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Confinement : comment les cultes s’organisent

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Chaque religion a dû s'adapter aux différentes mesures de confinement prises à travers le monde
Chaque religion a dû s'adapter aux différentes mesures de confinement prises à travers le monde
© Getty - Hanan Isachar

Le mois d’avril est un mois phare pour toutes les religions monothéistes cette année. Après les Pâques chrétienne et juive, le ramadan débutera le 24 avril prochain. Des fêtes où le collectif et le partage sont la norme mais pas cette année. Chacune a dû s'adapter face à la crise sanitaire mondiale.

Au mois d’avril, d’importantes célébrations religieuses se sont succédé pour chacune des grandes religions monothéistes : la Pâque pour les catholiques et protestants le 12 avril, la Pâque orthodoxe dimanche 19 avril, la Pâque juive du 8 au 16 avril et enfin le ramadan qui débutera pour les musulmans ce vendredi 24 avril prochain. Toutes les messes, prières et célébrations de ces fêtes religieuses ont été annulées en France et partout dans le monde, avec des consignes généralement respectées. Mais elles sont plus difficiles à faire appliquer pour certains courants, comme chez les évangélistes ou les ultra-orthodoxes.

Pour les chrétiens 

Le pape François préside la cérémonie du Chemin de croix sur une place Saint-Pierre vide, lors du Vendredi saint le 10 avril 2020
Le pape François préside la cérémonie du Chemin de croix sur une place Saint-Pierre vide, lors du Vendredi saint le 10 avril 2020
© Getty - Vatican Pool - Corbis

L’image du pape marchant seul pour rejoindre l’église San Marcello, au centre de Rome, avait marqué les esprits. Deux semaines plus tard, il prie seul, encore, au milieu d’une place Saint-Pierre vide, en plein week-end pascal. Du jamais vu ! Tout comme la bénédiction Urbi et Orbi pour Pâques. En temps normal, le souverain pontife la prononce depuis la loggia de la basilique et rassemble plusieurs dizaines de milliers de personnes. Cette année, c’est dans une basilique vide que le pape s’est exprimé et son message diffusé en mondovision uniquement. L’Italie ayant été l’un des premiers pays à être massivement touché par le nouveau coronavirus, les autorités religieuses ont rapidement suivi les recommandations des autorités italiennes. Dès le début du confinement, la place et la basilique Saint-Pierre ont été fermées au public, ne restant dans un premier temps accessibles qu’aux fidèles qui souhaitaient prier de manière isolée. Et les églises ont été fermées. Fin mars, le pape s'est associé à l'appel de l'ONU en faveur d'un cessez-le-feu mondial "en raison de la crise actuelle due au Covid-19 qui ne connaît pas de frontières". Le pape a ainsi invité à favoriser "la création de couloirs pour l'aide humanitaire, l'ouverture à la diplomatie et l'attention envers ceux qui se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité"

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Pour la rédactrice en chef au journal La Croix Isabelle de Gaulmyn, interviewée sur France Inter, le fait que le pape s’est très vite conformé aux consignes du gouvernement italien pour lutter contre la pandémie a fortement marqué les catholiques et cela a permis, dans le monde catholique, un meilleur respect des consignes. Pour Pâques, par exemple, même dans les pays fortement catholiques comme les Philippines ou le Mexique, les écarts ont été peu nombreux.

En France, les églises restent ouvertes. Mais aucune messe n’y est célébrée. Seule des prières individuelles sont généralement autorisées, à condition de respecter certaines conditions, notamment de distanciation sociale. Pour permettre aux fidèles de continuer à assister aux messes, de nombreuses paroisses permettent de les suivre en ligne. La conférence des évêques de France a publié une série de conseils afin de permettre aux fidèles de rester actifs durant ce moment.

