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Consentement et violation

Par
Gerd Altmann
Gerd Altmann

La honte et le consentement sont deux notions éminemment politiques et éthiques. Ce sont des faits sociaux totaux qui s’expriment dans la société moderne par différentes injonctions. Comment se cristallisent ces deux affects au sein de notre société ?

Le fait de “céder” renvoie au traumatisme psychique et sexuel, à l’abus de l’autre. Il implique le fait de dire “non” ou “oui” de manière forcée. “Consentir” revient à céder une part de son intime et de sa vérité inconsciente articulée à son désir, aux risques qu’il prend pour y accéder. Le consentement est un moment de sensibilité à des expériences de violation auxquelles les démocraties n’étaient pas sensibles auparavant. Les cas de harcèlement sexuel, de traumatisme, de domination, ont longtemps fait partie des faits divers et des marges de l’histoire. 

Avec les mouvements #Metoo et les affaires Weinstein et Kouchner, ces questions de consentement sont devenues des problèmes de civilisation, touchant à la fois l’éthique et la politique. La notion de consentement est liée à l’extime. Elle renvoie aux champs de l’amour, de la sexualité, du désir. Ce n’est pas une expérience rationnelle, elle ne relève pas de l’accord libre et éclairé de la raison. Le consentement possède une valeur d’affect. Il repose sur la foi en l’autre et fonctionne comme un “contrat” entre deux individus. C’est un déssaisissement en faveur d’une ouverture à l’autre. 

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La honte émane d’une prise de conscience. Elle est liée à la tristesse, au désespoir, et à l’impuissance. C’est un auto-affect qui peut entraîner des situations de repli sur soi et de retenu. Les individus la ressentent vis-à-vis d’eux-mêmes, des autres mais aussi de la société. La honte est un affect majeur des sociétés modernes. C’est un fait social total. Trois injonctions lui sont liées :

  • “N’ayez plus honte de vous-mêmes”, concerne l’émancipation individuelle vis-à-vis de la honte. Elle est considérée dans ce cas comme un frein à l’existence.
  • “Il n’y a plus de honte”, renvoie aux individus qui font étalage de soi sur les réseaux sociaux de manière irrespectueuse.
  • “La honte doit changer de camp”, fait référence aux personnes qui agissent en toute impunité sans être inquiétées par la justice et les autorités.

Désormais présente sur les réseaux sociaux, la honte contemporaine se construit via la projection digitale de soi. La virtualité et la viralité se mélangent à la réalité. L’image publique de soi est portée à une forte intensité. Elle se construit indépendamment de l’individu et peut être détruite lors de cas de “e-bashing” par exemple. Au sens de Marx, elle représente un “sentiment révolutionnaire”, de par la colère sous-jacente qu’elle contient. Colère qui peut se retourner contre la personne lorsqu’elle n’est pas exprimée. Elle devient véritablement porteuse d’un combat lorsqu’elle est partagée collectivement. Les luttes antiracistes et intersectionnelles fédèrent les “microhontes” autour de la colère.

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Une table ronde enregistrée en novembre 2021.

Frédéric Gros, philosophe, professeur d'humanités politiques à Sciences Po Paris et chercheur au CEVIPOF

Clotilde Leguil, philosophe, psychanalyste, membre de l'École de la Cause freudienne, professeur au Département de psychanalyse à l'université Paris 8

Philippe Petit, écrivain et journaliste.

Retrouvez notre sélection " Le consentement après #MeToo" sur notre webmagazine Balises

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