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Conférence “Louis Delluc, cinéaste cinéphile” par Christophe Gauthier

Par
Fièvre (Louis Delluc, 1921)
Fièvre (Louis Delluc, 1921)
- Les Documents Cinématographiques

De quoi Louis Delluc est-il l’inventeur ? De la critique cinématographique ? Du film d’auteur ? Du ciné-club ? Voyons donc plutôt en Delluc l’homme d’une nouvelle expérience de cinéma. Cinéaste-spectateur, cinéphile-cinéaste, Delluc est l’inventeur d’un regard.

Depuis 1937, Louis Delluc est devenu la plus importante récompense du cinéma français. Mais Louis Delluc est bien plus qu’un prix. On lui doit la cinéphilie – à commencer par le terme de « cinéaste », qu’il invente et impose contre « écraniste » que prônait Ricciotto Canudo (l’autre grand défenseur du cinéma d’alors, militant pour un 7e art). « Cinéaste », pour dire que le cinéma possède ses auteurs, qu’il n’a rien à envier aux autres arts et qu’il se suffit à lui-même en tant que tel. Cinéaste, ce qu’il fut.  À une époque où le cinéma était encore méprisé, Louis Delluc lui a donné ses lettres de noblesse. D’abord par la plume, créant une véritable ligne critique, puis derrière la caméra, impulsant la première avant-garde française, l’impressionnisme, aux côtés de Gance, Dulac, Epstein, L’Herbier et Clair. Le tout sur une période très courte, de 1917 à sa mort prématurée en 1924.  Louis Delluc, c’est l’ancêtre des Carné et Truffaut, passant de la ferveur critique à la pratique du cinéma. Plus la fulgurance d’un Jean Vigo.  Il faut relire ses critiques (consultables à la bibliothèque de la Cinémathèque de Toulouse). Passionnées. Engagées et enragées. Concises et incisives. Aussi jouissives à lire que Les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, elles (im)posent en même temps les jalons d’un art qui se définit par ses propres règles. Il en révèle le langage quand on le voulait encore balbutiant. Griffith, Ince, DeMille, Sennett, Chaplin et les Scandinaves sont son matériau et sa source. Sa formation aussi.  Il faut revoir ses films d’une prophétique modernité. Par la sobriété du jeu et l’utilisation des décors naturels. Dans sa manière de saisir l’invisible, les sentiments, à travers la composition de ses plans. Louis Delluc croit en l’image et travaille ses cadres pour en faire le principal vecteur d’expression. Sous sa plume, le cinéma est sorti de sa chrysalide. Sous sa caméra, il a pris un nouvel envol.  Maudits comme on dit des poètes, ses films ont subi l’emprise du temps. En reste cinq des sept qu’il a réalisés. 

Lors de cette conférence, il sera  quoi Louis Delluc est-il l’inventeur ? De la critique cinématographique ? S’il l’exerça avec talent, il n’en fut pas le premier praticien. Du film d’auteur ? S’il a forgé le terme de "cinéaste", il ne fut pas le seul à revendiquer les pleins pouvoirs sur le film. Du ciné-club ? Il en rénove la formule mais il s’en désintéresse assez vite. Voyons donc plutôt en Delluc l’homme d’une nouvelle expérience de cinéma : on ne saurait faire des films si l’on n’en a pas regardés, on ne saurait inventer des formes nouvelles si l’on ne s’est pas imprégné de cinéma. Cinéaste-spectateur, cinéphile-cinéaste, Delluc est l’inventeur d’un regard.

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Dans le cadre du cycle "Louis Delluc – Défense et illustration du cinéma" (12 octobre - 5 juin 2018)

Conférence le mardi 9 janvier 2018