Comment bien finir une série : GoT, The Wire, Friends, Dexter, Lost... - #CulturePrime

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Comment bien finir une série

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L'ultime épisode de la série "Game of Thrones" se profile. Alors on se demande : comment bien finir une série ? Un philosophe et une critique de cinéma nous donnent leur recette. Et pour vous, quelle série finit d'une bonne façon ? Comment vous remettez-vous du dernier épisode d'une série ?

"La fin des séries, c’est toujours un moment problématique." Mathieu Potte-Bonneville, philosophe et Ava Cahen, critique de cinéma, exposent les enjeux narratifs des derniers épisodes des séries, forcément paradoxaux pour ce mode de récit dont l'unité est l'épisode. 

En savoir plus : Game of Thrones : la fin justifie les moyens

Mathieu Potte-Bonneville : Les séries américaines ont installé ce principe du “final” qui fonctionne comme une apothéose. Et en même temps, une série est un objet narratif dont le principe même est de se dérouler indéfiniment et de nous installer dans une forme de régularité ou de reprise qui conjurent, retardent, repoussent perpétuellement ce moment de la fin. Donc il y a une dimension problématique de la fin des séries.

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Quelle serait la fin idéale pour "Game of Thrones" ? 

Ava Cahen : C’est de trancher. Qu’on sache définitivement qui va être sur le trône de fer, puisque c’est la question qui nous anime depuis maintenant huit saisons.

Mathieu Potte-Bonneville : Game of Thrones a décidé de décaler la fin trois épisodes avant la fin [dans l'épisode 3 de la saison 8, La Longue Nuit]. Il faut se souvenir ici que l’inspiration de George R.R. Martin, c’est Le Seigneur des anneaux, et que dans Le Seigneur des anneaux, après la fin, beaucoup de choses adviennent en mode mineur. Au-delà du climax, des choses adviennent encore qui nous laissent espérer que cette série ne terminera jamais. 

Qu’est-qu’une fin de série réussie ? 

Ava Cahen : Je pense par exemple aux Sopranos, où la conclusion était très abrupte. Voilà un des mécanismes très particulier aux séries d’aujourd’hui, c’est de favoriser la surprise. C’est d’être dans l’inattendu. 

Mathieu Potte-Bonneville : Une série comme The Wire par exemple, c’est une série qui explique que c’est sans fin. Autrement dit, que la façon  dont le pouvoir se reconduit dans la ville de Baltimore est sans espoir. Et on ne peut pas finalement espérer une forme de résolution. 

Du coup, une série comme The Wire va décaler sa fin un peu avant. La véritable fin de The Wire, c’est le moment où le maire de la ville, Carcetti, à l’ouverture de ce dernier épisode, demeure muet parce qu’on vient de lui asséner une révélation sidérante. 

Ava Cahen : Je trouve que la série Friends, série qui a fédéré, a su tout à fait conclure sa dernière saison. On a le motif de fin des clés posées sur un comptoir. Pas la fin d’une amitié, mais de nouvelles aventures qui vont engager nos personnages, mais qui vont désormais rester hors-champ. Une autre série qui a su finir avec brio, c’est Breaking Bad, parce que là aussi, il fallait une morale. 

Mathieu Potte-Bonneville : Breaking Bad, dont l’avant-dernier épisode a reçu plusieurs prix, parce que tout le monde avait compris que c’est là que les choses se jouent, que l’épisode, dans son caractère ouvert - il ne commence pas, il ne finit pas - l’épisode peut constituer véritablement un bouquet final. 

Et une fin de série ratée ? 

Ava Cahen : Je pense par exemple à Lost. La dernière saison ne répondait pas à toutes les attentes des spectateurs. On a vécu six ans avec cette série, donc on donne du temps, de l’énergie, beaucoup de notre passion à la série, et quand elle fait des pirouettes scénaristiques, quand elle ne conclut pas tout à fait, et qu’elle n’est pas conforme aux attentes, ça crée des frustrations, et les frustrations s’expriment massivement.

Une grosse déception est Dexter par exemple. Très bien écrite, très intéressante sur les trois premières saisons, et petit à petit, ça s’est cassé la figure, et ça s’est senti au niveau des audiences, le public s’est lassé. Usure du concept, usure des auteurs…
En fait, c’est le sens du voyage qui est intéressant, plus que la destination. 

Et un mauvais final, ça peut faire revoir ou reconsidérer l’intégralité d’une série. 

En savoir plus : Game of Thrones, phénomène planétaire

À lire

- Game of Thrones décodé, d'Ava Cahen (Editions du Rocher, 2019)

- Game of Thrones : série noire de Mathieu Potte-Bonneville (Les Prairies ordinaires, 2015)

À écouter

La Grande table, 2 mai 2019