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Confinement : malgré le télétravail, Netflix et le porno, les réseaux tiennent le coup

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Avec le confinement, les internautes utilisent beaucoup plus internet. Mais le réseau est dimensionné pour répondre à la hausse, assurent les acteurs du secteur.
Avec le confinement, les internautes utilisent beaucoup plus internet. Mais le réseau est dimensionné pour répondre à la hausse, assurent les acteurs du secteur.
© AFP - Remi Decoster / Hans Lucas

Prolongé jusqu'au 15 avril, le confinement se ressent aussi sur les réseaux. Depuis qu’ils sont bloqués chez eux, les Français télétravaillent mais c’est en regardant des vidéos qu'ils consomment le plus de débit : visioconférence, plateformes à la demande ou porno ! Mais jusqu’ici, tout va bien.

Télétravail, enseignement à distance, visio-apéro, vidéo à la demande mais aussi "contenus pour adulte" : depuis que les Français sont entrés en confinement le mardi 17 mars, les réseaux internet ont dû s'adapter. Edouard Philippe ayant annoncé ce vendredi un prolongement du confinement jusqu'au 15 avril au moins. Auparavant concentrée sur le début de soirée, la consommation s'est aujourd'hui répartie sur toute la journée. Les connexions se multiplient mais le risque de saturation n'est pas pour demain, assurent les principaux gestionnaires des réseaux. Pour l'instant, la plomberie de l'internet se porte bien !

Comme un pic mais distribué toute la journée

"D'habitude, le pic de trafic se situe le soir, quand tout le monde rentre à la maison et regarde des vidéos", expliquait Sébastien Soriano, le président de l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) le 22 mars sur France Inter. "Là, on retrouve ce pic du soir quasiment étalé sur toute la journée. Globalement, le réseau est extrêmement sollicité, comme si l'on mettait le trafic d'une autoroute sur une nationale".

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Dans cette interview, le patron du gendarme des télécoms appelait chacun à une forme de civisme numérique en limitant sa consommation ou en économisant les ressources de l'infrastructure : regarder les vidéos sur le wifi et pas sur la 4G, écouter la radio en FM, regarder la télé sur la TNT et pas via la box... Pourtant, du côté des grands opérateurs, l'heure n'est pas à l'inquiétude. Qu'il s'agisse d'Orange, de Google ou d'Interxion (l'un des leaders des data centers dans le monde), aucun de ceux que nous avons interviewés pour cet article ne redoute une saturation.

Les chiffres certes sont éloquents et montrent une augmentation très nette du trafic sur internet. "Le débit de données augmente d'environ 3% chaque jour", explique le directeur des réseaux internationaux d'Orange, Jean-Luc Vuillemin, "ce qui sur du long terme peut faire beaucoup. Environ 40% sur dix jours si la hausse est continue". Mais pour répondre à la demande, Orange s'adapte. L'opérateur a ainsi décidé de doubler ses capacités de connexion vers les États-Unis (voir tweet ci-dessous) en activant des fibres optiques transatlantiques déjà posées. "C'est très important car il faut savoir que 80% du trafic généré par les internautes français part aux États-Unis", précise Jean-Luc Vuillemin, "en ce moment, les GAFAM nous sollicitent beaucoup ; Facebook notamment, qui nous demandent de plus en plus de bande passante pour faire fonctionner ses services, Messenger, Whatsapp".

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Du côté d'Interxion, leader dans le domaine des datacenters, le ton est aussi rassurant. L'entreprise possède 265 datacenters dans le monde dont 10 en France et son directeur général dans l'hexagone Fabrice Coquio constate également une hausse des usages : "L'utilisation d'internet est tangible ici, nous mesurons une hausse de la consommation électrique et nos clients voient une montée en charge des connexions de 20 à 25 % mais nos infrastructures sont suffisamment dimensionnées pour absorber l'augmentation. Elles sont conçues pour fonctionner lors des pics et aussi pour anticiper les besoins futurs qui sont toujours en hausse en matière de données".

À Marseille, où Interxion possède deux immenses data centers (bientôt trois) connectés à l'Afrique, au Moyen-Orient et à l'Asie, Fabrice Coquio reçoit de plus en plus de demandes de "cross connect", des connexions entre opérateurs français et étrangers pour s'échanger des données. Mais la saturation n'est pas pour demain, assure le directeur général : 

Quand vous cumulez la totalité des 14 câbles sous marins qui irriguent les datacenters Interxion à Marseille. Vous êtes sur une capacité à 154 térabits par seconde. Ça, c'est si tout le monde utilisait tout d'un seul coup. Or aujourd'hui, en instantané, on est sur une consommation d'à peu près 30 térabits. C'est énorme, mais il y a quand même une très grande capacité encore disponible.                                    
Fabrice Coquio, directeur général d'Interxion France.

À noter : 99% des communications intercontinentales transitent par les câbles sous-marins. Le 1% restant voyage par satellite.

55 min

Brider les vidéos pour ménager le réseau

Pour autant, même si la situation est sous contrôle, elle n'en est pas moins inédite. Ce qui explique la décision prise par plusieurs grandes plateformes de dégrader la qualité de leurs vidéos. Netflix et Youtube ont réduit l'encodage de leurs contenus, tout comme Disney+ là où le service est déjà lancé. En France, Disney a aussi accepté à la demande du gouvernement de reporter le lancement de ce service de streaming.

