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Commercialisation des tests, positivité, recontamination… les réponses à vos questions sur le coronavirus

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Protéger les enfants de cette pandémie de coronavirus. Ici dans une maternité en Indonésie, une infirmière porte un nouveau né.
Protéger les enfants de cette pandémie de coronavirus. Ici dans une maternité en Indonésie, une infirmière porte un nouveau né.
© AFP - AMANDA JUFRIAN

Vidéo | Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique, était en direct vidéo ce mercredi matin pour répondre à vos nombreuses questions scientifiques liées à l'épidémie qui sévit.

Ce matin, Nicolas Martin, auteur de la chronique Radiographie du coronavirus, accompagné par l'équipe de La Méthode scientifique, a répondu en live aux nombreuses questions scientifiques  des auditeurs de France Culture. Un live que vous pouvez retrouvez ici ou bien sur notre page Facebook.

Une première question d'Alexandra Kowa : quels sont les tests de sérologie les plus fiables ? Quand seront-ils disponibles massivement pour le grand public ? Pourrait-on en trouver en pharmacie, comme un kit à utiliser seul ?

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Il y a un certain nombre de tests sérologiques en développement, il est même possible d’en trouver en vente en ligne, sur internet, mais il faut savoir qu’aucun de ces derniers n’est validé, aucun n’a obtenu de consensus quant à sa fiabilité. C’est important ! Ça ne sert à rien de dépenser de l’argent pour ce test dont le résultat ne serait pas sûr. Je vais vous rappeler ce qu’est un test sérologique, c’est très important quand on parle de déconfinement : c’est un test qui va chercher dans le sang les anticorps spécifiques contre le SARS-CoV-2. Les tests qu’on pratique ne sont pas des tests sérologiques, ce sont des tests de dépistage, les test PCR : avec un coton tige qu’on introduit dans le nez, on va gratter la cavité nasale pour voir si le virus est présent. Si tel est le cas, c’est évidemment qu’on est infecté. Les tests sérologiques, eux, vont chercher des anticorps. Les anticorps ne se déclarent pas tout de suite puisque la réponse immunitaire se fait en deux temps : il y a d’abord "la réponse immunitaire innée" - qui est une première détection de l’antigène du virus, de l’agent pathogène qui se trouve dans le sang. Cette réponse innée est une barrière contre 99 % des agressions extérieures. Au bout d’un moment, se déclenche "l’immunité acquise", c’est-à-dire que des anticorps vont être crées, des immunoglobulines, qui sont spécifiques au pathogène qui est visé. En général, cette "réponse immunitaire acquise" se produit au bout de plusieurs jours. Deux à trois semaine pour le SARS-CoV-2. Donc si on retrouve chez vous des anticorps du SARS-CoV-2, c’est que vous avez été contaminé et que vous avez développé cette immunité acquise. C’est important parce que ça signifie que vous pouvez sortir et retourner à votre vie de tous les jours sans risquer de contaminer les autres. Voilà pour les tests sérologiques.

Concernant la date à laquelle ces tests seront disponibles : elle va sans doute arriver très vite. Je parle avec beaucoup de précaution, au doigt mouillé, car les recherches sont toujours en cours. L’avantage de ces tests de sérologie par rapport aux tests PCR est qu’ils seront beaucoup plus faciles à réaliser. On pourra mettre à disposition des kits : en général il s’agit de petites bandelettes, des petites bandes de papiers avec un réactif. Vous posez une goutte de sang dessus et si la bandelette change de couleur, c’est qu’il y a une présence d’anticorps, donc que vous êtes immunisé.

Le problème - et il faut le préciser… : avec ces tests sérologiques, la marge d’erreur est plus importante. Lorsque vous détectez le virus au fond de la cavité nasale avec les tests PCR, il n’y a pas de doute sur la positivité, il est impossible d’avoir des faux positifs. Vous avez peut-être entendu parler de gens testés négativement au test PCR, puis qui sont devenus positifs. Ce n’est pas lié au test en lui même, on pense que le virus bouge dans les voies respiratoires : ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de virus dans les cavités nasales qu’il n’y a pas de trace de virus ailleurs, dans les poumons… Mais un test PCR positif est un test fiable à 100% .

Avec un test sérologique, il y a une marge d’erreur plus importante, il peut il y avoir des faux-positifs ou des faux-négatifs. C’est pour ça qu’il faut faire attention à ce que ces tests sérologiques soient validés avec une marge d’erreur la plus faible possible, avant d'être commercialisés. Seront-t-ils commercialisés de façon relativement large? Est-ce qu’on pourra faire un test sérologique en laboratoire d’analyse ? Je ne sais pas. En tout cas, ce sont des tests à réponse rapide, et facilement commercialisables.

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Evelyne Hainaud sur Facebook nous demande :  "Sait on pendant combien de temps on reste positif au Covid après avoir contracté la maladie ?"

