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Contamination au Covid-19 : de l'animal à l'homme, une transmission du virus "exceptionnelle"

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Il existe quatre élevages de visons en France, dont celui de Montarlot-lès-Rioz en Haute-Saône (photo sept 2020). Ils sont surveillés par le ministère de l'Agriculture, aucun cas de Covid-19 n'a pour l'instant été identifié chez ces visons en France.
Il existe quatre élevages de visons en France, dont celui de Montarlot-lès-Rioz en Haute-Saône (photo sept 2020). Ils sont surveillés par le ministère de l'Agriculture, aucun cas de Covid-19 n'a pour l'instant été identifié chez ces visons en France.
© Radio France - Jean-François Fernandez

Le Covid-19 se transmet surtout au sein de la population humaine, les cas de transmission de l'animal à l'homme restent exceptionnels. Récemment, des visons infectés ont ensuite contaminé des employés d'élevages aux Pays-Bas et au Danemark mais ce sont pour l'instant les seuls cas identifiés.

Les premiers cas de Covid-19 au sein d'un élevage de visons en France ont été détectés ce 22 novembre, en Eure-et-Loir. Le ministère de l'Agriculture a annoncé l'abattage des 1000 animaux présents sur l'exploitation. Les premières contaminations de visons par le coronavirus avaient été détectés aux Pays-Bas puis au Danemak. Début novembre, entre 15 et 17 millions de visons d'élevages ont été abattus sur ordre du gouvernement danois. Cette décision a été motivée après la découverte d'une version mutée du Covid-19, transmise par ces animaux à douze personnes. Le Danemark, premier exportateur de peaux de visons dans le monde, a préféré abattre ces visons afin de ne pas compromettre le lancement d'un futur vaccin. Un peu plus tard, 2 000 visons ont aussi été tués et enterrés en Grèce. Les décisions similaires se multiplient en Europe : ce jeudi 19 novembre, c'est au tour du gouvernement irlandais d'annoncer qu'il prévoyait d'abattre les visons d'élevage du pays, même si aucun cas positif n'a pour l'instant été détecté parmi ces animaux en Irlande. 

La transmission du virus de l'animal vers l'Homme est à l'origine de cette épidémie : les recherches ont pour l'instant permis de démontrer que le Covid-19 avait été transmis par la chauve-souris puis par un autre animal hôte intermédiaire qui aurait ensuite transmis le virus à l'Homme. Le pangolin avait été dans un premier temps pointé du doigt mais certains scientifiques affirment désormais que rien ne prouve que ce mammifère recouvert d'écailles ait été cette espèce intermédiaire entre la chauve-souris et l'Homme.

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Depuis l'apparition de l'épidémie de coronavirus, le cas de transmission de Covid-19 de l'animal vers l'homme sont très rares. D'autres cas similaires avaient été détectés dans des élevages aux Pays-Bas. Des risques potentiels de transmission du virus vers l'homme existent pour les mustélidés, l'espèce qui regroupe les visons, les furets ou encore les hermines et les blaireaux, mais ils n'ont pas encore été démontrés pour d'autres espèces, comme les canidés ou les félidés.

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Les élevages de visons, "des bombes zoonotiques à retardement"

Le vison, comme les autres mustélidés tels que le furet, est sensible à l'infection au coronavirus. Cela a été prouvé lors de nombreuses expériences scientifiques. Le vison peut donc avoir les symptômes du Covid-19 mais également retransmettre le virus à l'homme, comme l'ont démontré les cas identifiés au Danemark et aux Pays-Bas. Le vison a dans un premier temps été contaminé au Covid-19 par le personnel des élevages. "Le virus a été transmis au vison par du personnel infecté. Il a été ensuite été retransmis du vison à d'autres personnels qui travaillaient dans ces mêmes élevages de visons", détaille Daniel Marc, vétérinaire-virologiste, chercheur à l’Inrae de Tours dans l’unité infectiologie et santé publique, département Santé Animale.

