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Contourner les médias : retour sur expériences

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Le studio de "Radio Hollande" en 2012
Le studio de "Radio Hollande" en 2012

Nicolas Sarkozy avait déjà créé une "télé" sur internet dès janvier 2007, en 2012, "Radio Hollande" avait développé des programmes, Jean-Marie Le Pen diffuse le 484e numéro de son "Journal de bord"... Retour sur l'histoire des "nouveaux" médias politiques

Présidentielle 2007, Nicolas Sarkozy innove sur internet avec une télévision dès le mois de janvier. Télévision, le mot est fort. « NSTV », aux initiales du candidat, est une plateforme de vidéos. Mais c’est une première en politique dans le cadre d’une campagne électorale.

« D’après les chiffres, j’ai vu qu’on avait pulvérisé tout le monde » s’enorgueillit Nicolas Sarkozy dans l’une de ces vidéos mises en ligne à l’époque.

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Le candidat y explique la philosophie de cette plateforme :

Je veux à travers notre petite chaîne de télévision vous montrer l’envers du décor parce que pour moi c’est très important que vous compreniez que tout ça, c’est authentique.

Difficile de croire en l’argument de l’authenticité. "C’est de la com, pas de la propagande", assume au Télégramme de Brest le publicitaire François de la Brosse, à l’origine du site internet de campagne et de la NSTV, aux côtés de l’écrivain José Frèches, en charge de l’éditorial.

2007 : première campagne présidentielle marquée par internet et la vidéo

Vincent Feltesse de l’équipe de campagne de la candidate socialiste Ségolène Royal explique :

C’est une campagne avec beaucoup de vidéos qui font des cartons […]. Plusieurs centaines de milliers de vues. Ce n’est pas encore l’époque des chaînes d’info en continu.

Il y a pourtant I-Télé et BFM TV dans le paysage audiovisuel. Mais ces chaînes n’ont pas en 2007 la force de frappe d’aujourd’hui. Le web permet au PS de mettre à disposition les vidéos des réunions publiques et de créer aussi sa web télé. Pour Vincent Feltesse, 2007 marque « le début de l’internet politique dans la foulée du débat sur le projet de Traité constitutionnel européen de 2005 » où le web français avait vu apparaître ses premiers blogueurs politiques. C’est donc « la première campagne où l’internet est présent. Mais sans les réseaux sociaux, sauf un Facebook encore embryonnaire. » poursuit M. Feltesse.

En 2012, l’explosion des réseaux sociaux dans la campagne

Dans l’équipe de François Hollande, « on investit davantage sur Twitter plutôt que sur Facebook car Nicolas Sarkozy était plus en avance que nous » explique Vincent Feltesse, devenu cinq ans plus tard le directeur de la campagne numérique, entouré de 54 personnes. C’est l’époque aussi où le PS crée le concept de « riposte-party », devenu un grand classique ensuite lors de la Présidentielle 2017. Des dizaines de militants répliquent en temps réel et diffusent sur les réseaux sociaux les éléments de langage de leur candidat.

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Dès 2012, "Radio Hollande" a mutliplié les émissions, dont celle-ci "spéciale finances publiques" avec Jérôme Cahuzac en invité vedette…

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En 2012, en entrant au QG de François Hollande, avenue de Ségur, un studio de radio sera même crée au rez-de-chaussée pour le dernier mois de campagne. Avec Pierre Lescure et Fred Musa, "Radio Hollande" (dont voici le premier numéro) diffuse sans nuance et sans contradiction la propagande du candidat chaque soir de 19h à 21h. Cette radio se passe des réglementations du CSA en matière de temps de parole imposées aux médias audiovisuels traditionnels. L’idée d’une webradio sera reprise en 2017 par l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon, radio intitulée « Les Jours Heureux ».

En 2012 toujours, aux côtés de la candidate écologiste Eva Joly, un jeune militant venu de "Jeudi Noir", Julien Bayou, 31 ans, est nommé directeur de la mobilisation. Il opte pour des vidéos décalées sur Youtube. Notamment celle d’une candidate qui assumait son accent. « Çà a un peu vieilli » reconnaît le militant cinq ans plus tard.

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On en avait fait une aussi qui avait bien fonctionné avec des chatons pour inciter les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales et à faire obstacle à Nicolas Sarkozy.

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Le but, déjà à l’époque, est de faire parler de soi, « créer le buzz » autour de son candidat, en choisissant de montrer ce que les équipes choisissent d’en montrer.

Avoir le temps de développer ses idées

« Il y a les politiques qui se sont emparés du web et ceux qui ont accepté, contraints, de faire ce qu'on leur conseillait. Ces derniers sont ceux qui n’ont pas forcément compris l’intérêt du web en politique », résume Vincent Feltesse. Jean-Marie Le Pen a très tôt pris l’habitude de s’adresser aux électeurs du Front national à travers son « Journal de bord », dont il vient de mettre en ligne le 484e numéro.

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Jean-Luc Mélenchon pour la France Insoumise en est, lui - seulement - à sa 41ème « Revue de la Semaine ».

Ces « RDLS » accumulent en moyenne aujourd’hui plus de 120 000 vues (le double pendant la campagne) et durent autour de 30 minutes.

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À Réécouter notre reportage pendant la campagne présidentielle sur les ripostes de la France insoumise sur le web pendant la campagne présidentielle:

5 min

Jean-Luc Mélenchon exploite le temps long que lui offre internet pour diffuser son message, faire fi des formats audiovisuels courts et contraints, et se passer de contradicteurs. Jusqu'à l’échéance présidentielle du printemps dernier, l'essentiel de la classe politique française n'avait pas encore saisi l'enjeu.