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Coronavirus : "Ce qui est fondamental, c'est la transparence, pour renforcer la confiance des populations"

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Chez Foxconn, Shenzhen, en Chine, on fabrique des masques dans certains ateliers d'où sortaient des smartphones.
Chez Foxconn, Shenzhen, en Chine, on fabrique des masques dans certains ateliers d'où sortaient des smartphones.
© AFP - Liang Xu / Xinhua

Entretien. Antoine Bondaz est chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de l’Asie, où il a suivi l’évolution de l'épidémie depuis son origine. Un recul historique qui lui permet d’alerter sur les mesures essentielles et urgentes à mettre en œuvre.

À l'heure où le centre de gravité de la pandémie de coronavirus bascule en Europe, où plus de la moitié des 10 000 morts provoqués par le Covid-19 sont enregistrées, une partie de l'Asie semble avoir stabilisé la crise sanitaire. La Chine, en premier lieu, d'où est partie la contamination, n'a fait état ce vendredi d'aucune nouvelle contamination d'origine locale, pour le deuxième jour consécutif.

Pékin, dès lors, se veut exemplaire dans les mesures à prendre pour contenir le virus, quitte à en jouer diplomatiquement. Car la Chine est désormais capable d'envoyer dans le reste du monde ce matériel qui fait souvent défaut : un avion a ainsi livré vendredi en République tchèque plus d'un million de masques de protection respiratoire.

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Moins politique et sans doute aussi efficace, l'exemple de la Corée du Sud doit éclairer l'Europe sur les conditions d'un ralentissement du virus. Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, a étudié de près la diffusion du Covid-19 en Asie, et en particulier en Corée du Sud. Pour lui, il y a beaucoup à apprendre des stratégies de Pékin ou de Séoul pour y faire face.

Vous avez observé depuis plusieurs mois – y compris sur place en Corée du Sud – l’évolution de l’épidémie devenue pandémie. Que devrait-on faire d’urgence, en France ?

Manque de masques, de gels, le constat est clair : les pays touchés n’ont pas les capacités de production d'équipements de protection suffisantes vis-à-vis d'une crise sanitaire qui n'est pas anticipée. Même s’il existe des stocks stratégiques, ils sont à terme évidemment insuffisants. Il est donc impératif de relancer une production nationale, en accroissant la production des acteurs qui produisent déjà, soit de reconvertir. C'est ce qui s'est passé notamment en Chine. On a assisté à la mobilisation d'acteurs de l'automobile ou des télécommunications par exemple, comme on l’a vu avec Foxconn, un des sous-traitants d'Apple, qui a commencé à produire des masques.

Une partie des isolants utilisés dans l'automobile peuvent être transformés afin de fabriquer des masques. Dans les industries des télécoms existent ce qu’on appelle des salles blanches, sans particules, nécessaires lorsqu'on produit justement des masques, qu’il s’agisse de masques de protection, des masques FFP2 ou de masques chirurgicaux. 

L’ensemble du tissu industriel peut se mobiliser et contribuer à "l'effort de guerre".

En premier lieu, donner les masques dont on n’a pas prioritairement besoin. Cela a déjà commencé à se faire en France avec des agriculteurs, des industriels qui ont fourni des masques de protection aux personnels de santé. 

Mais il faut aussi aller vers une mobilisation en partenariat évidemment avec les gouvernements, dans le cadre d’un partenariat public privé afin de reconvertir et de mobiliser l'ensemble des énergies des lignes de production nécessaires. 

Concrètement, ce pourrait être de mobiliser les ingénieurs pour qu'ils puissent, avec des machines à impression 3D ou fabrication additive, par exemple, produire certains composants nécessaires pour les masques afin, par exemple, d'insérer les filtres et autres. De nombreux acteurs peuvent être mis à contribution sur le plan volontaire ou dans le cadre d'une mobilisation davantage pilotée par les états. 

En France, on assiste déjà à une relance de la production de masques. Mais il faut fournir plus largement. 

Sur la production de gel hydroalcoolique. Dior (LVMH), par exemple, a pris la production en main de A à Z. Pernod-Ricard, de son côté, fournit de la matière première, notamment de l’alcool. Des segments d’entreprises, dans le textile, l’automobile, pourraient contribuer de même à la production de masse. Ce sont des discussions qui ont lieu ce moment même. 

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Il faut être très clair : l'importation d'équipements de protection ne suffira pas à faire face aux besoins français. La Chine, certes, est un producteur important, mais elle a encore besoin non seulement d'équipements de protection, mais aussi de refaire ses stocks et les besoins en Europe sont énormes. 

Chine, Taïwan ou Corée du Sud, ces États, aux modèles politiques très différents, semblent avoir réussi à maîtriser, ou, du moins, à contenir la crise. Quels enseignements en tirer ?

Que ce soit des régimes autoritaires ou des régimes démocratiques, les pays asiatiques montrent qu’il existe trois facteurs indispensables pour contenir l’épidémie. 

C’est la conjonction et la conjugaison d'une campagne de dépistage, massive ou pas mais ciblée, des mesures de restriction des déplacements, avec quarantaine respectée, et de mesures barrières liées à l’hygiène

En Corée du Sud, par exemple, on a installé un rationnement. Une fois par semaine, les citoyens peuvent récupérer un nombre limité de masques. Cette mesure a été comprise par la population, qui a renforcé parallèlement ses mesures d’hygiène au quotidien, chacun désinfectant les boutons de l’ascenseur, la porte de l’immeuble, tous les objets qui peuvent être touchés par l’ensemble de la communauté. 

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Deuxièmement, la situation en Asie nous enseigne la prudence. À Séoul, où je me suis rendu au début de l’épidémie, on note quelques nouvelles contaminations. Il ne faut surtout pas crier victoire trop vite, baisser les bras pour éviter une nouvelle flambée épidémique.

Ce qui est fondamental, c'est la question de la transparence, pour renforcer la confiance des populations.

Il faut arrêter de penser que les systèmes asiatiques sont tous autoritaires et qu’il est plus facile de mettre en œuvre ce genre de réponse en Asie qu’en Europe. 

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Il est certain que l’expérience des crises précédentes, notamment celle du Sras en 2003 a laissé des marques profondes, avec des pays très lourdement touchés. Mais on le voit : ce qui est fondamental, c'est la question de la transparence, notamment en matière de communication gouvernementale, afin de renforcer la confiance des populations. 

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Elle est indispensable si on veut tout mettre en œuvre pour gagner le plus rapidement possible la guerre contre cette épidémie. Ni minimiser, ni cacher les choses, au risque de prendre les gens pour des imbéciles incapables de comprendre.

Les gens sont soucieux de leur santé. Si on leur explique , si on leur dit les choses, ils vont prendre les mesures adéquates parce qu’ils les auront comprises.