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Comment se fabriquent les néologismes ?

Par
Les néologismes
Les néologismes
© Getty - Daniel Grizelj

Les nouveaux mots n’entrent dans les dictionnaires que bien après qu’ils ne sont plus nouveaux. Quel est donc leur statut entre leur création et leur éventuelle dictionnarisation ? Et sans néologie, une langue n’est plus une langue vivante...

Néologisme : la fabrique d'un concept, par Agnès Steuckardt

44 min

Beaucoup des mots n’entreront même jamais dans un dictionnaire. Quel que soit leur devenir, les linguistes doivent en rendre compte en s’interrogeant sur les circonstances de leur émergence, la diversité des types de locuteurs qui les produisent (simple particulier, écrivain, homme politique, journaliste...), les procédés, morphologiques (avec leurs évolutions au fil du temps), sémantiques, syntaxiques ou combinatoires mis en œuvre... Les linguistes doivent s’intéresser aussi à leur diffusion, rapide ou lente, restreinte à de petits groupes ou touchant de vastes pans de la population. Qu’il soit volontaire ou fruit d’un lapsus, qu’il soit une création ou un réemploi, le néologisme conduit les récepteurs à s’interroger sur les raisons de leur apparition.

Il n’y a pas en français, jusqu’au XVIIIe siècle, de terme spécifique pour nommer le néologisme. À l’Âge classique, le débat est vif autour de ce qu’on appelle les "mots nouveaux", mais les contours de cet objet semblent assez flous. Quand, s’inscrivant dans la continuité d’une résistance à l’instabilité de la langue commune, l’abbé Desfontaines écrit un Dictionnaire néologique (1726), il dénonce non seulement les formes lexicales inédites, mais aussi des constructions verbales (tomber amoureux), des qualifications (yeux contempteurs), des tours métaphoriques (faire sortir l’esprit de sa coquille). Par l’adjectif néologique — qu’il invente — il qualifie de nouvelles façons de parler, et non spécifiquement de nouvelles unités lexicales. La série néologique, néologie, néologisme voit évoluer, au cours du XVIIIe siècle, son marquage axiologique. On se propose d’examiner comment le mot néologisme, issu du discours épilinguistique, devient un terme linguistique et intègre, pendant la période où se construit cette discipline, les concepts de la lexicologie.

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Agnès Steuckardt, professeure des universités (Université Paul-Valéry Montpellier, laboratoire Praxiling UMR 5267), a édité le "Dictionnaire national et anecdotique", de Pierre-Nicolas Chantreau (1790) (Limoges, Lambert-Lucas, 2008), co-édité "Traque des mots étrangers, haine des peuples étrangers" et "Antichamberlain" de Leo Spitzer (Limoges, Lambert-Lucas, 2013, 2014), ainsi que des ouvrages collectifs sur la norme linguistique, la glose, la lexicographie.