Le pangolin : du totem guérisseur au porteur de virus

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Comment l'inoffensif pangolin est devenu ennemi public n°1

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Comment cet animal sacré, l'un des plus braconnés au monde, est-il passé du totem guérisseur au porteur de virus avec la pandémie du Covid-19 ? Retour sur l'histoire du pangolin.

C’est le mammifère le plus braconné au monde et une possible cause du covid-19. Sacré pour la plupart des Chinois, des tribus en Afrique lui vouent également un culte. Voici comment le pangolin est passé de mignon animal inoffensif à ennemi public n°1. 

Un pangolin.
Un pangolin.

Animal hybride

Aujourd’hui, un pangolin est braconné toutes les 5 minutes dans le monde. Toutes les espèces, asiatiques et africaines, sont en danger d’extinction. Au coeur de ce braconnage massif : des croyances et des mythes autour de son statut d’animal sacré notamment en Afrique et en Asie. Son aspect hybride entre le mammifère, qui se déplace à quatres pattes, et le poisson avec ses écailles fascine depuis des siècles. 

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Son absence d’agressivité et la façon qu’il a de s’enrouler sur lui-même pour se protéger ont pu être interprétées comme des gestes d’offrande. Animal nocturne, sa capacité à se tenir debout a aussi fait de lui le héros de nombreux contes. 

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Sacré en Afrique centrale

En 1949, l’anthropologue britannique Mary Douglas vit une année en Afrique centrale dans la tribu des Lele du Kasaï. Elle y découvre un culte lié au pangolin. Il est ce qu’on appelle un “animal esprit”, un animal “interdit”, dont l’hybridité fait peur autant qu’elle fascine.  

La tribu des Lele voit le pangolin comme un ami de l’homme. Comme les humains, ils ne mettent au monde qu’un enfant à la fois et semblent sensibles à la honte car ils baissent la tête dans leurs écailles. Pour les Lele du Kasaï, manger du pangolin augmente la fécondité. 

Une tribu voisine, les Lega, considère le pangolin comme un bâtisseur, il aurait enseigné la construction des maisons aux hommes de la tribu. Le fourmilier écailleux y est l’image du lien social entre les générations. 

Mais la société évoluant, le culte de l'animal s’est peu à peu éteint. Aujourd’hui il est encore parfois consommé mais est surtout chassé en masse pour être vendu en Asie, car ses écailles sont considérées comme de l’or pour la plupart des Chinois. 

Soigneur en Chine

Les premiers écrits chinois sur le pangolin remontent à la fin du Ve siècle. Ils ont été consigné par Tao Hongjing, un taoïste qui rédigeait des traités médicaux. 

Selon lui, le pangolin a été repéré à sa manière de chasser les fourmis. Il se laisse envahir d'insectes puis se jette dans l’eau. Les fourmis meurent et remontent à la surface, et le pangolin peut ensuite facilement les manger. À cette époque, il existe une infection cutanée nommée “yi lou”. “Yi” signifiant aussi fourmis. Le pangolin est donc utilisé pour soigner ces infections de la peau. 

"Cela montre bien que l’une des idées de l’utilisation de produits animaux ou végétaux est ce qu’on appelle la théorie des signatures. Les produits qui vont pouvoir être utilisés pour soigner les maladies sont signalés. Je donne un exemple, une plante rouge va soigner le sang, une plante jaune sera plutôt utilisée pour soigner des infections du foie", développe Frédéric Obringer, historien de la Chine. 

Le pangolin est inscrit dans la pharmacopée de la médecine traditionnelle chinoise. Ses écailles seraient anti-inflammatoires, un remède à l’infertilité et un vivifiant pour le sang, son sang et son foetus sont considérés aphrodisiaques. En réalité les écailles du pangolin sont constituées de kératine, qui n’a scientifiquement pas de vertus médicinales particulières. 

En savoir plus : La médecine traditionnelle chinoise

Mais une grand majorité de Chinois croit en la médecine traditionnelle qu’ils complètent souvent à la médecine classique. 

À l'origine du Covid-19 ? 

Comme la chauve-souris, le pangolin est soupçonné d’être à l’origine du Covid-19. L’animal héberge des dizaines de virus mais il ne tombe pas malade et transmet le virus aux autres. Vendu sur les étals des marchés en Chine,  les conditions de conservation n’y sont pas optimales. Sa chair est découpée et souvent importée d’Afrique dans des valises conservées dans des sacs plastiques. Une combinaison de règles sanitaires déplorables et d’habitudes de consommations particulières qui pourrait constituer l’une des origines de la pandémie actuelle.