Mais certains ont décidé de faire fi des consignes, comme le curé d'une église intégriste à Paris. Durant le week-end pascal, le prêtre a organisé une messe nocturne, rassemblant quelques dizaines de personnes. Sur la page YouTube de la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet figure ce message :  "la retransmission vidéo de la messe dominicale ne remplace ni ne dispense de l’obligation d’assister physiquement à la messe pour ceux qui le peuvent"… 

En savoir plus : Pâques confiné
5 min

Après les catholiques et les protestants, plus de 260 millions de chrétiens orthodoxes fêtent aussi ce dimanche leur Pâque. Pour encourager les fidèles à se protéger, le chef du Patriarcat de Moscou, qui revendique le plus de fidèles orthodoxes dans le monde – 150 millions –, a recommandé de suivre les offices à la maison. Le président Vladimir Poutine va montrer l'exemple dans une petite chapelle de sa résidence officielle. Un confinement intégral a aussi été imposé en Serbie et en Macédoine du Nord jusqu'à lundi matin. En Roumanie, les fidèles sont appelés à célébrer l'événement depuis leur balcon et sur internet, mais des volontaires et des prêtres feront du porte-à-porte, à bonne distance, pour distribuer du pain béni et le feu sacré, symboles de la Pâque orthodoxe.

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En Grèce, des milliers de policiers aidés par des hélicoptères et des drones sont mobilisés tout le weekend pour éviter de traditionnels départs à la campagne. 

Quelques résistances de certaines autorités religieuses ou politiques ont toutefois été observées au Bélarus, en Ukraine ou en Géorgie, raconte France 24. En mars, le chef de la laure des grottes de Kiev a ainsi appelé les fidèles à "se précipiter dans les églises", ce lieu sacré devenant un important foyer de contamination avec désormais près d’un cinquième du total des contaminations à Kiev, précise Le Monde.

Culte musulman

En France, toutes les mosquées sont fermées. Ou du moins censées l’être, puisque le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait appelé dès le 15 mars à leur fermeture jusqu’à nouvel ordre. 

Pour le mois de ramadan qui débutera finalement le 24 avril, le CFCM maintient sa consigne et "incite les fidèles à accomplir leurs prières journalières chez eux". Les rassemblements pour les prières et les repas de rupture de jeûne traditionnellement organisés par les mosquées et associations caritatives n’auront pas lieu. Le jeûne est en revanche maintenu. Le recteur de la mosquée de Paris Chems-Eddine Haffiz expliquant à France Bleu Paris que "Cela ne s’est jamais fait dans l’histoire de l’islam, alors q'il y a eu énormément de situations compliquées comme celle que nous vivons cette année ; même au temps du prophète, lorsqu'une peste avait fait des ravages". Le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, de rappeler que l'islam prévoit de toute façon des exceptions : les malades, les personnes âgées, entre autres, dispensés.

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C’est le même schéma dans la plupart des pays du monde musulman. En Arabie saoudite, la grande mosquée de La Mecque est fermée depuis début mars et l’entrée des pèlerins a été bloquée dès la fin du mois de février. Un couvre-feu total a même été instauré dans la ville depuis début avril, n’autorisant les sorties que sous certaines conditions, comme faire des courses ou se soigner. Pour le moment, les autorités saoudiennes ont appelé les musulmans à suspendre leurs préparatifs pour le grand pèlerinage, le hajj, prévu cette année vers la fin juillet. Début mars, Riyad a déjà suspendu la omra, le petit pèlerinage musulman, qui peut être effectué à n'importe quel moment de l'année

En Indonésie, plus grand pays musulman qui compte plus de 260 millions d’habitants et où il n’y a pas de confinement total, les mosquées sont également fermées. Pour éviter les mouvements de population, traditionnels avec le début du ramadan, des mesures ont été prises qui limitent le nombre de passagers dans les transports publics. 

