comme jamais auparavant. Et c'est une très belle chose. Mais il est plus facile encore d'utiliser ce téléphone ou cette tablette pour nous enfermer dans nos bulles ! De ne simplement écouter ceux qui pensent comme nous. Donc très souvent cela moule les faits que nous acceptons pour qu'ils s'accordent à nos opinions. C'est la recette absolue pour un désastre, et particulièrement dans les démocraties...

En savoir plus : Nos années Obama
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L'optimisme malgré tout

Dans un monde qui "est à un tournant", Barack Obama a souligné l'importance des inégalités économiques, du changement climatique, du terrorisme ou de l'immigration de masse. "Ce sont des menaces réelles et elles ont créé un environnement dans lequel les gens sont inquiets pour le futur." Mais le promoteur passé du "Yes, we can" appelle à l'espoir plutôt qu'à la crainte et à "trouver notre humanité commune" :

C'est étonnant, mais nous vivons la meilleure époque de tous les temps et beaucoup de gens la considèrent comme une époque terrible ! Le monde n'a jamais été aussi prospère, mais il y a même temps des disruptions industrielles, des stagnations de salaires dans beaucoup d'économies avancées et bien sûr les travailleurs ont peur du futur pour eux et leurs enfants.                                                                                                              
Le monde, dans une certaine mesure est moins violent qu'auparavant, mais il reste divisé par d'anciennes divisions et de nouvelles haines.

Et de rappeler que le monde a vécu des moments similaires, au passage de l'ère agricole à l'ère industrielle ou quand la télévision et la radio ont surgi. Avant de confier que "la qualité de mon optimisme est meilleure aujourd'hui qu'il y a 8 ans".

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"Je serais probablement un meilleur président aujourd'hui, mais ma femme me quitterait !"

Quant à savoir ce qu'il a appris au fil du temps : "Plus j’avançais dans mes mandats, moins j'avais peur. Ma grande peur était d'être déçu de moi-même". Mais "c'est vrai que les politiciens ont peur de l'échec". 

Enfin, serait-il prêt à retourner dans le bureau ovale ? 

Probablement je serais un meilleur président. J'étais meilleur à la fin qu'au début, c'est comme tout ! (applaudissements) Mais, mais, mais je dois dire également que Michelle divorcerait. Ma femme me quitterait et je n'y tiens pas. Je l'adore.

"Je serais probablement un meilleur président aujourd'hui, mais ma femme me quitterait. Et j'adore mon épouse !"

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