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Consommation de charbon : les bons et mauvais élèves dans le monde

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Des mineurs de charbon au travail dans la mine polonaise de Piniowek en février 2016
Des mineurs de charbon au travail dans la mine polonaise de Piniowek en février 2016
© Getty - Bloomberg

Le charbon est la source d'énergie la plus polluante au monde. Pourtant, elle continue d'être largement utilisée pour produire de l'électricité. Bien qu'en baisse en Europe et en Amérique du Nord, sa consommation est en hausse dans les pays émergents.

Alors que s'est ouverte dimanche 3 décembre à Katowice (Pologne) la COP24, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017, après trois années de stabilité. Selon l'ONU, les Etats signataires de la COP21, dont la France, devraient tripler leurs efforts pour limiter le réchauffement à 2°C d'ici la fin du siècle. En lien direct avec l'augmentation globale des émissions de gaz à effet de serre, la consommation de charbon dans les pays du G20 a augmenté de 1% en 2017, selon Enerdata, après trois années de déclin. Le charbon représente 44% des émissions de CO2 dans le monde ainsi que 40% de la production mondiale d'énergie.

Par ailleurs, les pays du G20 sont responsables à eux seuls de 80% de la consommation d'énergie issue du charbon dans le monde. Toutefois, malgré ces mauvais chiffres, le secteur du charbon est en déclin aux Etats-Unis et en Europe. Plus de 40% des centrales à charbon dans le monde ne seraient pas rentables, selon une étude du groupe de réflexion Carbon Tracker. Un taux qui pourrait dépasser 70% d'ici 2040. Parallèlement, la Chine, premier consommateur de charbon au monde, se tourne progressivement vers des solutions alternatives. Enfin, une trentaine de pays se sont engagés, lors de la COP21, à fermer leurs centrales à charbon d'ici 2030.

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© Visactu

L'Asie, usine à charbon de la planète

En 1992, la Chine est devenue le plus gros consommateur de charbon dans le monde. Cette année-là, le pays passait devant les Etats-Unis et s'installait durablement en tête de ce classement. En 30 ans, la consommation de charbon en Chine a régulièrement augmenté. Aujourd'hui, la Chine est, de loin, le plus gros consommateur de cette énergie fossile puisque la moitié de l'énergie produite dans le monde grâce au charbon est consommée en Chine. De plus, 70% de l'électricité chinoise est issue de ce combustible. Toutefois, en 2017, la hausse de la consommation de charbon n'a été que de 0,5%. Un signe positif au regard de précédentes baisses : en 2016, par exemple, la consommation de charbon par rapport à 2015 avait reculé de 4,2%. 

Selon, Oliver Sartor, chercheur à l'Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDRII), la Chine est sur la bonne voie : "L’élite chinoise s’engage pour la fermeture des centrales à charbon parce que cela pose des problèmes de qualité de l’air. Il y a trois millions de décès prématurés tous les ans en Chine à cause de la pollution. La classe moyenne a envie de vivre dans des villes plus propres et elle demande une meilleure performance environnementale. Toutefois, la mise en œuvre de cette conversion vers les énergies vertes est loin d’être parfaite. Cela coince notamment au niveau des provinces chinoises qui ont leur propre gouvernement, leurs propres objectifs de croissance et leurs propres intérêts économiques et sociaux." Malgré les blocages locaux, la Chine est le pays qui, en 2017, a le plus investi dans les énergies vertes.  

Un mineur, hagard, après une explosion qui a fait 12 morts dans la mine à charbon de Luoyang dans la province chinoise de Henan
Un mineur, hagard, après une explosion qui a fait 12 morts dans la mine à charbon de Luoyang dans la province chinoise de Henan
© Getty

Toutefois, ombre notable au tableau, la Chine exporte massivement ses savoirs à l'étranger, selon Jean-Baptiste Fressoz, historien spécialiste du climat au CNRS : "Toutes ses techniques, tous ses brevets liés au charbon, il faut bien les utiliser. Les entreprises chinoises deviennent donc les fers de lance du développement du charbon pour tout le reste de l’Asie : au Pakistan, au Vietnam, etc."