Le Danemark et les Pays-Bas possèdent "plusieurs centaines voire plusieurs milliers d'élevages" de visons (125 élevages aux Pays Bas et 1138 au Danemark), selon Gilles Salvat, directeur de la santé et du bien-être animal à l'Anses, l'Agence nationale de la sécurité sanitaire. Cette concentration de dizaines de milliers d'animaux dans un même bâtiment "joue très certainement dans le passage du virus du vison à l'homme", affirme Gilles Salvat. "Même si ce sont des bâtiments très aérés, on a la formation potentielle d’un aérosol infectieux et les personnes qui travaillent au contact de ces animaux peuvent être contaminés par la respiration de cet aérosol infectieux", précise-t-il.

Le virus n'est pas né chez les visons : ils ont été contaminés par l'homme.                                                                                            
Gilles Salvat, directeur de la santé et du bien-être animal à l'Anses.

Ces animaux "présentant une faible diversité génétique sont entassés" dans ces élevages intensifs, pointe du doigt Jean-Christophe Avarre, chercheur en écologie et en évolution virale à l'Institut de recherche pour le développement (IRD). "Le virus peut alors se propager rapidement parmi des millions d'individus dont la réponse immunitaire est amoindrie, tout en mutant à une vitesse accélérée", explique-t-il. Cette surconcentration de visons dans une même région, dans le nord du Jutland pour le Danemark par exemple, favorise la dispersion du virus, ce qui explique qu'il n'y ait pas encore eu de cas pour l'instant dans des élevages situés dans d'autres pays. 

En France, il existe quatre élevages de visons, qui sont surveillés, selon l'Anses. "Nous sommes en train, avec le ministère de l’Agriculture, de conduire un plan de surveillance pour échantillonner ces élevages et pour s'assurer que ces visons sont bien négatifs en Covid-19. Il n'y a eu aucun symptôme visible sur ces quatre élevages", souligne Gilles Salvat, directeur de la santé et du bien-être animal à l'Anses. 

Le député LREM des Alpes-Maritimes, Loïc Dombreval, appelle le gouvernement à fermer ou confiner les quatre élevages de visons français.
Le député LREM des Alpes-Maritimes, Loïc Dombreval, appelle le gouvernement à fermer ou confiner les quatre élevages de visons français.
© Maxppp - Nicolas Vallauri

Après l'abattage de ces millions de visons au Danemark, plusieurs voix se sont élevées en France pour que le gouvernement applique le même principe de précaution. Le député LREM des Alpes-Maritimes, Loïc Dombreval, appelle par exemple à la fermeture ou au confinement de ces quatre élevages français de visons. Ce vétérinaire de formation insiste sur le fait que le vison est un "réservoir de maladies" et "qu'on ne peut pas se permettre d'avoir ce type de risque vu la crise sanitaire que l’on traverse". Le confinement des élevages lui semble "extrêmement compliqué", comme il faudrait s'assurer que "les éleveurs qui vont rentrer dedans soient, de façon absolument certaine, non porteurs du virus au fil du temps". Loïc Dombreval privilégie donc la fermeture de ces élevages et donc l'abattage des visons : "Ils auraient été abattus de toutes façons pour produire la fourrure pour laquelle ils sont élevés", regrette le député qui se définit comme un "défenseur des animaux", mais qui ne voit pas d'autres solutions pour écarter le risque de transmission du Covid-19 du vison à l'homme. Même avant la crise sanitaire, le député LREM des Alpes-Maritimes appelait déjà à fermer les élevages de visons en France.

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Pour Jean-Christophe Avarre, il faut avant tout interroger "nos pratiques" en général et les modèles d'agriculture et d'élevage. "Ces élevages intensifs sont donc une aberration non seulement en termes éthiques, mais également en termes sanitaires, et représentent potentiellement des bombes zoonotiques à retardement", explique le chercheur en écologie et en évolution virale à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

