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Comment le monde a vécu la pandémie, en 15 photos marquantes

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L'une des photos sélectionnées dans le livre "Pandemia" de l'AFP aux éditions Les Arènes.
L'une des photos sélectionnées dans le livre "Pandemia" de l'AFP aux éditions Les Arènes.
© AFP - Joël Saget

L'AFP et les éditions Les Arènes ont publié le 7 octobre un livre de 500 photos pour "raconter l'histoire du Covid-19" à travers le monde. Marielle Eudes, directrice de la photographie à l'AFP, a sélectionné les quinze photos qui l'ont le plus marquée et les commente pour France Culture.

Chaque jour, l'AFP reçoit plus de 3000 photos envoyées par les 450 photographes qui composent son réseau mondial. A partir de novembre 2019 et pendant plusieurs mois, tous les clichés adressés à l'agence de presse ne traitent que d'un seul sujet : la pandémie de Covid-19. "Un cas absolument unique. C'est en voyant cette abondance d'images que nous avons décidé d'en faire une sélection pour pouvoir garder une trace de ce moment où le monde entier a basculé", explique Marielle Eudes, qui a dirigé la publication du livre Pandemia, aux éditions Les Arènes. La directrice photo à l'AFP insiste sur la difficulté de cette entreprise : "Souvent, ce qui est compliqué, c’est de trouver les bonnes images pour faire un livre. Là, c'était d'opérer un choix parmi toutes celles que l'on avait à notre disposition." 

58 min

Plutôt que de se concentrer sur le cas français, l'agence de presse a fait le choix de montrer la pandémie d'un point de vue international. C'est aussi pour cette raison que le livre a bénéficié d'une sortie mondiale le 7 octobre. "Ce qui est intéressant, c'est de montrer les similitudes d’un pays à l’autre, explique Marielle Eudes. En voyant certaines images, il est impossible de dire si on est en Irak, en France ou en Italie. Les soignants sont tous vêtus de la même combinaison, ils ont tous le même visage fatigué… Et en même temps, on prend conscience des différences de prise en charge des malades entre pays pauvres et pays riches." 

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Le but du livre est de "garder une trace de ce moment historique" que l'on va peu à peu enfouir dans nos mémoires, selon Marielle Eudes. "La photographie a ce pouvoir d'impacter le cerveau et la mémoire. C'est vraiment une arme. Une arme de la mémoire, une arme pour l'histoire."

Un homme décédé en pleine rue à Wuhan.
Un homme décédé en pleine rue à Wuhan.
© AFP - Hector Retamal

"Jusqu’à la publication de cette image prise à Wuhan, on considérait le Covid-19 comme une épidémie qui se déroulait au fin fond de la Chine, dans une ville que personne ne connaissait, malgré ses onze millions d’habitants. La publication de cette photo a fait basculer la prise de conscience mondiale. Prise le 30 janvier 2020, elle montre un homme écroulé sur le trottoir à 50 mètres d'un hôpital, figé dans la mort, son masque de protection toujours sur le visage et ses courses à la main. Sur le reste de la série, on voit des équipes sanitaires paniquées, qui ne savent pas quoi faire de ce corps, qui n’osent pas le toucher, mais qui finissent par l’évacuer. On voit cet homme à vélo qui passe devant le corps en regardant bien droit devant lui pour ne pas voir ce qui se passe. Je pense qu’à l'époque, les autorités avaient bien expliqué aux habitants qu'il ne fallait surtout pas trop s'intéresser à ce sujet. Le photographe nous a raconté qu'au moment de prendre ces clichés, une femme lui a hurlé dessus. Il a couru jusqu’à son hôtel en voyant la police arriver, afin de sécuriser les photos avant que quelqu’un ne le force à les effacer."

Au Pérou, des centaines de personnes faisaient la queue chaque jour pour récupérer des bouteilles d'oxygène pour leurs proches malades.
Au Pérou, des centaines de personnes faisaient la queue chaque jour pour récupérer des bouteilles d'oxygène pour leurs proches malades.
© AFP - Gian Masko / Ernesto Benavides

"En France, nous n'avions pas conscience de la façon dont certains pays géraient la crise sanitaire. Cette série de photos prise au Pérou en est la preuve. Elle raconte que pendant des mois, des centaines de Péruviens ont patienté dans la nuit, parfois plus de 72 heures, parce qu’ils avaient besoin d’obtenir des bouteilles d’oxygène pour leurs proches malades. Il faut savoir que le Pérou est victime d'une pénurie d'oxygène et que les gens attendaient chaque jour devant les usines pour savoir combien de bouteilles étaient disponibles. Une fois les bouteilles utilisées pour leurs proches, les personnes devaient rapporter les réserves qui leur restaient pour tenter de maintenir en vie d'autres malades de l’hôpital."