Si en Chine les autorités ont également pris des mesures contraignantes - notamment en interdisant la consommation de charbon dans 28 villes du pays - ce n'est pas le cas dans la plupart des pays asiatiques. En Inde, "il n'y a pas de plafond légalement contraignant" pour limiter la consommation de charbon, analyse Oliver Sartor, qui précise tout de même que "malgré la hausse de 3% en 2017, la consommation de charbon est en passe d’être freinée. Les contraintes locales sont fortes. En 2016, le pays a mis à l’arrêt des centrales à charbon pendant l’été parce qu’il n’y avait pas assez d’eau pour refroidir les installations." Le chercheur à l'IDRII précise également qu'il y a "un problème de stockage des déchets produits par les centrales à charbon dans ce pays très densément peuplé".

Le déclin du charbon européen 

Le pays hôte de la COP24 a longtemps été l'une des plus grandes mines à charbon de l'ex-URSS. "Historiquement, la Pologne a toujours eu beaucoup de réserves de charbon__, résume Oliver Sartor. Ce combustible a longtemps été l’énergie la moins chère à produire, la plus abondante et la plus fiable à développer. Plusieurs pays du bloc de l’Est produisaient et exportaient leur charbon pour les autres pays de l’URSS. C’était le cas de la République tchèque et de la Pologne." Après la chute du bloc soviétique, la Pologne a continué de développer l'industrie du charbon pour ses propres besoins mais aussi, selon le chercheur à l'IDRII, pour assurer son indépendance énergétique et politique face au voisin russe : 

La Pologne ne voulait pas sortir du charbon pour ne pas avoir à importer du gaz russe. C’était un enjeu de sécurité énergétique.      
Oliver Sartor

Encore aujourd'hui, 80% de l'électricité polonaise provient de centrales à charbon. Toutefois, cette énergie est de plus en plus coûteuse. En tant que membre de l'Union européenne, la Pologne est soumise à des taxes sur le CO2. Pour chaque tonne de dioxyde de carbone produite, l'UE prélève 20 euros. Voilà pourquoi, d'après Oliver Sartor, "depuis cinq ans, l’électricité produite grâce aux énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire est aussi chère pour le consommateur que celle produite grâce au charbon. La Pologne investit donc notamment dans l'implantation d'un parc éolien en mer." De plus, le lent déclin du charbon en Pologne devrait s'accélérer dans les années à venir puisque "les ressources de charbon du pays sont proches de l’épuisement".  

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L'autre géant européen du charbon a lui aussi entamé sa conversion vers des énergies moins polluantes. Malgré cela, l'Allemagne reste le pays de l'UE qui consomme le plus de cette énergie fossile. 35% de l'électricité allemande est produite grâce au charbon. Toutefois, la consommation baisse d'année en année : en 2017, le pays a réduit sa consommation de 5,7% par rapport à 2016. Mais la fermeture progressive des centrales à charbon est freinée par des enjeux politiques et sociaux. La Ruhr et la Sarre concentrent l’essentiel des activités de minage et de production d’électricité. "Mais au total, selon Oliver Sartor, près de 30 000 personnes dépendent du secteur du charbon si l'on compte les emplois directs et indirects. Dans ces régions, il n’y a pas une activité industrielle assez forte pour absorber l’impact d’une fermeture brutale des centrales. Cependant, le gouvernement allemand a mis 1,5 milliard d’euros sur la table pour financer la transition dans ces régions." 

Des mineurs remontent à la surface les derniers blocs de charbon du puits de La Houve (Moselle), la veille de la fermeture du site en avril 2004
Des mineurs remontent à la surface les derniers blocs de charbon du puits de La Houve (Moselle), la veille de la fermeture du site en avril 2004
© AFP - Jean-Christophe Verhaegen