En Iran, au début de la pandémie, le débat a agité les autorités religieuses, certains plaçant le religieux au-dessus de tout, même de la science médicale. L’universitaire et théologien de la ville sainte de Qom, Moshen Alviri, a déclaré à l’AFP que ce "débat historique entre juristes musulmans remonte aux premiers temps de l’islam". En février, l’un des ayatollahs de Qom continuait ainsi d’appeler les pèlerins à se rendre à la mosquée qu’il qualifiait de "maison de guérison". Depuis, le guide suprême Ali Khamenei a tranché, en appelant notamment la population à prier chez elle lors du mois de ramadan. Si les musulmans ne doivent pas "négliger la prière, la supplication et l’humilité" pour l’ayatollah, "nous devons créer l’humilité et la supplication dans nos familles et dans nos chambres"

Au Pakistan, début avril, la plupart des lieux de cultes restaient ouverts. Et comme le montre ce reportage d’Arte, les mosquées étaient encore gorgées de fidèles, malgré les appels du corps médical demandant leur fermeture, pour limiter la propagation du virus. 

Si d’une manière générale les autorités religieuses musulmanes se sont conformées aux décisions politiques en matière de lutte contre le Covid-19, certaines voix discordantes se sont fait entendre. Comme celle de l’imam algérien Chem Eddine Aldjazairi qui sur Facebook a déclaré "avoir peur que Dieu nous ait envoyé ce virus pour qu’on revienne à lui et quand il verra que nous avons fermé les mosquées, il nous enverra un autre virus plus virulent"

Sur France Inter, la journaliste Isabelle de Gaulmyn rappelle tout de même qu’à la fin du Moyen Âge, au moment de la grande peste, des fatwas avaient été mises en place pour adapter les enterrements des fidèles musulmans. Les rituels comme le lavage des corps n’étaient plus possible pour cause de santé publique, "depuis toujours les religions s’adaptent". Le CFCM a d'ailleurs recommandé que la toilette mortuaire ne soit pas effectuée, compte-tenu des conditions sanitaires, précisant que_"les décédés en période de pandémie sont élevés au rang des martyrs. Même s’ils n’ont pas le statut de martyrs de guerre pour qui aucune toilette mortuaire n’est pratiquée, ils sont victimes d’une guerre contre l’épidémie qui exige des pratiques exceptionnelles.  La suspension de la toilette mortuaire fait partie de ces pratiques exceptionnelles prévues dans la tradition musulmane."_

Culte juif 

Dans les synagogues également, toutes les cérémonies sont suspendues. La Grande Synagogue de Paris indique par exemple sur son site internet être fermée jusqu’à nouvel ordre, les offices de semaine et de shabbat suspendus. Les fêtes de Pessah, la Pâques juive, les plus importantes pour la communauté, ont dû se faire en cercle familial très restreint alors que traditionnellement, la famille élargie se réunit pour cette période équivalente aux fêtes de Noël et du jour de l’an. 

En Israël, où la totalité des lieux de culte sont fermés, toutes religions confondues, un débat a animé les rabbins, à savoir : était-il possible d’utiliser une application de visioconférence pour permettre à la famille de se réunir autrement ? Certains rabbins ont estimé que oui, "en situation d’urgence", il est possible d’utiliser de telles applications pour célébrer la fête avec des "personnes âgées ou malades". Le grand rabbinat d’Israël s’y est lui opposé, pas question de "profaner un jour férié"

Seules dix personnes à la fois peuvent accéder au Mur des lamentations, l'esplanade des Mosquées est désertée. Jérusalem, le 26 mars 2020.
Seules dix personnes à la fois peuvent accéder au Mur des lamentations, l'esplanade des Mosquées est désertée. Jérusalem, le 26 mars 2020.
© Radio France - Frédéric Métézeau

