Comment trouver chaussure à son pied

Comment trouver chaussure à son pied ?
Comment trouver chaussure à son pied ?

Comment trouver chaussure à son pied - #CulturePrime

Publicité

Comment trouver chaussure à son pied

Par

D’abord en bois et en peaux de bêtes, la chaussure évolue au fil du temps se chargeant d’histoires et d’habitudes culturelles, comme l'explique Denis Bruna, historien de l'art et commissaire de l'exposition "Marche et démarche" Musée des Arts Décoratif à Paris.

A l'occasion de l'exposition Marche et démarche au Musée des Arts Décoratif, à voir jusqu'au 22 mars à Paris, voici une traversée de l'histoire de la chaussure, commentée par l'historien Denis Bruna, pour ne jamais se tromper de paire, et choisir la bonne chaussure toujours à bon escient. 

La paire pour être chic

Au XVIIIe siècle comme en 2019 la paire de chaussures chic se veut peu confortable. Talons hauts, étroits et courbés sont de circonstances comme nous raconte Denis Bruna, historien de l'art et commissaire de l'exposition "Marche et démarche, une histoire de la chaussure" : "Les dames de l’aristocratie ne mettaient que le bout de leurs pieds dans les chaussures. Et par conséquent ne marchaient que sur la pointe. La très, très large majorité des souliers du XVIIIe siècle pour les femmes, et les hommes, sont des souliers de toute petite taille. Et puis dans l’aristocratie, notamment pour l'éducation des jeunes filles, on disait qu’elles devaient rester à la maison faire de la lecture de la broderie, enrouler des rubans. En tout cas, il ne fallait pas sortir, la rue n’était pas faite pour elles, par conséquent la chaussure était plus un signe de distinction sociale plutôt qu’un instrument permettant la marche.”      

Publicité

La paire pour faire la guerre

La chaussure militaire a souvent été un moyen de tester et d’inspirer le confort des chaussures de villes, voici son histoire : “ À la fin du XIXe siècle, Alexis Godillot va créer un modèle qui va rester pendant des décennies un modèle de référence du soulier militaire. Godillot va être le premier à faire un soulier qui va marquer une différence entre le pied gauche et le pied droit, ce qui était extraordinairement rare à l’époque… Ce qui est intéressant, c’est que la chaussure militaire a apporté beaucoup de progrès techniques dans les semelles, dans le confort, pour essayer d’être le plus près possible du terrain, en fonction de toutes ces spécificités. Et ces progrès ont souvent été repris pour la chaussure de ville, pour la chaussure de tous les jours. ”  

La paire pour faire un cambriolage

Denis Bruna : “Ce sont des surchaussures, des sandales, fixées par des lanières sur le pied chaussé. Ce qui est très intéressant c’est que la semelle de dessous est recouverte par du feutre. Et dans les archives de la préfecture de police, il est dit que ces chaussures ont été récupérées sur un cambrioleur qui les utilisait pour pouvoir marcher dans les appartements qu’il “visitait” afin de ne pas faire de bruit et de vraiment étouffer le bruit des pas. ”

La paire “il faut souffrir pour être belle”

Au Xe siècle en Chine, l'empereur Xuanzong demande à sa concubine de se bander les pieds pour que ses pieds soient plus petits. Cela va devenir un symbole de féminité et de richesse. Denis Bruna revient sur cette coutume :  “Beaucoup de chaussures ont été inconfortables car jusqu’à la fin du XIXe siècle, le confort n’était pas recherché dans le choix des chaussures. Sans doute, ce qui nous surprend le plus ce sont les chaussons que portaient les Chinoises pour couvrir leurs pieds bandés. C’est une pratique qui a commencé dès le XIe siècle et qui s’est arrêtée au milieu du XXe siècle. L’idée était, pour la petite fille vers l’âge de 5-6 ans précisément, de bander les pieds mais en repliant les orteils sous la plante du pied. Notamment on n’hésitait pas, si la courbure souhaitée n’était pas aussi forte, à casser les os, notamment, du coup de pied pour accentuer la courbure et le repli du pied. Les bandages permettaient de faire progresser la déformation du pied et ensuite ces pieds bandés étaient recouverts de tout petits chaussons. On appelait ces petits chaussons et ces petits pieds "fleurs de lotus" ou "les boutons de lotus" car le pied considéré comme le plus abouti devait précisément représenter une fleur de lotus. Et la taille idéale, la pointure idéale était entre 8 et 10 centimètres, ce qui est bien sûr très petit.” 

Femme chinoise avec les pieds bandés.
Femme chinoise avec les pieds bandés.
© Getty

La paire pour dépasser tout le monde

“À Venise, principalement au XVIe siècle les femmes des hautes classes de la société portaient des chaussures particulièrement hautes avec plateformes qui pouvaient faire 20,30,40 centimètres et parfois les plus hautes, à ma connaissance, mesuraient 55 centimètres de haut. Ces chaussures étaient des signes extérieurs de richesse puisqu’on ne pouvait pas marcher seul. Il faut imaginer que sur les quais à Venise, marcher sur des plateformes de 50 centimètres est obligatoirement instable. Par conséquent on ne pouvait sortir qu’accompagnée de servantes, d’esclaves, donc on montrait qu’on était riche. Et puis ces hautes plateformes n’étaient pas visibles, elles étaient couvertes par des robes et l’ourlet de la jupe tombait jusqu’en bas. Donc les robes étaient encore plus chères. Le pouvoir religieux a beaucoup critiqué ces chaussures parce qu’on disait d’abord qu’elles étaient ridicules, car les femmes étaient plus hautes, et surtout plus hautes que les hommes, ce qui ne plaisait pas beaucoup, et c’était aussi un gaspillage, une vanité ”, explique Denis Bruna.      

La chaussure est un important marqueur social. Mais des designers tentent de la désacraliser en s’amusant avec les codes. Ce qui donne des chaussures en sabot animal, des talons vertigineux ou des chaussures comestibles.

A voir 

Marche et démarche. Une histoire de la chaussure, une exposition au Musée des Arts Décoratifs de Paris.

Les Nuits de France Culture
1h 30