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Comment les pays touchés par le coronavirus organisent la reprise de l’école

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Des élèves de primaire posent pour une photo à l'occasion de la journée mondiale du livre le 22 avril 2019 : Xuzhou dans la province du Jiangsu (est de la Chine).
Des élèves de primaire posent pour une photo à l'occasion de la journée mondiale du livre le 22 avril 2019 : Xuzhou dans la province du Jiangsu (est de la Chine).
© AFP - Hong Xing

La reprise progressive de l'école est prévue pour le 11 mai en France : un défi et un casse tête pour les autorités mais que d'autres pays ont déjà entamé. Exemples en Chine, au Danemark et en Allemagne.

Dans son allocution du 13 avril, le président de la République a annoncé une reprise progressive de la scolarisation des élèves à partir du 11 mai dans les crèches, primaires, collèges et lycées français. Un retour limité qui pourrait se faire en demi-groupes et par demi-journées, comme l’a indiqué le Premier ministre le 19 avril. Parents et enseignants attendent encore de nouvelles annonces ce mardi de la part d'Edouard Philippe mais les exemples étrangers sont aussi riches d'enseignements. Tour d'horizon en Chine, au Danemark et en Allemagne où les élèves reprennent le chemin de l'école avant la France.

Une reprise progressive en Chine

La plupart des provinces de Chine ont rouvert en partie les établissements scolaires, notamment pour les élèves de terminale, à l'exception de Shanghai et de la province du Hubei, berceau de la pandémie. Dans la capitale, la Commission éducative de Pékin (CEP) a autorisé les écoles à rouvrir depuis le 27 avril pour les terminales et à partir du 11 mai pour les classes de 3e mais les horaires sont réduits : 9h30 le matin, au lieu de 8 heures habituellement, et sortie à 15h30.

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Par ailleurs, une vigilance accrue reste de mise. À Pékin, toutes les familles doivent continuer d'envoyer chaque jour l'état de santé de l'élève : température corporelle, symptômes de toux et de fièvre, y compris le weekend. Les épreuves du baccalauréat chinois, le Gaokao, ont été décalées d'un mois au 7 juillet (10 millions de lycéens concernés). Dans le Hubei, les lycées rouvriront le 6 mai pour les élèves de terminale et à Wuhan, les pompiers ont désinfecté les écoles, les cantines et les dortoirs le 22 avril. En revanche, toujours pas de date de reprise pour les maternelles de Pékin. Les parents pensent que la rentrée des petits sera reportée en septembre... Au Japon, huit enfants d'une maternelle ont été contaminés le 16 avril par un employé, ce qui a fait beaucoup de bruit en Chine.

Dans la province du Guizhou, au sud-ouest du pays, l’école à repris mais dans des conditions sanitaires très strictes. Dès leur arrivée dans les établissements, avant même de rentrer, chaque élève se fait prendre sa température. Une opération renouvelée trois fois par jour. 

Pour respecter les mesures barrières, les classes sont divisées en petits groupes - jamais plus de 30 élèves - et les tables sont espacées. Afin de pallier les pertes d’heures en classe à cause des effectifs réduits, les horaires ont dû être également échelonnés pour rattraper le temps perdu. Une mesure qui permet aussi de limiter les contacts dans les espaces communs comme les couloirs, la cantine ou les dortoirs dans les internats. Autant de lieux qui sont régulièrement désinfectés pour limiter au mieux tous risques de contamination. 

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Le Danemark, premier pays européen à reprendre l’école

Des élèves en pause déjeuner à Randers (nord du Danemark) le 15 avril. Depuis cette date, le pays est le premier d'Europe à rouvrir progressivement ses écoles ; elles étaient fermées depuis le 12 mars.
Des élèves en pause déjeuner à Randers (nord du Danemark) le 15 avril. Depuis cette date, le pays est le premier d'Europe à rouvrir progressivement ses écoles ; elles étaient fermées depuis le 12 mars.
© AFP - Bo Amstrup

Le Danemark fait figure d’exception en Europe : l'un des seuls pays à avoir rouvert ses établissements. Les élèves de moins de 11 ans sont de retour sur les bancs depuis le 15 avril mais avec des restrictions. Dans un premier temps, les enfants doivent passer la plupart de leur temps à l’extérieur. Dans la cour, ils sont invités - dans la mesure du possible - à jouer avec les mêmes camarades dans des groupes ne dépassant pas 5 personnes... Compliqué à faire accepter à des élèves aussi jeunes ayant envie de se défouler, qui plus après un confinement. 

