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Comment s'instruit un procès en béatification en 2017

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 Première session du procès en vue de la béatification du père Jacques Hamel, dans la Chapelle d'Aubigné de l'archevêché de Rouen, le 20 mai 2017
Première session du procès en vue de la béatification du père Jacques Hamel, dans la Chapelle d'Aubigné de l'archevêché de Rouen, le 20 mai 2017
- Diocèse de Rouen

Un an après son assassinat, le père Hamel fait l'objet d'un procès en béatification. Une procédure rare en France, exceptionnellement accélérée pour le prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray à la demande du pape. Une enquête minutieuse pour déclarer des "bienheureux", distincts des "saints" canonisés.

Depuis quelques semaines, le père Hamel a déjà droit à un procès, instruit par l'Eglise. Le prêtre assassiné il y a un an pourrait devenir "bienheureux", un exemple pour les catholiques. Cette béatification permet un culte public, quand la canonisation d'un saint vise à un culte universel. Voici comment, grâce notamment à l'éclairage du père Paul Vigouroux, le "postulateur de la cause" qui supervise cette procédure. Jean-Paul II l'avait simplifiée, alors que le pape François vient d'ouvrir une nouvelle voie pour être béatifié.

Habituellement, un délai de cinq ans sépare le décès du "serviteur de Dieu" de la date du début de son procès en béatification, pour éviter de juger sous le coup de l'émotion. Le père Hamel en a été exceptionnellement dispensé par le pape François. Un tribunal ecclésiastique est alors mis en place. Il est présidé par l'évêque ou archevêque concerné, avec un juge délégué, qui parle en son nom s'il est absent. Un "promoteur de justice" garantit le respect du droit. Appelé officiellement "promoteur de la foi" jusqu'en 1983, ce procureur garantit le droit. Et contrairement à la définition de sa tâche par le pape Sixte V en 1587, celui qui fut longtemps baptisé familièrement "avocat du diable" (advocatus diaboli) n'instruit plus à charge. Le président du tribunal nomme aussi une commission canonique ou historique chargée de classer les écrits et documents, avec donc des historiens et/ou théologiens. Enfin, outre un administrateur pour gérer les dépenses, des "notaires" assurent les fonctions de greffiers et d'archivistes de ces audiences fermées au public.

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Tous prêtent serment sur la bible et s'engagent à la plus stricte confidentialité, tout comme doivent le faire les témoins entendus sous le sceau du secret.

La béatification, c'est un peu pour tout le monde. Ce n'est pas la perfection. Peut-être qu'en France on en a une image comme étant un peu trop la perfection. Un Saint n'est pas quelqu'un de parfait, mais qui a su convertir, se laisser façonner par l'évangile.

Le père Paul Vigouroux

© Visactu

Une procédure en deux temps

1- Il y a d'abord la phase diocésaine ( ici très longuement détaillée en 2007) : des témoins sont donc auditionnés pour raconter ce qu'ils ont vu et entendu de la vie de la personne concernée. Il y aura au moins 69 témoins pour le père Hamel, à raison de deux jours d'audition par mois. Le dossier est ensuite transmis à Rome à la Congrégation pour les causes des Saints.

Pour le père Hamel, il s'agit plus particulièrement d'établir sa "réputation de martyre". Dans les processus de béatification de l’Église catholique, la reconnaissance du martyre dispense d’ailleurs de celle d’un miracle. Une béatification peut aussi se justifier par les "vertus héroïques" (une vie exceptionnelle) d'une personne.

C'est confirmer qu'il a bien été assassiné en haine de la foi chrétienne. On cherche à déterminer les motivations des assassins. Ont-ils bien eu des propos, des gestes, qui manifestent une haine de la foi chrétienne. Et cela, les témoins du drame peuvent dire ce qu'ils ont vu et entendu. Et deuxième point : comment le père Hamel a-t-il réagi ? A-t-il répondu à la violence par la violence ou par l'amour ? Apparemment, les quelques propos qu'il a eus, maintenant publics, - il a dit "Va-t-en Satan" -, manifestent bien qu'il n'a pas eu de haine contre la personne humaine en tant que tel, mais plutôt contre le mal, le diable qui habitait l'être humain.

En France, seules quelques procédures sont en cours. "En France, on attend toujours un peu d'avoir des cas exceptionnels pour demander la béatification, alors que dans d'autres pays latins la chose est plus communément lancée."

2- Seconde étape, la Congrégation pour la cause des Saints, l'une des neuf de la curie romaine, statue et propose au souverain pontife une conclusion.

La procédure n'est pas contradictoire mais est en vérité. Et la vérité n'est pas d'enjoliver. C'est une humanité telle qu'elle est, avec ses qualités et ses défauts. Si c'est trop beau, c'est suspect, donc il faut dire les choses comme elles sont. Comment l'évangile a pu façonner un cœur humain ? Comment une personne a pu se laisser conduire par la bonne nouvelle de Jésus au point d'essayer d'aimer le plus possible ? Avec ses défauts bien sûr.

La béatification peut précéder la canonisation. Mais pour devenir Saint, il faut avoir réalisé au moins deux miracles. Ces canonisations se sont multipliées, en particulier sous l'impulsion de Jean-Paul II qui a simplifié la cause en sanctification en 1983. Jean-Paul II a donné un nouvel élan au culte des saints, avec davantage de canonisations sous son ère (482) que pendant les trois siècles précédents : 302 entre 1574 et 1978.

© Visactu

Une nouvelle voie selon le pape François

Offrir sa vie pour sauver les autres. Après les martyrs morts pour leur foi et les croyants aux vertus héroïques, c'est la toute nouvelle raison avancée il y a seulement quelques jours par le souverain pontife pour justifier une béatification. "L'héroïque offrande de la vie, suscitée et soutenue par la charité, exprime une imitation vraie, pleine et exemplaire du Christ", lit-on dans un acte législatif à l'initiative du pape François ("motu proprio").

Cette offrande "libre et volontaire de la vie" se caractérise par "l'acceptation héroïque" d'une mort "certaine et à brève échéance", stipule le texte. Comme par exemple des personnes ayant soigné des malades de la peste et qui sont mortes à leur tour par contagion, d'après un prélat cité par le journal officiel du Vatican, L'Osservatore Romano.

Le futur "bienheureux" doit aussi avoir fait preuve d'une vie ordinaire respectueuse des vertus chrétiennes et jouir d'une réputation de sainteté. Et surtout, la béatification nécessitera un miracle, obtenu grâce aux prières qui lui seront adressées après sa mort.