Le furet, un autre mustélidé à risque en termes de transmission du virus 

Il existe en France 60 000 furets de compagnie chez des propriétaires privés, selon l'Anses. "Les furets appartiennent à la même famille des mustélidés et peuvent donc se contaminer. Il y a eu des contaminations qui ont été faites en laboratoire : la sensibilité du furet à ce virus a été démontrée", rappelle Muriel Vayssier-Taussat, responsable du département santé animale à l'Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement). Le furet peut donc être contaminé au Covid-19 et peut retransmettre le virus à l'homme, comme cela a été le cas avec les visons au Danemark et aux Pays-Bas. Mais aucun cas de transmission du furet à l'homme n'a pour l'instant été détecté dans le monde, car "il n'y a pas d'élevages de furets en grandes quantités, pas dans de telles proportions que pour les élevages de visons", précise Gilles Salvat. "Toutes choses étant égales par ailleurs, s'il y avait des élevages de furets avec des milliers d’animaux dans le même élevage, on aurait potentiellement le même risque" que pour les visons, affirme le directeur de la santé animale et du bien-être des animaux de l'Anses.

Il faut vraiment faire attention au furet puisqu'il est très proche du vison et donc il n'y a pas de raison qu’il n’y ait pas les mêmes réactions que chez le vison.                                                                                  
Jean-Luc Angot, président de l’académie vétérinaire de France

"Un furet pourrait potentiellement retransmettre le virus s’il était contaminé, mais un furet dans une habitation ne va pas générer non plus probablement un aérosol trop important", souligne Gilles Salvat. Et d'ajouter : "Quand on ne sait pas, on préfère prendre des précautions, comme on est à peu près sûrs de rien dans ce domaine-là". L'Agence nationale de sécurité sanitaire appelle donc les propriétaires de furets à respecter des gestes barrières avec leur animal, comme le port du masque ou le lavage des mains avant et après la manipulation de l'animal. Ces recommandations sont également plébiscitées par l'Académie vétérinaire de France. "On conseille de prendre les mêmes mesures barrières que celles qu’on utilise avec les membres de la famille. Si une personne est contaminées au niveau d'un foyer, il faut qu’elle évite les contacts avec les autres membres du foyer, mais également avec ces animaux de compagnie", insiste Jean-Luc Angot, le président de l'Académie vétérinaire de France.

Il existe 60 000 furets domestiques en France.
Il existe 60 000 furets domestiques en France.
© Maxppp - Sébastien Jarry

Les animaux dits "culs-de-sac épidémiologiques"

En dehors des mustélidés, les risques de transmission du virus de l'animal vers l'homme sont moindres pour les autres animaux. Il y a déjà eu des cas répertoriés de contamination au Covid-19 de certains animaux de compagnie, comme les chats infectés par leur propriétaire. "On a pu constater qu'on pouvait avoir des chats en contact étroit avec des patients qui pouvaient être malades pour quelques jours et qui guérissaient généralement spontanément", explique Gilles Salvat, directeur de la santé et du bien-être animal à l'Anses. Mais ils n'ont pas ensuite retransmis le virus à l'homme. Ces cas de transmission du Covid-19 de l'homme vers le chat sont "très sporadiques et faibles si on les compare à la transmission interhumaine", insiste Anne-Sophie Gosselin-Grenet, enseignante-chercheure à l'Université de Montpellier, spécialisée en virologie. Contrairement au vison, une fois qu'il est contaminé, le chat ne retransmet pas le virus à l'homme. "Ces animaux sont ce qu'on appelle des culs-de-sac épidémiologiques : la transmission s'arrête à ces animaux", définit Gilles Salvat. 

Comment expliquer que le chat ou le chien ne retransmettent pas le Covid-19 à l'Homme une fois qu'ils sont contaminés ? "En fonction des espèces, le virus ne va pas agir de la même manière parce qu'il y a des espèces pour lesquelles il va être beaucoup mieux adapté, dans lesquelles il va pouvoir se multiplier, trouver toutes les conditions les plus favorables à son développement. Donc, chez le chat, le virus trouve un certain nombre de conditions, mais pas suffisamment pour ensuite pouvoir être retransmis", détaille Muriel Vayssier-Taussat, responsable du département santé animale à l'Inrae. 

