Chloé Moglia en suspensio à plusieurs mètres du sol.
Chloé Moglia en suspensio à plusieurs mètres du sol.

Chloé Moglia réinvente le trapèze

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Comment Chloé Moglia a fait du trapèze un art philosophique

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Ce n’est pas de la poésie, du cirque, du sport, de la philosophie, de la rêverie mais tout ça à la fois. Artiste venue des arts du cirque, la trapéziste Chloé Moglia a créé une nouvelle discipline : la suspension. Une pratique très physique mais qui engage la réflexion sur notre rapport au temps.

"Dans la suspension, il y a quelque chose qui, en apparence, met un peu hors du monde qu’on traverse. Pourtant, en profondeur, j’ai parfois l’impression que c’est l’endroit où je suis le plus ici, en fait. " C'est ainsi que la performeuse Chloé Moglia nous parle de sa pratique : la suspension.

Sans filet

Passée par la gymnastique et les arts du cirque, Chloé Moglia a repoussé les frontières de ces disciplines pour réinventer une pratique : la suspension.   

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Chloé Moglia : "Si on en retire la partie acrobatique, on redonne à cette situation son caractère un peu étonnant, vertigineux. Alors que dès que c’est un trapéziste qui la donne à voir, c’est normal, c’est plus normé. Donc je travaille à éplucher cette situation pour arriver à ce qu'elle soit perçue seulement comme suspens, comme conscience d’être mortel, mais comme saveur d’être en vie aussi."  

À plusieurs mètres du sol, sans filet ni protection, elle évolue sur une ligne de fer suspendue, comme une proposition de chemin, en écho avec le monde qui nous entoure.  

Chloé Moglia en pleine performance
Chloé Moglia en pleine performance
© AFP

L'intranquilité comme moteur...

Chloé Moglia : "Il y a une revendication étonnante aujourd’hui, d'une sorte de droit à ne pas trop se poser de questions, à être tranquille, à ne pas avoir peur… Pourtant, des fois, il y a de quoi avoir peur. Cette intranquillité qui est cousine de l’incertitude, qui va venir nous titiller un peu, je crois que j’aime bien la susciter. Donc ces lignes sont aussi des espaces d'intranquillités. Il n’y a pas forcément de quoi être cool aujourd’hui je crois."  

Si l’intranquillité et l’incertitude sont au cœur du travail de Chloé Moglia, c'est parce qu'elles lui permettent de recentrer sa gestuelle et surtout son attention.

Chloé Moglia lors d'une performance en Grèce, en 2018.
Chloé Moglia lors d'une performance en Grèce, en 2018.
© AFP

Chloé Moglia : "Ce que je traverse là-haut, c’est très rapide, parce que quand je suis en train de lâcher une main pour en prendre une autre, je sens tel endroit qui se contracte, tel autre qui peut se relâcher. Je sens que je suis en train de percevoir une chose, je tourne, et je vois ce que je n’avais pas vu avant, j’entends un bruit là. En fait, il y a une somme immense de choses qui se produisent à la seconde pour peu que l’attention se focalise sur ce type d’évènements-là."  

...l'ouverture au monde comme but

L'entraînement de Chloé Moglia passe donc par l’attention portée aux choses, mais aussi par les arts martiaux et, plus étonnant, par la lecture.   

Chloé Moglia : "Lire est aussi une manière d'entraîner cette forme de souplesse et de tonicité qui est celle du corps et de l’esprit. Pour moi c’est vraiment une seule et même chose, ça se travaille ensemble.  Ça peut être de l’anthropologie, de la physique, de la philo… Ça m’ouvre à des mondes, ça me met dans un état qui n’est pas le même, ça recrée de l’interrogation et, du coup, de la suspension. C’est suspendre une modalité de vie, non pas pour qu’il n’y ait rien d’autre, mais pour que s’infiltre, s’immisce une autre forme de rapport au vivant. "

42 min