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Colombie, Etats-Unis : des prisons sous tension face à la "tempête" Covid-19 qui s'annonce

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Fresque murale à Bogota, Colombie, le 21 mars 2020.
Fresque murale à Bogota, Colombie, le 21 mars 2020.
© AFP - Juan Barreto

Aux confins du monde. En Colombie, la surpopulation et le manque de précautions sanitaires en prison provoquent une vague de mutineries. Partout sur la planète les prisons menacent de devenir des démultiplicateurs de contamination. Faut-il pour autant libérer des détenus comme le font certains Etats américains ?

Il est des endroits à travers le monde où l'impératif de confinement prend un sens particulièrement cruel.

Ces endroits, ce sont les prisons, dont on sait qu'elles peuvent être des foyers de propagation ultra-rapide du Covid-19, qui plus est, comme l'indique le quotidien colombien El Espectador, quand "isolation y rime avec surpopulation".

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S'il est question ici de la Colombie, c'est que la problématique carcérale au temps du coronavirus y est particulièrement d'actualité : dans la nuit de samedi à dimanche, décrit la BBC, une vaste mutinerie a éclaté au centre pénitentiaire La Modelo, de Bogota, une tentative d'évasion collective de la part de détenus qui se sont déclarés "en désobéissance civique face au manque (ou à l'absence) de précautions prises dans leurs prisons pour les protéger de la contamination". Le soulèvement de La Modelo et sa répression par la police se sont soldés par 23 morts au moins et 83 détenus blessés. Mais le lendemain, dimanche, douze autres prisons du pays ont été gagnées par ce vent de contestation, avec des manifestations spontanées de détenus, toujours contre les piètres conditions sanitaires dans lesquelles ils sont enfermés et qui sont propices à une flambée de Covid-19.  

Pour le moment, sur les 235 personnes contaminées en Colombie, "il n'y en a aucune en prison", martèle la ministre de la Justice Margarita Cabello dans les colonnes d'El Tiempo : "Il n'y a donc aucune raison sanitaire valable qui puisse justifier la criminelle tentative d'évasion de samedi à La Modelo" selon elle.  

La peur du coronavirus a-t-elle servi de prétexte à cette mutinerie dans une prison d'ordinaire très calme, selon El Tiempo, car tenue par un savant équilibre des forces avec ses cours et bâtiments tenus respectivement par l'ex-guérilla des FARC, les paramilitaires et les narco-trafiquants ?

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Non, la peur exprimée par les prisonniers semble bien légitime, à lire El Espectador, tant la surpopulation rend inenvisageable pour eux les mesures de distanciation sociale imposées à partir de ce mardi à tous les Colombiens : "A_u total, les 134 prisons colombiennes renferment 121 700 détenus pour une capacité d'accueil de 80 700 personnes, soit une surpopulation de 50%_". Ajoutez à cela "l'interdiction désormais des sorties pour visites médicales, celle des visites de proches au parloir, et l'accès très limité des détenus aux masques, savon antibactérien et produits de désinfection pour leurs cellules" : si le virus pousse les portes des prisons colombiennes, c'est une "catastrophe" sanitaire assurée.

Mais l'exemple colombien n'est que le révélateur d'une problématique carcérale mondiale : on la retrouve posée également aux Etats-Unis, où les cas de contamination se multiplient dans les prisons new-yorkaises. 

On y dénombre déjà une cinquantaine de malades, détenus ou surveillants selon le New York Post, qui relaie les alertes lancées par les autorités pénitentiaires : "Il est certain que la contamination va se répandre comme une traînée de poudre" derrière les barreaux, "c'est une tempête qui va s'abattre en particulier sur Rickers Island", la plus célèbre et la plus surpeuplée des prisons new-yorkaises, selon le médecin-chef de l'établissement.

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Pour rendre la chose plus concrète encore, de nombreux journaux américains reprennent cette info publiée dimanche par le Niagara Gazette, selon laquelle le plus médiatique des détenus des Etats-Unis actuellement, l'ex-producteur vedette d'Hollywood Harvey Weinstein, a lui-même été testé positif au coronavirus et placé à l'isolement dans sa prison de Wende, dans l'ouest de l'Etat de New-York. 

La correspondance de Gregory Philipps à Washington : 

Harvey Weinstein, le coronavirus et les prisons de NYC

55 sec

Dans ces conditions, prévient Mara Gray dans les pages Opinion du New York Times, "la dernière chose dont New york a besoin actuellement, c'est que l'on envoie plus de personnes encore derrière les barreaux de ses prisons". Pour cette raison, la journaliste et éditorialiste appelle les autorités de la métropole à ne pas céder aux pressions de la police qui voudrait leur faire renoncer, pour des raisons budgétaires et sécuritaires, à la réforme de la Justice entrée en vigueur le 1er janvier dernier : elle interdit que les personnes poursuivies pour des délits mineurs soient placées en détention préventive. "Il faut libérer le plus de détenus possible", plaidait aussi la semaine dernière le médecin-chef de Rickers Island.

