Son cheminement féministe et son engagement pour l'égalité raciale ont fait de "Queen B" une icône étudiée à l'université.
Son cheminement féministe et son engagement pour l'égalité raciale ont fait de "Queen B" une icône étudiée à l'université.

Comment Beyoncé est devenue une icône sociale globale

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Comment Beyoncé est devenue une icône sociale globale

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De chanteuse de R’n’B sexy et dépolitisée à reine de la pop engagée, comment son engagement féministe a-t-il fait de Beyoncé cette icône sociale globale, étudiée dans plusieurs universités du monde ?

Ses refrains résonnent dans chaque manifestation du collectif "Nous Toutes" contre les violences sexuelles et sexistes. Régulièrement pourtant, les prises de position de la “Queen B” sont remises en question, débattues. Des contradictions qui font de Beyoncé une “figure imparfaite du féminisme”, selon Keivan Djavadzadeh, maître de conférences à l’université Paris 8 dont la spécialité est le rap, la musique populaire et leurs liens avec les questions de genre : "Et ce n'est pas du tout une critique que de dire ça, c’est simplement considérer que ses failles apparentes sont aussi ce qui renforce son pouvoir d'identification.

Ses débuts R’n’B avec les Destiny’s Child

Au tournant des années 2000, Beyoncé débute avec les Destiny's Child, dans un registre R’n’B où on la voit sexualisée et séductrice. On est à l’époque des girls bands et du “girl power”. Son physique détonne avec les standards de l’époque en matière de célébration du corps des femmes. “On était plutôt sur des modèles de féminité qui étaient des corps minces et blancs”, décrit le professeur en sciences de l'information et de la communication.

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La chanteuse se lance en solo en 2003 et, avec le succès, viennent les reproches : celui de se lisser et se blondir les cheveux, voire de s’éclaircir la peau, dans lequel ses détracteurs voient “une forme d’effacement de ce qui fait la spécificité du corps noir”, analyse l’auteur de Hot, cool & vicious (Amsterdam)

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À l’époque, Beyoncé ne se revendique pas féministe et s’insurge d’ailleurs contre celles et ceux qui exhortent aux artistes de prendre position. Elle poursuit sa carrière avec son album “Four” en 2011 dans lequel elle introduit une dimension plus militante. “On a par exemple pour la première fois, dans des clips, des femmes noires qui apparaissent, avec des afros, le poing levé, décrit Keivan Djavadzadeh. Mais le mot de féminisme n’est toujours pas prononcé.

“Queen B” est prise dans des conflits parfois générationnels : des sociologues et des activistes féministes comme bell hooks [qui insistait pour qu’on écrive son nom sans majuscules], lui reprochent l’image renvoyée aux jeunes filles, et le fait d’inciter à maintenir des standards de beauté inatteignables.

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2013 : le tournant

2013 est un moment marquant dans sa carrière. Elle est choisie par Barack Obama, le premier président américain noir pour chanter l’hymne national lors de son investiture. En décembre, elle sort un nouvel album dans lequel elle sample l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, autrice d’une conférence TED remarquée. Dans la foulée, elle se produit devant un néon géant représentant le mot Féministe sur la scène des MTV Awards. Son engagement se mue en “Black feminism” avec l’album “Lemonade”, alors que le mouvement Black Lives Matter secoue l’Amérique. Elle y chante l’amour des cheveux crépus de ses enfants. Elle y scande aussi la liberté avec Kendrick Lamar, sur “Freedom”, qui deviendra un des hymnes des manifestations suite à la mort de George Floyd, en 2020.

Le “quiet quitting” dans “Renaissance”

Beyoncé est une femme et aussi une mère, une épouse, celle de Jay-Z. La réussite du couple s'affiche ostensiblement au Louvre, à l'occasion d'un clip spectaculaire tourné dans le plus célèbre des musées français, réalisé pour un album que les époux co-signent en 2018.

Dans “Break my Soul”, le banger de son album “Renaissance”, Beyoncé aborde le “ quiet quitting”, une des notions les plus discutées de 2022, qui renvoie à la volonté des jeunes générations de ne pas consacrer tout leur temps et leur énergie au travail. La chanteuse incarne pourtant le succès d’une carrière sur tous les fronts, l’excellence physique et artistique, la réussite matérielle. “Certaines personnes voient dans Beyoncé une imposture féministe parce que, justement, elle serait trop riche, trop puissante, et qu’elle ne pourrait pas être féministe, décrit Keivan Djavadzadeh. Quand d'autres personnes vont dire : ‘Mais c’est aussi, justement, une femme noire qui parvient à se hisser tout en haut de la société. Tout le monde a sa Beyoncé en somme !

Saisissant l’évolution des discours sociétaux, Beyoncé incarne l’époque, quitte à se faire accuser de “feminism washing”. Et ces débats en font une icône sociale globale. L'artiste condense sur sa personne et sa trajectoire tellement d’enjeux qu’elle intéresse le monde universitaire, à commencer par les “cultural studies” et les “gender studies” dans les universités américaines, puis européennes. En 2022, l’École normale supérieure propose un séminaire qui lui est dédié.

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