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Comment les jeunes défavorisés s'informent

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Adolescente avec son téléphone portable
Adolescente avec son téléphone portable

A l'initiative des Apprentis d'Auteuil, la sociologue Monique Dagnaud a mené une enquête d'ampleur qui montre notamment l'importance de Facebook, des courtes vidéos en ligne et de l'humour pour ces 16-25 ans. Précisions d'Eric Chaverou.

Plus de 500 jeunes pris en charge par les Apprentis d’Auteuil ont été interrogés dans toute la France. Avec des réponses comparées à celles de 1.000 jeunes de tous horizons. Un rapport en a montré les grands enseignements l’an dernier et Monique Dagnaud en tire un article pour "l’agence intellectuelle" Telos ce lundi. Directrice de recherches au CNRS, cette spécialiste des médias et de la jeunesse a découvert des 16–25 ans en décrochage scolaire 3 fois moins habitués aux sites d’information que les autres jeunes (8% au lieu de 24%), mais rivés à leur smartphone et deux fois plus amateurs de courtes vidéos (44% d'entre eux). Ils s'informent ainsi avant tout par des images et ce que leur recommandent leurs amis. Une information qui peut être « retravaillée, parodiée, pastichée » avec « une représentation du monde propre ». « Il y a une façon d'échanger, de bricoler, de construire un imaginaire à partir de cette information » :

Quelle information intéresse les jeunes défavorisés ? Par Monique Dagnaud, sociologue

2 min

« Ces jeunes en difficulté s'approprient Facebook davantage que les autres. »

Cette fraction de la population est particulièrement active sur les réseaux sociaux : 38% d'entre eux, contre 23% des jeunes en général, échangent, partagent ou commentent des contenus en ligne. Monique Dagnaud avance l'hypothèse qu'une partie étant pensionnaires ils compenseraient ainsi un manque de contacts, de face à face.

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La sociologue spécialiste des médias et de la jeunesse Monique Dagnaud
La sociologue spécialiste des médias et de la jeunesse Monique Dagnaud
© Radio France - Eric Chaverou

« C'est aussi finalement une façon de s'approprier un monde social », ajoute l'auteure notamment de "Génération Y - Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion". « Même s'ils communiquent et échangent plutôt entre eux, donc au sein d'un même monde social ». Et de confier sa surprise d'avoir rencontré des jeunes en difficulté plus maîtres de Facebook que les autres. Avec une tendance à davantage s'exposer (35% contre 22%) dans ces réseaux sociaux à valeur de sas identitaire et amoureux :

Des jeunes défavorisés plus présents sur les réseaux sociaux. Explications de Monique Dagnaud, sociologue

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Pas de tendance globale au complotisme mais de l'incrédulité

Dans cet univers avant tout personnel et amical, l’humour et les détournements comiques tiennent une grande place. Via des sketchs et des films souvent grinçants, mais aussi parfois des extraits de journaux télévisés ou d'émissions d'information pastichés. « Un rire un peu méchant » teinté de beaucoup d'incrédulité pour ce qui concerne l'information, affirme Monique Dagnaud.

Alors que 32% ont lu un livre au cours des trois mois précédents (hors cadre scolaire), contre 49% des jeunes en général.

« De là à dire qu'ils sont tous complètement dans la théorie du complot, cela me paraît totalement absurde. Je dirai que c'est plutôt une culture légère, humoristique, qui met de la distance entre l'actualité du monde et soi-même ». « Des vidéos comme celles de Dieudonné ne touchent réellement qu'une minuscule partie d'entre eux ». Et cette grande expérience des médias, y compris au service de leurs propres contenus, leur en donne une éducation certaine :

Les jeunes défavorisés n'ont pas de vision complotiste de l'information, mais de l'incrédulité. Par Monique Dagnaud, sociologue

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