Vider en partie les prisons pour tenter d'éviter des contaminations massives ? C'est l'inverse de ce que se prépare à faire l'Etat d'Australie du Sud, à en croire la chaîne d'info 7News à Adelaïde. Les autorités locales s'y apprêteraient à durcir les peines encourues par ceux qui contreviennent aux règles de quarantaine imposées face au coronavirus : l'Etat (où l'urgence sanitaire a été déclarée) vient en effet d'accorder des pouvoirs élargis à sa police qui peut désormais se rendre chez les habitants, vérifier si tout le monde est bien présent à son lieu de confinement, et le cas échéant placer en détention toute personne qui "prend sciemment le risque d'en contaminer une autre".

En Guinée, ce n'est pas tant la peur du coronavirus que celle des violences politiques qui a marqué les élections de ce dimanche : et cette peur était fondée, puisque les législatives et le référendum censé permettre la réélection du Président Alpha Condé pour un troisième, voire un quatrième mandat, ont été "ternies par la mort d'au moins dix manifestants tués par les forces de l'ordre", selon l'opposition guinéenne, citée par Le Temps, qui appelait au boycott de ces deux scrutins.

La contestation politique à Conakry dure depuis six mois et a fait une cinquantaine de morts, dénonçant la tentative du chef de l'Etat, à 82 ans passés, de façonner la Constitution guinéenne pour rester au pouvoir à vie.

Pour le site d'info Le Djely, l'opposition a plutôt réussi son pari d'empêcher cette double élection, puisqu' "au vu des violences qui les ont émaillées, des incidents enregistrés ça et là et même des manœuvres de fraude que certains candidats dénoncent déjà", ce qui s'est passé dimanche à Conakry n'était pas vraiment des élections. 

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Que va-t-il se passer à présent, s'interroge Le Djely ? Il y a fort à parier que les deux camps n'aient eu chacun ce qu'ils voulaient, la tenue officielle des élections et leur perturbation. Ce "match nul" pourrait déboucher sur une paix des braves, un engagement du Président Condé, sous pression de la communauté internationale, à ne pas briguer de nouveau mandat et la mise en place d'un gouvernement d'union nationale. Un partage du pouvoir, en somme, "des arrangements au profit des seuls politiques" mais bien loin des préoccupations réelles de la population guinéenne pourtant "profondément divisée", se lamente déjà Boubacar Sanso Barry.

En Allemagne, l’aile la plus ultra du parti d’extrême-droite AfD va devoir se saborder (par notre correspondant à Berlin Ludovic Piedtenu) :

D’ici fin avril, le parti AfD, troisième force politique au Bundestag, ne veut plus avoir de problèmes avec les membres du courant Der Flügel placé depuis plus d’un an sous surveillance policière et qui pourrait à terme menacer le parti tout entier.

Cela fait deux ans que l’aile dure du parti, un courant appelé Der FlügelL’aile ») qui ne pesait guère que 30% des adhérents gagne en légitimité au sein de l’AfD au fur et à mesure que sa ligne prouve son efficacité électorale avec de très bons scores réalisés à l’automne dernier lors des scrutins régionaux en Thuringe (23,4%, +12,8 points en 5 ans), dans le Brandebourg (23,5%, +11,3) et surtout en Saxe (27,5%, +17,8).

Dans ces trois régions, on retrouve comme têtes de liste de l’AfD les membres les plus éminents du courant «Der Flügel » au premier rang desquels on trouve, en Thuringe, Björn Höcke, populiste, nationaliste et ouvertement xénophobe, islamophobe et révisionniste. Un homme qui puise sans gêne sa rhétorique dans le national-socialisme. Il prône la défense de l’identité allemande, il plaide pour une vision positive de l’histoire du pays.Cessons d’être des moutons et soyons des loups" déclare-t-il souvent, dans une référence explicite au surnom donné à Adolf Hitler.   

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Sauf qu’à force de provocations racistes et antisémites, lui et ses 7 000 amis ultras de Der Flügel (sur les 35 000 que compte l’AfD) ont été mis sous surveillance policière par les renseignements intérieurs.

Vendredi 20 mars, la direction du parti Alternative pour l’Allemagne a donc considéré, pour s’éviter des problèmes plus grands comme l’interdiction du parti, qu’il valait mieux demander à son courant radical de se saborder et lui lance alors un ultimatum d’ici au 30 avril. Décision adoptée par le comité exécutif fédéral de l’AfD par 11 voix POUR, une abstention et une voix CONTRE.

24 heures plus tard, le chef de L’aile, Björn Höcke annonce qu’il va céder et dissoudre son courant dans une interview accordée à un magazine de la droite ultra allemande Sezession.

Björn Höcke y considère toutefois que même interdit et dissous, son courant doit maintenir son cap politique et doit continuer à irriguer l’AfD pour le bien du parti d’extrême-droite.