Publicité

Comment les sondages esquissent le prochain Parlement européen

Par
Les élections européennes se tiendront du 23 au 26 mais prochains.
Les élections européennes se tiendront du 23 au 26 mais prochains.
© Getty - Laura Zulian Photography

À un mois du scrutin des européennes, la campagne a du mal à démarrer mais les sondages sont nombreux. Contrairement à une élection nationale, prévoir la composition du prochain Parlement européen implique la prise en compte de facteurs plus nombreux et parfois incertains.

Comme lors de chaque campagne électorale, les sondages d’intentions de vote sont fréquents dans toute l’Union européenne. Mais peut-on réellement prédire la composition du prochain Parlement européen ?  

En France, on garde un œil sur les sondages autant qu’on les critique. Certains citoyens s’en méfient, d’autres les considèrent comme une véritable arme politique. Au niveau national, le dernier sondage Ipsos - Le Monde le 24 avril place la liste LREM en tête des intentions de vote, suivie de très près par la liste LR. Ailleurs, en Italie par exemple, la Ligue du Nord et le M5S sont positionnés largement en tête.

Publicité
4 min

Pas de sondage à l'échelle européenne

Pourtant, aucune organisation n’a jusque-là conduit un sondage à l’échelle européenne. Les projections du prochain Parlement européen ne sont le résultat que d’agrégats de sondages nationaux. Cornelius Hirsch est le co-fondateur de Poll of Polls, désormais en partenariat avec le média européen Politico.eu. Depuis l’Autriche, il collecte toutes les données de tous les sondages dans tous les pays de l’Union européenne. Selon lui, “les élections européennes restent un assemblage de 27 ou 28 élections nationales : il n’y a que des listes nationales. Aujourd’hui, seuls les sondages nationaux sont pertinents. Mais il serait très intéressant qu’un institut lance un sondage à travers tous les pays de l’UE en même temps. Mais cela coûte cher, et les sondeurs préfèrent se focaliser sur leur territoire national”.  

Résultat : une énorme masse de données collectées, traitées et représentées (grâce à la “data visualisation”, la représentation de données brutes) pour tenter d’y voir plus clair. Par exemple, le Parlement européen fait ses propres projections sur la base de sondages nationaux, de même que la plateforme EuropeElects.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

C’est aussi le travail de Poll of Polls ("sondage de sondages" en français). Cornelius Hirsch explique utiliser “des sondages nationaux, à la fois concernant des scrutins nationaux ou le scrutin européen. 

On prend en compte des sondages nationaux, à la fois concernant des scrutins nationaux ou le scrutin européen. On analyse aussi s’il y a une différence entre ces deux intentions de vote et dans la plupart des cas, elle n’est pas grande. On compare également les sondages datant de mai 2014 avec les résultats des élections pour l’actuel Parlement européen, et on constate que les sondages nationaux sont plutôt de bons indicateurs de résultats pour les européennes.”                          
Cornelius Hirsch, co-fondateur de Poll of Polls.

Le travail de traitement des données est titanesque : “Il y a presque 300 partis politiques, et bien plus de sondages”, précise Cornelius Hirsch. Chaque jour, de nouveaux sondages paraissent dans les pays européens. Sont-ils tous utilisés ? “Dans beaucoup de pays, ce sont les médias qui commandent la plupart des sondages. Certains sont commandés par des partis politiques, mais on essaye de les éviter”. Peu de chance par exemple que les sondages de la France Insoumise soient utilisés.

Les sondages sont très nombreux en Europe mais pas forcément partout : Poll of Polls s’est heurté au problème des pays où ils sont inexistants, comme le Luxembourg. “C’est un très petit pays, et les sondages coûtent cher, avance Cornelius Hirsch. Donc quand il n’y a pas de sondage disponible, on est obligé d’utiliser les derniers résultats électoraux et de les transposer en sièges au Parlement.” 

Des incertitudes inévitables

La précision des sondages à l’échelle européenne dépend aussi d’autres inconnues persistantes, parmi lesquelles le nombre même de députés européens à élire : les Britanniques éliront-ils des députés ? Cela semble bien parti pour, la date buttoir du Brexit ayant été repoussée au 31 octobre. Dans le doute, beaucoup de prévisions incluent deux versions : l’une avec des députés britanniques, l’autre sans les députés britanniques. C'est le cas de EuropeanElectionsStats.eu, créé par Camille Borret et Moritz Laurer, pour pallier "le manque d’informations disponibles et à jour sur les élections européennes de 2019". 

Capture d'écran de EuropeanElectionsStats, dont les prévisions de sièges au Parlement européen envisagent l'hémicycle avec ou sans le Royaume-Uni.
Capture d'écran de EuropeanElectionsStats, dont les prévisions de sièges au Parlement européen envisagent l'hémicycle avec ou sans le Royaume-Uni.
- EuropeanElectionsStats

Autre variable non négligeable : les nouveaux partis. A quel groupe politique vont-ils se rallier une fois élus ? Pour Cornelius Hirsch, “la question des ralliements et des alliances qui se finalisent est la plus cruciale, la plus intéressante mais aussi la plus incertaine. Beaucoup de nouveaux partis n’ont toujours pas déclaré ou ne veulent pas déclarer quel groupe ils veulent rejoindre une fois élus”. Par exemple, le parti Pirate : ”le parti Pirate en Europe de l’est a décidé qu’il ne déclarerait pas quel groupe il rejoindrait avant le lendemain de l’élection. Pour nous, c’est un peu un défi ! On inclut tous ces partis pour lesquels on n’a pas d’information officielle en tant que nouveaux partis ou partis non-affiliés.” 

Même mise en garde sur le site du Parlement européen concernant ces zones floues : “Comme nous ne pouvons pas prédire le nombre et la composition futurs des groupes politiques, ces projections relatives au prochain Parlement se fondent sur la structure du Parlement sortant et doivent être considérées comme un instantané de la situation politique actuelle, telle que représentée dans les sondages sur les intentions de vote.” Toutes ces incertitudes prises en compte, la marge d’erreur de ces sondages se situe “autour de 2%” selon Cornelius Hirsch.  

Les grandes tendances prévisibles

Alors, peut-on vraiment prévoir le prochain Parlement européen ? Selon le co-fondateur de Poll of Polls, c’est possible au moins pour la grande tendance : la fin de la coalition entre le PPE et le SND. S’ils arriveront sans doute respectivement premier et deuxième dans l’hémicycle, “il est très clair qu’ensemble ils n’auront plus la majorité des sièges, assure Cornelius Hisch_. Cela veut dire qu’ils doivent chercher un troisième groupe pour former une coalition et voter pour la présidence de la Commission européenne, entre autres. Cela augmente l’importance par exemple du groupe des Libéraux et démocrates, qui devient le faiseur de roi dans ce scénario._” Le site d'informations européennes Toute l'Europe prévoit également une tendance similaire.

Critiqués mais scrutés, les sondages restent un élément essentiel dans une campagne électorale. Et pas seulement pour les partis politiques, selon Cornelius Hirsch, mais surtout pour les citoyens eux-mêmes : “Je crois que des lecteurs bien informés sont à la fin des votants bien informés. Je pense que les sondages sont vraiment de bonnes sources d’information pour les électeurs, pour les aider à questionner l’importance réelle de certains partis.”