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"Contaminations" en 3 photos, par Samuel Bollendorff

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La ville toxique (Anninton-Alabama-USA), exposition "Contaminations, festival Visa pour l'image, Perpignan, 2018
La ville toxique (Anninton-Alabama-USA), exposition "Contaminations, festival Visa pour l'image, Perpignan, 2018
- Samuel BOLLENDORFF

Vidéo . "Comment faire pour se figurer l’horreur et l’immensité des contaminations ?" Le photographe Samuel Bollendorff a parcouru le monde pour nous montrer les paysages et les hommes contaminés par la pollution de grands groupes industriels.

Entretien avec le photojournaliste Samuel Bollendorff pour son exposition Contaminations au festival de photojournalisme "Visa Pour l'Image", du 1er au 16 septembre 2018.

1e photo : " La ville toxique"

"Sur cette image, on est aux État-Unis, en Alabama, à Anniston, et c’est là que Monsanto a déversé ses fonds de cuves de production de PCB, tout en connaissant l’immense danger pour les populations, à ciel ouvert, dans des décharges, dans la rivière qui traverse Anniston. Aujourd’hui encore, on rencontre des gens qui font des enfants avec douze doigts ou sans yeux, avec des taux de toxines absolument immenses dans le sang. Cette femme à Anniston, c’est une femme qui vit à côté de la décharge, qui a eu un cancer à 17 ans, sa sœur à 15, son cousin, son oncle, tout le monde dans la famille, dans son quartier, est malade mais elle n’a même pas les moyens de partir. Pour moi, ce qui était important dans les portraits, c’était d’essayer d’évoquer cette sidération. L’ampleur de ces contaminations est tellement immense qu’on ne peut plus rien faire pour des siècles et la puissance de certains lobbies, de ces industriels, laisse les victimes dans une incapacité totale à se défendre et il sont là… foudroyés, sidérés. C’est ce que j’ai essayé de rendre dans ces portraits. 

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Les images d’actualité que nous voyons en permanence, elles sont effroyables. Le monde, on en est témoin quotidiennement, est extrêmement violent. Je pense qu’à force on peut même produire un rejet de ces images, on peut se dire non ça je veux pas voir, j’en ai marre de ces sujets, etc. Donc tout l’enjeu c’est aussi de produire des images qui sont belles, qui sont même parfois calmes, apaisantes, dans lesquelles on peut s’engager, on peut adhérer à l’idée de regarder cette image et donc du coup finalement de recevoir aussi toute l’histoire qu’elle raconte et qu’on raconte à côté de cette image."  

2e photo : "La Mère Nature"

La mer nature (Alberta, Canada) exposition "Contaminations" , festival Visa pour l'image, Perpignan 2018
La mer nature (Alberta, Canada) exposition "Contaminations" , festival Visa pour l'image, Perpignan 2018
© Radio France - Samuel Bollendorff

"C’est l’image d’un lac qui est contaminé, dans lequel les pêcheurs ne peuvent plus pêcher parce qu’il y a des poissons déformés. On est dans le grand nord du Canada, en Alberta, et les populations autochtones ont de plus en plus de cancers et se retrouvent avec une terre, qui est leur terre, dans laquelle ils avaient l’habitude de chasser, de pêcher, etc., qui est laissée complètement impropre au développement humain par les entreprises qui exploitent le pétrole du sable bitumineux.

Pour moi, c’est une façon d’appréhender ce sujet sur les contaminations qui sont souvent invisibles. Comment faire pour raconter, pour montrer ces pollutions invisibles ? Je me suis dit qu’il fallait photographier des très beaux paysages et puis ensuite raconter, à côté, ce qui s’y déroulait."

3e photo : "Les Larmes Des Sirènes"

Les larmes de sirènes (océan pacifique nord), exposition "Contaminations" Festival Visa pour l'image, Perpignan, 2018
Les larmes de sirènes (océan pacifique nord), exposition "Contaminations" Festival Visa pour l'image, Perpignan, 2018
© Radio France - Crédits : Samuel Bollendorff

"C’est l’intérieur d’un filtre, c’est ce que les scientifiques de l’expédition Tara glanent en passant des filtres dans l’eau au milieu de ce qui s'appelle le continent de plastique, qui n’a absolument rien d’un continent, c’est une mer merveilleuse, c’est l’océan Pacifique, quand on le regarde c’est très beau mais malheureusement à l’intérieur, il y a des milliards de petits morceaux de plastique qui sont grands comme un grain de riz, qui peuvent être de 20 microns c’est-à-dire la taille du phytoplancton c’est ce que mange les poissons ça rentre dans leurs tissus, ça rentre dans la chaîne alimentaire. Et ces milliards de  micro-fragments de plastique ne sont absolument pas nettoyables." 

59 min