En classe, les tables sont distanciées d’au moins 2 mètres et, au moindre symptôme, les parents doivent garder leur enfant à la maison. Face à ces modalités contraignantes, certaines municipalités ont déjà annoncé qu’elles reportaient l’ouverture de leur école. Quant aux collégiens et aux lycéens, ils devront encore attendre le 10 mai pour retrouver les classes, a précisé la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. 

Quel est le secret du Danemark pour devancer ainsi tous les autres pays ? Tout d'abord, les Danois ont su anticiper dès les premiers signes du coronavirus et sont aujourd'hui relativement épargnés par la pandémie. Grâce a des mesures prises très tôt, comme la fermeture des frontières dès le 13 mars, soit trois jours avant ses principaux voisins européens. Le Danemark bénéficie également d’une situation géographique favorable avec seulement deux frontières terrestres, avec l'Allemagne et la Suède, deux pays où les taux de contamination sont moins importants qu'en Europe du sud. 

Autre facteur qui a permis de réduire rapidement les contaminations : la discipline de la population, qui dès le départ à adopté la distanciation sociale, avant même que soit annoncées des recommandations par les autorités. En s’auto-confinant dès le départ, en gardant leurs enfants chez eux et en optant pour le télétravail trois jours avant le confinement officiel le 13 mars. 

Autre raison invoquée : les différences culturelles et notamment en matière de salutations. Dans les pays nordiques, les habitants se font moins la bise et sont moins tactiles, contrairement aux latins et au méditerranéens. Quant au télétravail, il est mieux développé et plus accepté. L'exemple danois peut être riche d'enseignements pour la France avant le 11 mai, et après.

En Allemagne, les enfants défavorisés ont la priorité

Certains élèves ont déjà repris lundi 20 avril dernier dans quelques rares régions d’Allemagne, mais uniquement ceux qui doivent passer les épreuves du bac ou les étudiants qui doivent valider un diplôme. Pour ces élèves parmi les plus âgés, d’autres régions rouvrent les établissements le 27 avril et davantage encore dans une semaine, à partir du lundi 4 mai.

Des élèves allemands passent le bac blanc dans un gymnase reconverti en salle d'examen (Iéna).
Des élèves allemands passent le bac blanc dans un gymnase reconverti en salle d'examen (Iéna).
© AFP - Bodo Schackow / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance

Mais une idée semble faire consensus Outre Rhin : tous les enfants ne pourront pas être accueillis en même temps. L'objectif est de rescolariser en priorité les enfants de parents isolés, ceux ayant des besoins spéciaux ou qui n’ont pas pu suivre aussi facilement que d’autres les cours à distance ; ceux qui n’étaient pas équipés d’ordinateurs et de tablettes par exemple.

La méthode ressemble à celle adoptée au Danemark : constituer des petits groupes, même si cela demande plus d’enseignants et de personnels surveillants. Mais pour certains parents, professeurs et même élèves, cela ne suffit pas : "Nous ne sommes pas des cobayes", disent certains qui ont lancé un mouvement de boycott qui s’est répandu à l’ensemble du pays. Parti de la région de Rhénanie du nord-Westphalie (tout à fait à l’ouest près de la Belgique et des Pays-Bas), ce boycott est porté entre autres par ceux qui font la grève pour le climat. Ces jeunes qui manifestaient avant le confinement tous les vendredis très nombreux et qui appellent tous les élèves à reprendre la grève pour sauver le climat et se sauver collectivement du corona…

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