Un homme désinfectant une église à Bogota, en Colombie.
Un homme désinfectant une église à Bogota, en Colombie.
© AFP - Juan Barreto

"Avec cette série d’images réalisée à Bogota, en Colombie, on plonge dans un véritable film de science-fiction ! Il y a notamment cette image de désinfection d’une cathédrale : il s'agit d'une église souterraine construite dans une ancienne mine de sel. On y voit un homme en combinaison verte avec une sorte d’arme à la main qui lance des jets de vapeur d’eau tout autour de lui, avec cette grande croix derrière lui. Cette image semble tout droit sortie d’un film à la Mad Max !"

En Amazonie, à Para, les soignants ont mis plusieurs jours à arriver par bateaux ambulances.
En Amazonie, à Para, les soignants ont mis plusieurs jours à arriver par bateaux ambulances.
© AFP - Tarso Sarraf

"Sur ces photos, nous sommes au fin fond de l’Etat de Pará, où le photojournaliste a passé 27 jours. Il s’agit d’une petite communauté indigène isolée, que les soignants ont mis plusieurs jours à rejoindre par bateau-ambulance. La santé des membres de ces communautés, généralement abandonnées par le gouvernement, est très fragile, à cause de leurs faibles défenses immunitaires. Quand les soignants sont arrivés sur place, tous étaient déjà contaminés par le Covid-19."

Un cimetière au Brésil vu du ciel. C'est l'un des pays a avoir été le plus touché par la pandémie, avec près de 600 000 morts.
Un cimetière au Brésil vu du ciel. C'est l'un des pays a avoir été le plus touché par la pandémie, avec près de 600 000 morts.
© AFP - Michael Dantas

"Parmi les photos les plus impressionnantes du livre, il y a celle d'un cimetière au Brésil vu du ciel et qui s’étend à l’infini, avec les mêmes tombes, les mêmes croix, qui toutes ont été fabriquées en seulement 24 heures. Si vous allez aujourd’hui dans certaines villes d'Italie ou du Brésil, vous pouvez trouver ces petites croix datées de 2020 et 2021 plantées les unes derrière les autres."

Nicole avec son lapin en peluche.
Nicole avec son lapin en peluche.
© AFP - Joël Saget

"L'un des moments les plus marquants de cette pandémie pour moi, c'est lorsque l'on a décidé d'isoler les personnes âgées en fermant les EHPAD et en y interdisant les visites. On a voulu protéger la santé des résidents mais au risque de les faire mourir de solitude. Il y a cette photo de Joël Saget, à la fois douce et très parlante, qui illustre bien cette période douloureuse. On y voit Nicole, une dame qui tient un lapin en peluche à la main. Par ce simple geste, on ressent son besoin de rencontre, de tendresse, de toucher quelqu’un d’autre, ce besoin qu’elle compense avec cette peluche. La photo montre aussi le personnel soignant hyper dévoué et qui était, rappelons-le, la seule présence pour ces personnes âgées."

 Privé de public dans les gradins, le club allemand Borussia Mönchengladbach avait installé des petites silhouettes en carton pour imiter les spectateurs lors de la réouverture des stades.
Privé de public dans les gradins, le club allemand Borussia Mönchengladbach avait installé des petites silhouettes en carton pour imiter les spectateurs lors de la réouverture des stades.
© AFP - Martin Meissner

"J’ai été frappée par le coté surréaliste du moment où les gens ont recommencé à sortir de chez eux. Par exemple, lors de la réouverture des stades, pour compenser l'absence des fans dans les gradins, les joueurs du club de football allemand Borussia Mönchengladbach avaient installé des petites silhouettes en carton pour imiter les spectateurs."

Un quatuor à cordes fait un concert devant un parterre de plantes, à Barcelone.
Un quatuor à cordes fait un concert devant un parterre de plantes, à Barcelone.
© AFP - Lluis

"Dans le même genre de scène surréaliste, il y a ce concert à Barcelone donné par un quatuor à cordes. Pour compenser l'absence du public, les organisateurs avaient disposé plus de 2200 plantes dans la salle ! Ils ont appelé ce concert « Concerto pour ficus »."

Une salle de fitness à Los Angeles.
Une salle de fitness à Los Angeles.
© AFP - Frederic J. Brown

"Il y a aussi cette image d’une salle de fitness à Los Angeles. Lors de la réouverture des salles, le personnel avait imaginé des sortes de cage en plastique pour permettre aux clients de revenir tout en respectant les mesures barrière. Je trouve cette photo extraordinaire car on ressent le besoin des gens de sortir de chez eux à tout prix, de reprendre contact avec le monde, quitte à se réenfermer dans des bulles en plastique. Il y avait ce besoin de retrouver une espèce d’énergie à tout prix, de retrouver ses marques et ses habitudes."