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Comment répondre à l'agonie aujourd'hui ?

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Le débat à propos de l'euthanasie est plus que jamais relancé après que l'ex urgentiste Nicolas Bonnemaison a été pleinement acquitté et que la Cour Européenne des Droits de l'Homme s'est prononcée pour le maintien en vie provisoire de Vincent Lambert, contrairement à l'avis du Conseil d’État.

Le docteur Nicolas Bonnemaison, le 19 juin 2014, à Pau
Le docteur Nicolas Bonnemaison, le 19 juin 2014, à Pau
© Maxppp - Jean-Daniel Chopin

Coup de théâtre ce mercredi midi : le docteur Bonnemaison, 53 ans, a été acquitté de la totalité des faits pour lesquels il était jugé depuis deux semaines à Pau, par les Assises des Pyrénées-Atlantiques.

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Cet ancien urgentiste de l'hôpital de Bayonne (> portrait) était accusé de sept "empoisonnements" de malades très âgés, en 2010 et 2011, auxquels il avait administré des médicaments ayant accéléré leur mort, hors de tout protocole. Il risquait la réclusion criminelle à perpétuité.

"J'estime que cela fait partie du devoir du médecin d'accompagner ses patients jusqu'au bout du bout" , avait-il notamment déclaré à la Cour mercredi matin, avant qu'elle ne se retire.

Le verdict, après un peu moins de quatre heures de délibération, a provoqué un sourire du médecin et un tonnerre d'applaudissements dans la salle. Il correspond à ce qu'avait plaidé Me Benoît Ducos-Ader, l'un des avocats de Nicolas Bonnemaison, alors que l'accusation avait requis mardi une peine de cinq ans de prison avec sursis.

Florence Sturm a suivi ce procès pour France Culture, écoutez là dans le journal de 18h de Tara Schlegel, précédée de la réaction de Me Benoît Ducos-Ader , qui a salué une "décision énorme" qui pourrait obliger les politiques à "aller plus vite" pour adapter la loi sur la fin de vie :

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Les avocats de Nicolas Bonnemaison ont aussi exigé que l'ancien urgentiste, radié par son ordre, puisse "retrouver sa blouse blanche", alors qu'une saisine du Conseil d'Etat sur ce point est en cours. L'Association des médecins urgentistes de France s'est félicitée de ce verdict, tout comme l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Toutes deux souhaitant que la loi Leonetti évolue, la seconde considérant même "urgent" de légaliser l'euthanasie.

Vers un nouveau texte Ces décisions interviennent après l'annonce, samedi, d'une mission d'aménagements de la loi Leonetti.

Mission confiée à la demande du gouvernement aux députés UMP Jean Leonetti et PS Alain Claeys, conformément à un engagement du candidat François Hollande. Les deux élus devront remettre leurs propositions avant le 1er décembre, le Parlement devant être saisi avant la fin de l'année.Un nouveau texte devrait permettre d'après le gouvernement : d'"assurer le développement de la médecine palliative, mieux organiser le recueil et la prise en compte des directives anticipées, définir les conditions et les circonstances précises dans lesquelles l'apaisement des souffrances peut conduire à abréger la vie dans le respect de l'autonomie de la personne".

Vincent Lambert maintenu en vie par la Cour Européenne des Droits de l'Homme
Autre coup de théâtre mardi soir à ce même sujet ! Cas plutôt rare, la Cour Européenne des Droits de l'Homme est allée à l'encontre du Conseil d'Etat à propos du sort de Vincent Lambert, hospitalisé à Reims. L'institution française venait de reconnaître à cet homme de 37 ans, tétraplégique et en état végétatif depuis 6 ans, le droit à ne plus être alimenté et hydraté. Car Vincent Lambert en avait émis le souhait avant son grave accident de voiture. Mais ce droit de mourir, portée par son épouse, a donc été contredit peu après par la CEDH, à la demande en urgence des parents. Il va donc y avoir provisoirement poursuite des soins, pour permettre un jugement sur le fond. Ecoutez les précisions d'Aurélie Kieffer, dans le journal de 8h d'Amélie Perrier :

Le cas Vincent Lambert
Le cas Vincent Lambert

Deux réflexions de médecin
> Président du comité consultatif national d’éthique jusqu’en 2008, Didier Sicard a remis fin 2012 à François Hollande le rapport de la "commission de réflexion sur la fin de vie en France" intitulé "Penser solidairement la fin de vie". Ce Professeur émérite de médecine à l’Université Paris Descartes était l'invité des Matins de Marc Voinchet ce mercredi :

> Le docteur Frédéric Chaussoy a témoigné mardi en faveur de son confrère Nicolas Bonnemaison . En 2003, c'est lui qui avait arrêté le traitement d'un autre malade en état végétatif, Vincent Humbert, avant de lui administrer un produit létal pour mettre un terme à ses souffrances. Mis en examen pour empoisonnement, il avait bénéficié d'un non-lieu. Frédéric Chaussoy répondait aux questions de Stanislas Vasak mardi soir, dans son journal de 22 h :

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5 min

Et voici notre très récent "Pixel" à ce sujet :

L'euthanasie en Europe
L'euthanasie en Europe

Ces 1.500 Vincent Lambert dont personne ne parle. Slate

Par Jean-Yves Nau, hier.