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Coronavirus chinois : plus mystérieux que la peste, le paludisme, le choléra

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Coronavirus de type SRAS vu sous un microscope électronique.
Coronavirus de type SRAS vu sous un microscope électronique.
© AFP - HO / BRITISH HEALTH PROTECTION AGENCY

41 morts, 1 300 personnes infectées... Le coronavirus chinois fait maintenant des victimes dans les pays voisins. Il fait planer le spectre du retour du SRAS de 2003, qui avait entraîné 800 morts. Pourquoi effraye-t-il autant ? Notamment parce qu'un virus reste bien plus mystérieux qu'une bactérie.

Ses victimes ressentent d'abord des symptômes grippaux, avec une forte fièvre, puis une gêne respiratoire, avec toux et insuffisance. Le nouveau coronavirus chinois, parti de Wuhan, a maintenant été recensé au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande, et même aux Etats-Unis où un cas a été détecté. Plus de 1 300 personnes infectées, 41 morts... Sa virulence fait redouter le retour du SRAS de 2003 ("syndrome respiratoire aigu sévère"), qui fit des centaines de morts, principalement en Chine et à Hong Kong. En effet, les deux coronavirus ont pour ancêtre commun le HKU9-1, un virus découvert chez des chauves-souris roussettes.

Mais qu'est-ce qu'un coronavirus, et pourquoi ces derniers effraient-t-ils autant, bien plus aujourd'hui que des maladies bactériologiques comme la peste et le choléra, ou même que des maladies parasitaires comme le paludisme ? 

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Des mystères qui résistent toujours au monde médical

En 2003, lorsque le SRAS chinois avait commencé à faire des victimes, le monde scientifique s'était rapidement penché sur ce virus émergent, inconnu, découvrant qu'il appartenait à la famille des coronavirus. Si cette découverte n'avait pas permis de lutter rapidement et efficacement contre ses ravages, elle avait permis de l'identifier à coup sûr, comme l'expliquait à l'époque Alain Fish, spécialiste en infectiologie. Il était venu dans l'émission Science frictions alors que le virus avait déjà touché plus de 5 000 personnes et tué plus de 300 malades dans 27 pays, et que de premiers tests de dépistage avaient été lancés :

La famille des coronavirus est connue depuis longtemps : ce sont des virus assez gros, une centaine de nanomètres, c’est cinq fois plus gros qu’un virus polio, pour donner un ordre de grandeur. Les plus gros virus sont dix fois plus petits qu’une petite bactérie. Ces virus sont caractérisés par un énorme génome : c’est un brin d’ARN (acide ribonucléique) totalement capable d’être lu directement dans la cellule. (...) C’est donc la dimension et la complexité de leur génome qui caractérise les coronavirus. Ils ont une enveloppe assez polymorphe, irrégulière, qui protège ce génome. A l’extérieur, on voit des structures qui font saillie, ce qui donne un aspect de couronne d’où leur nom, coronavirus, et ils sont assez faciles à reconnaître au microscope électronique avec cette couronne.

L'énigme du SRAS_Science frictions, 03/05/2003

30 min

Dans cette même émission, Alain Goudeau, médecin et virologue, inventeur du premier vaccin contre l'hépatite virale de type B, expliquait pourquoi le virus était "le degré ultime de la vie", d'une simplicité quasi désarmante : "C’est un message génétique un peu protégé par quelques protéines pour ne pas être dénaturé par l’environnement, et ce message génétique va pénétrer dans une cellule. Il ne peut vivre et se répliquer que dans une cellule, il ne peut pas exister de manière autonome."

En savoir plus : Virus, il ne leur manque que la parole

Difficile donc, d'identifier son berceau (la région de Canton, en 2003, et Wuhan, aujourd'hui), la première source étant à chaque fois des animaux vendus au marché, expliquait Alain Fish (des civettes, en 2003) : "Le virus passe d’un animal à l’autre en échangeant des informations, acquérant un potentiel informatif et une contagiosité plus complète. L'homme est un hôte accidentel qui peut en contaminer d’autres."