Le virus qui est passé chez le chat ne s'est pas adapté pour permettre une rétro-transmission dans le sens inverse, ce qui a pu être le cas chez les visons.                                                                        
Anne-Sophie Gosselin-Grenet, enseignante-chercheure à l'Université de Montpellier, spécialisée en virologie.

La retransmission du Covid-19 de l'animal vers l'homme dépend donc de la susceptibilité des différentes espèces animales. Le coronavirus s'est ainsi mieux adapté au vison qu'au chat, ce qui a pu favoriser la rétro-transmission du virus du vison vers l'homme. "Pour que le virus puisse s'adapter, il faut qu'il puisse se multiplier et muter pour s'adapter à son nouvel hôte. Peut-être que la contamination au sein des chats est moindre. Du coup, il n'a pas encore eu le temps de s'adapter aux chats et éventuellement d'évoluer pour revenir vers la population humaine", met en avant Anne-Sophie Gosselin-Grenet, enseignante-chercheure à l'Université de Montpellier, spécialisée en virologie.

Les bovins, les ovins, les caprins mais également les porcs et les volailles sont également "très peu sensibles ou pas sensibles" au virus : "Il y a un certain nombre d'expérimentations qui ont été conduites par des équipes internationales et qui ont montré que, globalement, ce sont des espèces qui ne se transmettent pas le virus à l'intérieur de l'espèce et qui, évidemment, ne transmettent pas le virus à l’homme", affirme Gilles Salvat. Selon lui, le virus peut donc "entrer dans une cellule", sans être infectant pour l'animal. Pour que l'infection soit active, il faut que le virus se multiplie suffisamment chez l'animal. "On peut infecter un bovin, c’est-à-dire le virus peut entrer dans la cellule, il peut y avoir une petite réaction immunitaire mais le bovin ne multiplie pas le virus en quantité et ne va pas le transmettre très largement à ses congénères", précise le directeur de la santé et du bien-être animal à l'Anses.

De façon générale, "la transmission de l'animal à la personne est très exceptionnelle, absolument exceptionnelle. Le risque principal, c’est la transmission de personne à personne", affirme Daniel Marc, vétérinaire-virologiste, chercheur à l’Inrae de Tours, dans l’unité Infectiologie et santé publique.

À réécouter : Les animaux et le Covid
5 min

Le MERS, un coronavirus transmissible des camélidés vers l'Homme

Il existe un autre type de coronavirus qui peut se transmettre de l'animal à l'Homme : il s'agit du MERS, le Middle East Respiratory Syndrome, apparu pour la première fois en 2012 en Arabie saoudite. "C'est un virus qui vient de la chauve-souris, qui s'est adapté chez les camélidés", explique Daniel Marc, vétérinaire-virologiste, chercheur à l’Inrae de Tours, dans l’unité Infectiologie et santé publique. 

Selon lui, "2 500 cas" ont été répertoriés chez l'homme depuis 2012, "essentiellement au Moyen-Orient, dont 860 morts". Si l'épidémie de MERS s'est moins propagée que celle du Covid-19, c'est en partie parce que le "virus ne se transmet pas de personne à personne", précise Daniel Marc. "Il se transmet uniquement de l’animal vers l’homme", affirme-t-il.

D'autres maladies pourraient émerger dans les années qui viennent et augmenter la transmission de virus des animaux vers l'Homme. "Il y a de plus en plus de contacts entre la faune sauvage et l'Homme", pointe du doigt Muriel Vayssier-Taussat, responsable du département santé animale à I'Inrae. L'activité humaine empiète notamment de plus en plus sur l'environnement de la faune sauvage. "Cela crée des contacts inédits et des rencontres qui n'avaient jamais eu lieu par le passé, et qui, tout à coup, font que ces virus qui existent depuis la nuit des temps, vont être en contact avec l'Homme", explique-t-elle.

"Cette promiscuité accrue des animaux domestiques avec la faune sauvage ainsi que les densités d'élevages extrêmes associées de surcroît à de mauvaises conditions sanitaires permettent au virus de changer d'hôte, et donc de franchir cette fameuse barrière d'espèce" de l'animal vers l'Homme, complète Jean-Christophe Avarre, chercheur en écologie et en évolution virale à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).