C’est compliqué, car cela dépend de la charge virale initiale. De plus, les malades que l’on suit sont les malades hospitalisés, donc passent sous le radar les personnes asymptomatiques bien sûr, mais aussi les personnes avec des symptômes faibles et modérés : ceux-là sont très peu suivis dans la recherche médicale. Vous êtes resté malade chez vous pendant dix jours, vous êtes entré dans le radar parce que vous êtes déclaré chez votre médecin traitant, mais vous passez sous le radar des études épidémiologiques qui suivent les patient hospitalisés. Les réponses que l’on a concernant la persistance du virus après les symptômes, concernent pour le moment uniquement les cas sévères, voire aigus. On a des chiffres qui indiquent trente jours de positivité au Covid en moyenne, post-symptômes cliniques. Si on y ajoute les cinq jours moyens d’incubation, on arrive facilement à 30-35 jours de test positif au virus. On sait qu’il y a des cas extrêmes qui vont jusqu’à 34 jours post-signaux cliniques, chez qui on continue de trouver des traces virales. Mais attention, qui dit "traces virale" ne veut pas dire "contagiosité". Ce n’est pas parce qu’on trouve des traces virales au PCR que les personnes sont contagieuses, ça dépend de la charge virale. C’était le thème de ma chronique de ce matin, je vous renvoie à "Radiographie du coronavirus", sur le site de France Culture.

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Alain Pacadis souhaite savoir combien de temps peut durer l'immunité acquise dans la mesure où l'OMS évoque une possibilité de recontamination ?

Vous avez peut être vu passer des cas en Chine, au Japon, en Corée du Sud, de patients qui étaient à priori guéris et sont testés à nouveau positifs. Une étude va être lancée en Corée du Sud car la Haute autorité de santé a annoncé le diagnostic de 91 patients testés positifs alors qu'ils étaient considérés comme guéris. Pour être considéré comme guéri il faut être testé négatif au PCR à 24h d'intervalle, une fois sorti de l’hôpital. C'est une question évidemment très sensible avec laquelle il faut prendre beaucoup de précautions. Dans l'état actuel des choses on n'a pas de preuves flagrantes de recontamination ou de réinfection, c'est-à-dire de quelqu'un qui aurait attrapé la maladie, en aurait guéri complètement et qui, un certain temps plus tard, rattraperais la maladie, c'est-à-dire serait à nouveau au contact de l'agent infectieux, du virus, et redévelopperait la maladie comme s'il n'avait eu aucune forme d'immunité. 

Statistiquement, épidémiologiquement, s'il n'y avait pas d'immunité au SARS-CoV-2, ou très peu, on ne parlerait pas de 91 personnes en Corée du Sud, mais de centaines, voire de milliers de cas de réinfection immédiate. On se rendrait compte très vite qu'il n'y a pas d'immunité. Donc pour le moment, l'épidémiologie et les statistiques sont plutôt rassurantes. Il y a une immunité pour tous les autres coronavirus, pour le SARS-CoV-1, le MERS-CoV, les rhinovirus… Ce n'est pas une preuve, corrélation n'est pas conséquence, mais il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas d'immunité pour le SARS-CoV-2.

Il y a deux possibilités pour expliquer ces cas. Les tests PCR testent la cavité nasale, mais il est possible qu'ils soient négatifs dans la cavité nasale alors qu'il reste une présence virale, notamment dans les poumons, et que ces personnes-là fassent simplement une petite rechute comme ça peut arriver pour la grippe. Mais on a très peu d'éléments pour le moment, on ne sait pas qui sont ces personnes, quel âge elles ont, quelles sont leurs comorbidités, ni combien de temps après la sortie de l’hôpital elles ont rechuté. 

Une chose importante à savoir : dans ces cas, les personnes qui a priori redéclarent la maladie ne redéclarent pas de forme plus sévère que la première fois. 

L'autre possibilité explorée est celle de réservoirs viraux : ce n'est pas de la recontamination, mais de la résurgence virale. Lorsqu'on a contracté un virus, on s'en débarrasse, il arrête de circuler dans le sang, mais il va aller se cacher dans certaines cellules, dans certains organes, et se mettre en dormance : il ne produit plus rien, plus aucune forme de protéines, et le système immunitaire ne le voit plus. Mais à l'occasion d'un événement particulier, l'arrêt d'un traitement, un petit coup de déprime immunitaire, de stress… il rentre à nouveau en activité et on a un retour de quelques symptômes, c'est notamment ce qu'il se passe pour l’herpès. On sait que les reins notamment présentent beaucoup de récepteurs ACE2 qui sont les portes d'entrée dans les poumons, donc il y aurait peut être des réservoirs viraux dans les reins. La Corée vient de lancer une étude donc on devrait le savoir bientôt.

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