Chez les ultra-orthodoxes, le confinement imposé en Israël a été très compliqué à mettre en place. Si la situation s'améliore aujourd'hui, les ultra-orthodoxes comptent pour 50% des malades atteints du Covid-19 alors qu'ils ne représentent qu'environ 10% de la population israélienne dans le pays. Ils ne s’informent bien souvent que par leurs propres canaux et n’ont donc pas accès à la télévision ni internet. Si le ministère de la Santé israélien communique essentiellement via des messageries instantanées comme WhatsApp, leur accès est bloqué sur les téléphones portables des juifs orthodoxes. Certains d’entre eux sont aussi très religieux et ne font absolument pas confiance en l’État d’Israël, leur vie et leur santé dépendant uniquement du "Tout-puissant". La seule autorité à laquelle ils se réfèrent est le rabbin, si le rabbin ne transmet pas les consignes, les fidèles ne les appliquent tout simplement pas. Dans le quartier de Beth Shemesh à Jérusalem, un mariage a réuni 150 ultra-orthodoxes le 17 mars dernier, alors que des règles de confinement étaient déjà en vigueur dans le pays. Quelques jours plus tard, c’est à Bnei Brak, près de Tel Aviv, que des centaines de personnes se sont rassemblées pour les funérailles d’un rabbin. D'ailleurs, le ministre de la Santé israélien, Yaakov Litzman, lui-même ultra-orthodoxe, est tombé malade du Covid-19 après avoir participé à un culte un jour de shabbat malgré la fermeture des synagogues. Le 19 mars dernier dans une interview, le ministre de la Santé avait déclaré au sujet de la fin de la pandémie : "Nous espérons que le Messie arrivera avant Pâques (...). Je suis sûr qu'il viendra nous sauver, comme Dieu nous a sauvés pendant l'Exode d'Égypte". 

Le cas des évangélistes 

Chez les évangélistes en revanche, il est très compliqué de faire respecter les mesures de confinement à travers le monde. La journaliste Isabelle de Gaulmyn explique ainsi sur France Inter que cette religion qui progresse le plus dans le monde n’est pas vraiment régulée. Chaque pasteur y va alors de son propre avis. 

Ainsi au Brésil, le très influent Silas Malafaia, à la tête de l’une des églises les plus importantes du pays, avait d’abord déclaré : "Mes amis, ne vous inquiétez pas à cause du coronavirus. C’est une tactique de Satan, il s’alimente de la peur", avant de finalement suspendre toute célébration jusqu’à nouvel ordre, comme l’a ordonné la justice. Les activités religieuses sont maintenues au Brésil, le président Jair Bolsonaro (soutenu par les leaders évangéliques lors de son élection) a publié un décret pour les inclure dans la liste des secteurs essentiels ne pouvant être touchés par les mesures de confinement. Le président d’extrême droite n’a de toute manière pas caché son opposition aux mesures de confinement, contrairement au discours de son ministre de la Santé. Début avril, Jair Bolsonaro proposait de mettre en place une journée de jeûne religieux pour "délivrer le Brésil du mal" du Covid-19.

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Aux États-Unis, Kenneth Copeland, l’un des télévangélistes les plus riches du pays a promis sur sa chaîne de télévision, qu’il pouvait guérir le coronavirus à travers l’écran, il suffit pour cela de "poser sa main sur le téléviseur". En Floride, le pasteur évangélique Ronald Howard-Browne, soutien de Donald Trump a lui été arrêté pour avoir célébré des messes de manière répétée avec des centaines de fidèles, malgré le confinement. Il a accusé les médias de susciter "la haine et l’intolérance religieuse", estimant que son église était un "service essentiel" et devait donc rester ouverte. 

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Dans un article de The Conversation, André Gagné, professeur agrégé d'études théologiques à l'université de Concordia (Montréal), explique ainsi que la "lutte contre le virus est définie en termes de ‘combat spirituel’", ces pasteurs évangéliques "confrontent et prennent l’autorité sur ‘l’esprit de la peur’ et sur la maladie au nom de Jésus". Le virus est alors perçu "comme une entité démoniaque". 

En février dernier à Mulhouse, un rassemblement évangélique s'est révélé être l'un des principaux foyers du virus et a contribué à le propager en France. Au moins un millier de fidèles avaient été contaminés lors de ces cinq jours de prière et de jeûne organisés chaque année dans la ville.