Comment le New Deal a sauvé les artistes ? - #CulturePrime

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Comment le New Deal a sauvé les artistes

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Alors que que les cinémas et théâtres sont fermés, que des milliers d'artistes sont sans emploi, dans les années 1930 aux États-Unis, Roosevelt initie une politique d'aide aux artistes. Et si l'on s'en inspirait pour relancer la culture en France ?

En 1933, le taux de chômage atteint 25% de la population. Des centaines de music-halls, théâtres, cinémas ont dû fermer et des milliers d’artistes sont au chômage. La Grande Dépression s’installe dans le pays, alors le nouveau président Franklin D. Roosevelt met en place une politique de relance, d’investissement et de protection sociale sans précédent : le New Deal.

Roosevelt n’est pas un homme de culture, mais il est pragmatique et prêt à expérimenter, car il considère que les artistes sont une main d’oeuvre comme les autres.

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Jean Kempf, historien :Roosevelt a une conception de la culture presque comme un ciment social. Il faut redonner confiance au peuple dans sa propre destinée. Cette politique de la culture, c’est une politique de recréation de la confiance.

C’est la première fois que le gouvernement fédéral s’implique dans la culture et subventionne l’art. L’administration recrute des artistes dans l’enseignement et leur donne un contrat pour des tâches spécifiques, via la toute puissante agence fédérale "Work Projects Administration". Des milliers de peintres et sculpteurs sont employés pour rénover des bâtiments publics. Près de 2 500 fresques murales voient le jour à travers le pays. Elles constituent souvent un premier contact des Américains avec une œuvre artistique. Plusieurs peintres célèbres y participent comme Jackson Pollock ou Mark Rothko.

Des milliers de dessinateurs sont embauchés pour réaliser des plaquettes d’information, des affiches. Les photographes sont mis à contribution pour témoigner de la misère dans les territoires ruraux. Ces photos sont aussi utilisées pour promouvoir les programmes d’aide du gouvernement fédéral. 

Jean Kempf : “Il faut aussi voir un aspect purement utilitariste. Le New Deal_, c’est avant tout une énorme machine à communiquer. Tous ces peintres, illustrateurs, journalistes, écrivains, vont pouvoir, si on les paye, servir la communication de la nation_.”  

Un théâtre expérimental et populaire à la fois

Le New Deal décentralise la culture avec la création de compagnies de théâtre itinérantes et de compagnies régionales en dehors de New York. Près de 13 000 comédiens sont employés dans des pièces qui abordent la crise et ses conséquences. Ce "Federal Theater project", soutenu par la Première dame, laisse une place importe à l’expérimentation et à l’avant-garde. Il permet à une nouvelle génération de metteurs en scène d’émerger comme Arthur Miller, Orson Welles ou Elia Kazan. Près de 25 millions d’Américains vont au théâtre entre 1935 et 1939.

Le New Deal s’intéresse à la création mais aussi à la conservation du patrimoine américain.

Jean Kempf :Vous avez une compilation, une sorte de dictionnaire qui se met en place du “design américain” au sens d’art et de tradition populaire, le tissage, l'ébénisterie, du design américain et amérindien. Le New Deal n’a pas oublié les populations autochtones."

Des musicologues universitaires sont envoyés dans tout le pays pour enregistrer et étudier la musique traditionnelle blues et folk mais aussi le jazz.

Jean Kempf :Le Federal music program, va, à la fois, soutenir la création de musique populaire par des compositeurs américains - on compte à peu près 2 500 musiciens qui ont travaillé pour ce programme - mais c’est aussi un programme d’éducation populaire, qui permet l'éducation à la musique, l’apprentissage et la pratique de la musique.”

Des écrivains sur le terrain

Plus de 7 000 écrivains sillonnent le territoire pour mener des entretiens et collecter des “oral stories”, des récits de vie. Ils donnent la parole aux plus démunis et montrent la mosaïque culturelle complexe que sont les États-Unis. Parmi ces témoignages, plus de 2300 récits d’anciens esclaves. Les écrivains sont sollicités pour rédiger des guides pratiques des États et des villes. Ils recensent le patrimoine local, racontent l’histoire d’un lieu, s’intéressent à l’économie régionale. C’est l’ancêtre des guides touristiques. 

Accusé de creuser le déficit et de faire la promotion d’artistes communistes, le New Deal se heurte à de nombreux blocages politiques avant d’être abandonné avec l’entrée des États-Unis dans la 2nde Guerre mondiale. Mais ces années d’expérimentation permettent de voir émerger une culture populaire proprement américaine.

Jean Kempf :Si le New Deal peut peut-être nous inspirer, ce n’est pas dans le financement d’une excellence de la culture mais je crois que c’est parce que le New Deal a considéré que les arts c’était aussi une pratique populaire. Mettre le paquet sur les arts c’est aussi mettre le paquet sur la pratique et sur une sorte de démocratie de l’art.”