Si ce SRAS chinois effrayait et effraye autant, c'est aussi parce que ce virus fait partie de ceux qui vont se développer de manière particulièrement délétère pour la cellule (alors que d'autres sont assez inoffensifs) ; on parle alors d'effets "cytopathogènes". Mais également parce qu'il existe une différence majeure entre les maladies virales et les maladies non-virales, qu'on a aujourd'hui appris à prévenir, soigner grâce aux antibiotiques, voire éradiquer pour certaines, expliquait Alain Fish :

Les maladies bactériennes comme la fièvre typhoïde, le choléra, tout le monde les connaît, de même que les maladies parasitaires, comme le paludisme. Elles sont conventionnelles, tellement on les connaît et tellement on est capable de les combattre. Les virus, c’est un monde beaucoup plus mystérieux. Comme il ne vit pas réellement, il est difficile de le tuer ! Il ne vit que lorsqu’il est à l’intérieur de l’organisme. Donc il faut trouver des substances qui n’ont rien à voir avec les antibiotiques, pour attaquer non pas une cellule, mais un génome.  

Les nouveaux virus émergents seront obligatoirement beaucoup plus doués que la simple bactérie tout-venant qui terrorisait nos anciennes populations historiques. Celles qui vont survenir aujourd’hui vont passer les murs de nos propres protections, de la contagiosité, la preuve, c’est qu’elles sont là. Et ils attaquent sévèrement en passant tous les murs que l’hygiène a pu mettre en place aujourd’hui.

Quel avenir pour ce nouveau coronavirus ?

Si depuis 2003, le monde médical a appris à diagnostiquer et isoler ce coronavirus, il n'existe toujours pas de vaccin ou de traitement antiviral pour le combattre efficacement confiait l'infectiologue Yazdan Yazdanpanah à Guillaume Erner dans La Question du jour, avant d'avouer sa peur face à ce nouveau virus inconnu et à l'ampleur de sa transmission  : "Il y a des vaccins qui sont dans des phases avancées et vont être évalués par l'OMS au cours de cette épidémie, mais on ne sait pas s’ils sont efficaces ou pas".

En savoir plus : Epidémie : faut-il craindre le nouveau virus chinois ?

La terrible expérience de 2003, qui avait duré six mois, donne quand même une idée des scénarios de fin d'épidémie. A l'époque, l'erreur des autorités chinoises avait été de vouloir dissimuler son ampleur, relate Louis-Valentin Lopez dans un article de France Inter, qui citait notamment l'historien spécialiste de la Chine François Godement :

Chaque autorité locale préférait nier le problème : chacune était en concurrence avec l’autre pour avoir le moins de cas possible, ou pas de cas du tout. De son côté, le gouvernement central a aussi clairement manqué de clairvoyance et d’esprit de décision dans cette affaire.

Les autorités chinoises finiront par reconnaître tardivement et piteusement que le nombre de cas de SRAS étaient en fait dix fois supérieur aux chiffres officiels. Des mesures drastiques avaient alors pu alors être prises, avec notamment des restrictions de mouvements pour les populations pendant toute une saison, le port du masque sanitaire et diverses mesures d'hygiène et de désinfection. En juillet 2003, l'épidémie était totalement endiguée. Aujourd'hui, les autorités chinoises semblent déterminées à ne pas reproduire les mêmes erreurs. Le président chinois Xi Jinping a en effet décrété une mobilisation générale en cette presque veille du nouvel An chinois (qui aura lieu le 25 janvier), mais la population, traumatisée par l'ombre du SRAS, reste méfiante vis à vis du gouvernement et des hôpitaux publics. Quant à l'OMS, elle a convoqué une réunion d'urgence. Espérons que ce nouveau coronavirus fasse long feu.