En France, les dernières "gueules noires" ont disparu en avril 2004 avec la fermeture de la dernière mine à charbon française à La Houve, en Moselle. Pour autant, le charbon continue d'être importé et d'être exploité au sein de quatre centrales encore en activité. Deux d'entre elles appartiennent à EDF, celle de Cordemais, en Loire-Atlantique, et celle du Havre, en Seine-Maritime. Les deux autres sont propriété du groupe allemand Uniper. Elles sont situées à Saint-Avold, en Moselle, et à Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. Cependant, ces quatre centrales ne produisent qu'une infime part de l'électricité française. En 2017, la consommation de charbon a augmenté de 11% par rapport à 2016 . Une hausse qui ne traduit pas pour autant un rebond de ce secteur industriel, selon Oliver Sartor : "La consommation peut varier d’une année à l’autre car ces centrales à charbon sont utilisées lorsqu’il y a un pic de demande, quand il fait très froid, par exemple."

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En novembre 2018, le président français, Emmanuel Macron a réitéré son engagement de fermer toutes les centrales à charbon en France d'ici 2022. Est-ce un objectif tenable ? Selon Oliver Sartor, "l'Etat a bien fait d'anticiper ces fermetures en les annonçant près de 5 ans avant. Selon les sites, plusieurs solutions sont proposées par les propriétaires mais ces solutions sont contestées par les ONG. Par exemple, sur certains sites, il y a une volonté de développer de la biomasse ou d’incinérer des déchets pour produire de l'électricité. Cela pollue. Mais il y a aussi le fait qu’une centrale en biomasse n’est pas très efficace pour produire de l’électricité." A en croire le président Macron, le gouvernement français va "prévoir des financements et des mécanismes de substitution" pour assurer la transition vers les fermetures sans perte d'emplois. 

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L'Amérique du Nord se détourne du charbon

En août 2018, fidèle à ses positions pendant la campagne présidentielle, le président Trump annonçait vouloir rendre "leur travail à nos supers mineurs de charbon". Pour ce faire Donald Trump a annoncé son intention de laisser les Etats légiférer sur les normes de pollution produite par les centrales à charbon. Une politique qui annule le "Clean power plan" de l'ex-président Obama. La libéralisation du secteur portée par Donal Trump sera-t-elle suffisante pour enrayer le déclin du charbon américain ? Selon les données de consommation, le charbon est de moins en moins utilisé pour produire de l'électricité aux Etats-Unis. Entre 2016 et 2017, la consommation du minerai aux Etats-Unis a reculé (-2,2%) pour la quatrième année consécutive. Le marché dicte sa loi selon Oliver Sartor : "Les énergies renouvelables se sont développées sous Obama ainsi que dans certains Etats américains, même républicains. C’est le cas du Texas qui a des ressources de soleil et de vent très importantes. Ces Etats se rendent compte que ces énergies vertes sont plus rentables que le charbon. Parallèlement à ça, on voit le développement du gaz de schiste. En somme, avec son souhait de voir l’économie du charbon repartir à la hausse, Donald Trump demande aux clients d’acheter l’électricité la plus chère à produire. Ce n’est pas réaliste. Le charbon aux Etats-Unis, c’est terminé !"

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La Canada s'est également tourné vers d'autres types d'énergies, moins polluantes que le charbon. La consommation du minerai baisse d'année en année. Elle est passée de près de 17% de la part du mix énergétique en 2007 à 9% en 2016. Parallèlement, le Canada a développé les énergies vertes. Désormais, 66% de l'électricité du pays provient de sources renouvelables et 81% de sources non émettrices de gaz à effet de serre. "Stratégiquement, le charbon n’est plus capital pour le pays, détaille Oliver Sartor_. Voilà pourquoi le Canada est parmi_ les pays pionniers de l’alliance contre le charbon." Cette alliance - Powering past coal - regroupe 28 pays, dont le Canada, la France ou encore l'Italie. Tous ses membres se sont engagés à sortir du charbon, au plus tard en 2030. 

ECOUTEZ LE PODCAST DE RADIO FRANCE "AGIR POUR MA PLANÈTE" : 

A l'occasion de la COP24, retrouvez toutes les émissions et les chroniques sur le changement climatique,par les antennes de Radio France. Quel est l'impact du réchauffement climatique sur l'environnement ? Quels dangers, quelles solutions ? A retrouver sur iTunes, sur Deezer ou en fil RSS.