Comment est née la non-violence ? - #CulturePrime

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Comment est née la non-violence ?

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Ils manifestent pour la démocratie à Hong Kong, contre les dirigeants des grandes puissances à Biarritz ou pour la cause écologique partout à travers le monde. Leur point commun : la non-violence. Un principe d'action collective théorisé dès le XIXe siècle par Gandhi.

Des centaines de milliers de manifestants qui brandissent des parapluies à Hong Kong, des militants qui décrochent des portraits d’Emmanuel Macron en marge du G7, des lycéens qui sèchent les cours pour alerter sur l’urgence climatique. Y a-t-il un regain de la non-violence chez les manifestants ?

Ce principe d’action collective est théorisé par Gandhi dans les années 1890. A l’époque, le jeune avocat est envoyé en Afrique du Sud pour y travailler, comme beaucoup d’Indiens pauvres qui offrent leur main d’œuvre.

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Témoin des injustices, il tente de mobiliser ses compatriotes opprimés.

** **A l’époque, ses actions de désobéissance, il appelle ça de la résistance passive. Il n’a pas encore ni le mot, ni même l’idée de non-violence. C’est une vingtaine d’années plus tard en 1907-1908, que Gandhi va avoir un échange épistolaire avec l’écrivain russe Léon Tolstoï. C’est Tolstoï qui dit à Gandhi : "vous devriez lire la Bible. Parce que vous y trouverez les fondements philosophiques de votre action, notamment cette idée du Christ dans le serment sur la montagne si on vous frappe sur une joue, tendez l’autre joue". Manuel Cervera-Marzal, sociologue

Lors d’un séjour en prison, Gandhi lit un autre auteur qui va beaucoup l’influencer, Henry David Thoreau.

Gandhi va être frappé par le verbe et les idées de ce citoyen américain, qui lui, au milieu du XIXe siècle, va refuser de payer ses impôts à l’État du Massachusetts afin de dénoncer sa politique esclavagiste. Manuel Cervera-Marzal 

Gandhi applique ses nouvelles méthodes contre les colons anglais en Inde : grève de la faim, grève dans les usines, boycott des institutions, marches pacifiques. Il organise en 1930 la grande marche du sel sur les bords de l’océan Indien et défie les autorités en récoltant lui-même du sel, qui est alors monopole d’État. Dans les jours qui suivent, il est imité par des centaines de milliers d’Indiens.

La grande idée de Gandhi, c’est qu’il faut désobéir parce que le pouvoir repose sur l’obéissance des opprimés. Cette idée, on la retrouve chez Étienne de La Boétie, ce jeune Girondin qui écrit au début du XVIe siècle "ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux". Manuel Cervera-Marzal 

Gandhi inspire de nombreux leaders politiques dont Martin Luther King, qui s’appuie sur la religion pour appeler à lutter pacifiquement.

Martin Luther King est un pasteur, il est l’auteur d’une thèse en théologie, donc il va vraiment aller dans les Écritures, notamment dans le Nouveau Testament, chercher les origines de la non-violence. Sa deuxième innovation théorique, c’est le lien avec le marxisme. Martin Luther King se disait marxiste, communiste, révolutionnaire. Il a fait un rapprochement entre non-violence et socialisme. Manuel Cervera-Marzal

Martin Luther King comprend aussi l’importance de la non-violence dans la dramaturgie politique et l’enjeu crucial de faire basculer les médias et l’opinion publique de son côté.

En 1963, dans la ville de Birmingham, il demande à de jeunes Afro-Américains de rentrer deux par deux dans une bibliothèque interdite aux Noirs. La police ségrégationniste va envoyer des chiens extrêmement féroces sauter à la gorge de ces enfants, les mordre littéralement. Il y a bien sûr des journalistes qui ont été convoqués avant cette action par Martin Luther King, qui sont là, qui photographient. Ces images vont faire le tour du monde. Elles vont émouvoir l’ensemble de la communauté internationale qui va faire pression sur les autorités politiques ségrégationnistes. Manuel Cervera-Marzal

Aujourd’hui, la non-violence est largement utilisée dans les causes environnementales.

C’est quelque chose qui était fortement présent, la non-violence en France, dans les années 1950-1960, notamment antimilitariste contre le nucléaire militaire à l’époque. Dans les années 1960-1970, ça perdure un petit peu, avec le Larzac notamment. Mais dans les années 1980-1990, on a une disparition de la non-violence, en tout cas, un affaiblissement. Aujourd’hui, elle refait surface, réactive ce lien originel entre désobéissance civile, non-violence d’un côté et le souci pour l’environnement de l’autre côté. Manuel Cervera-Marzal