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Comment Bill Clinton a géré sa première cohabitation ?

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Pour les deux dernières années de son mandat, Barack Obama devra composer avec un Congrès tenu par ses adversaires républicains.Ce n’est pas la première « cohabitation » dans l’histoire politique des Etats-Unis.Georges W Bush en était passé par là lors des deux dernières années de son mandat (2006-2008), tout comme Ronald Reagan, ou Bill Clinton. D’ailleurs l’expérience de ce dernier, un président Démocrate face à un congrès Républicain, pourrait servir de modèle à Barack Obama. Le 8 novembre 1994, le président Bill Clinton assiste au basculement du Sénat et de la Chambre des représentants dans les mains des Républicains qui disposent désormais de la majorité absolue, mais pas de la majorité des deux tiers permettant de faire passer des lois sans risquer la censure du véto présidentiel.Dès lors, comment se sont déroulés les deux dernières années du premier mandat de Bill Clinton ?

**J’ai commis des erreurs et j’ai réappris l’importance de l’humilité **

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Déclaration du président face aux membres du congrès en janvier 1995.

Après deux années de mandat, l’heure n’est plus aux réformes d’envergure pour le président. Il faut donc oublier les projets « clivants » au profit de textes plus consensuels entre la Maison Blanche et le Congrès.Lors de son allocution devant le Congrès, Bill Clinton fixe les limites de la cohabitation avec les républicains et dresse la liste des sujets pour lesquels il opposera son véto. Hors de question de valider un texte, ou un amendement, imposant l’équilibre budgétaire, synonyme de coupes claires dans les dépenses de l’Etat fédéral. Il n’est pas non plus question de valider une éventuelle remise en cause des dépenses médicales en faveur des personnes âgées. Devançant les velléités des républicains sur la circulation des armes à feu, Bill Clinton prévient également qu’il s’opposera à toute tentative de détricoter le Federal Assault Weapons Ban , voté un an plutôt par la majorité démocrate et interdisant pour une période de dix ans la vente d’armes semi-automatiques à destination de la population civile.

Mais Bill Clinton avance quelques pistes sur lesquelles le Congrès et la Maison Blanche pourraient trouver un accord, comme la lutte contre le phénomène des « enfants qui ont des enfants » , ces jeunes mères adolescentes et célibataires qui vivent souvent dans les territoires pauvres.

Newt Gingrich
Newt Gingrich
© Maxppp

Mais pour les membres républicains du Congrès de l’époque, cette majorité dans les deux Chambres, est l’occasion de dérouler le programme du parti.Newt Gingrich, le speaker de la Chambre des représentants met en route une « révolution » , un pamphlet radical intitulé « Contrat avec l'Amérique » qui a fait office de programme de campagne des républicains lors des midterms de 1994.La Chambre des représentants examine les textes à vitesse grand V, mais en face, le Sénat, où les républicains disposent de 52 sièges contre 48, n’est pas en mesure de suivre le rythme.Ainsi, certains projets ne vont pas au terme du processus législatif. C’est le cas de la loi de « revitalisation de la sécurité nationale » dont un volet a été mis en échec. Les démocrates ont pu compter sur le soutien de plusieurs élus républicains pour rejeter la création d’un système de défense antimissiles.

Nous sommes en février 1995, et Bill Clinton n’a pas encore eu à user de son véto pour censurer une loi. Pour marquer ses divergences, il menace de ne pas signer un projet de loi ou dénonce des excès lors de discussions législatives.

Bill clinton
Bill clinton
© Radio France

C’est en juin 1995 que Bill Clinton use pour la toute première fois de son véto.Il s’oppose à un texte voté par les deux Chambres du congrès portant sur des économies budgétaires.Le président américain refuse de raboter de plus de 16 milliards de dollars des programmes éducatifs, des investissements dans la formation professionnelle et dans l’environnement. Ce thème de la défense des plus défavorisés permet à Bill Clinton de faire passer ses adversaires républicains pour des riches égoïstes, surtout à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle.Dans les mois qui vont suivre ce premier véto, les positions des membres du Congrès vont se durcir. De plus en plus, les textes votés sont assortis de dispositions clivantes, rejetées par Bill Clinton. Il en est ainsi de deux textes rejetés par le président en novembre 1995.Dans sa loi de finances provisoire, le législateur a inclus une augmentation des cotisations d’assurance-maladie payées par les personnes âgée dans le cadre du programme Medicare.Dans l’autre texte sur le relèvement du plafond de la dette, il est question de priver l’administration de sa faculté d’utiliser des mécanismes permettant d’éviter le défaut de paiement, et d’obliger le président à s’engager sur un retour à l’équilibre du budget, et donc à effectuer des mesures drastiques d’économies.Sur les derniers mois de l’année 1995, Bill Clinton va user à 11 reprises de son véto. A chaque fois, en prenant des précautions politiques pour avoir l'image d’un homme cohérent mais pas obstiné.Souvent, ses vétos sont partiels, ce qui montre là encore un sens des responsabilités.

Une stratégie payante à moins d’un an de la présidentielle de 1996 qui le verra rempiler pour une second mandant à la Maison Blanche.

Les élections de Bill Clinton en 1992 et 1996.

Les élections de Bill Clinton
Les élections de Bill Clinton

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