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"En Espagne, où Disney+ est déjà lancé, les débits qu'ils nous envoient sont inférieurs de 30% aux prévisions initiales", explique ainsi Jean-Luc Vuillemin, "ça fait du bien aux réseaux". Chez Google, maison mère de Youtube, la décision de réduire la qualité des vidéos a été prise après une discussion entre le patron de l'entreprise, Sundar Pichai, et le commissaire européen Thierry Breton le 20 mars.  "Nous nous sommes engagés à basculer tout le trafic dans l'UE en définition standard par défaut", explique ainsi Fabien Vieau, responsable data center à Google France. "Et quelques jours après, vous avons généralisé au monde entier cette mesure. Non pas que nous soyons inquiets pour nos réseaux - ils sont conçus pour fonctionner en période de pic - mais nous restons très attentifs à cette situation exceptionnelle et nous apportons notre pierre à l'édifice pour ménager internet".

Sage décision mais que ne partagent pas toutes les plateformes, surtout celles diffusant du contenu pour adultes. "L'appel du gouvernement, ils s'en moquent complètement", note Jean-Luc Vuillemin. Le site le plus visité de contenus porno, Pornhub, a ainsi profité du confinement généralisé pour rendre gratuite sa version premium, espérant sans doute gagner des abonnés par la suite. Avant l'épidémie, Pornhub se targuait déjà de chiffres hallucinants : 100 milliards de vidéos vues par an, 100 millions de visites par jour, 74% des utilisateurs étant des hommes et 26% des femmes...

Cette situation a même eu droit à son article dans le Canard Enchaîné du 25 mars, "Porno virus", où le journal cite un échange entre ministres sur la messagerie Telegram. Le secrétaire d'État au Numérique Cédric O y écrit "L'Italie a vu son réseau ramer, y compris pour les usages importants, car le porno et les jeux en ligne ont explosé". La secrétaire d'État à l'Économie Agnès Pannier-Runacher lui répond : "En fait, si tu "youpornes" (utilises le site porno YouPorn) à 22h30, ça gêne personne... Juste une question d'organisation". Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux Transports répond "C'est noté, Agnès, merci pour ce précieux conseil". Et Cédric O conclut : "Djeb, si jamais tu préfères que l'on priorise YouPorn [par rapport à] Netflix, n'hésite pas à le dire, et on relaiera (...). J'ai prévu d'appeler YouPorn et Pornhub."

Mais pas question pour l'instant de dégrader certains services au détriment d'autres. "On n'a pas le droit, au nom de la neutralité du net", explique Jean-Luc Vuillemin. Un principe qui garantit à chaque utilisateur le même traitement. Brider le débit pour certains usages serait une mesure d'exception, même si elle est prévue par le droit européen, a précisé l'Arcep à France Info.  

Orange ou Google aussi télétravaillent

Pour fonctionner, les acteurs du numérique doivent en tout cas eux aussi travailler en mode confiné, comme tous les pays touchés par le coronavirus. "On est tous passés en télétravail", précise Jean-Luc Vuillemin, "y compris les équipes de supervision qui se relaient 24 heures sur 24 mais de chez elle, nous avons des équipes en France, en Inde et aux États-Unis, il y a toujours quelqu'un qui supervise".

Chez Interxion, 60% du personnel travaille de chez lui mais 40% reste sur site, complète Fabrice Coquio, qui ajoute : "pour intervenir sur les installations, nous privilégions l'intervention de nos techniciens. D'habitude, nos clients sont 'chez eux chez nous' et accèdent facilement aux data centers ; avec le confinement, cette possibilité est très limitée". Par ailleurs, les équipes de techniciens ne se mélangent pas afin d'avoir du personnel de réserve en cas de contamination. 

La situation actuelle complique les choses lorsqu'un dépannage est nécessaire. "Nous devons maintenir notre capacité à maintenir les opérations physiques", poursuit Jean-Luc Vuillemin, "lorsqu'une fibre optique est coupée, lorsqu'un câble sous-marin est endommagé, il faut engager des moyens humains ; et c'est compliqué, plus lent. Il faut beaucoup d'ingéniosité, de professionnalisme et de bonne volonté de la part des équipes".

En tout cas, tous ces grands acteurs sont en première ligne pour observer via leurs réseaux l'impact et la progression du Covid19. "En janvier et février, le nombre de connexions voix (appels téléphoniques via Whatsapp ou autres) était en hausse très importante vers la Chine et la Corée. Aujourd'hui, la hausse est surtout vers l'Italie et l'Allemagne", raconte Jean-Luc Vuillemin, "on voit aussi que les touristes et les visiteurs étrangers sont rentrés chez eux. Le 'roaming' (connexions d'un portable français à l'étranger ou de portables étrangers en France) est quasiment à zéro. Quant aux entreprises, on a bien vu une chute du trafic internet la première semaine du confinement, signe que l'économie française était quasi à l'arrêt. Mais depuis quelques jours, ça reprend".