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Coronavirus et "infodémie" : aux grands maux, les grands remèdes

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En octobre 2018, Facebook, Google, Microsoft, Mozilla, Twitter et sept associations professionnelles européennes ont signé un code de bonnes pratiques contre la désinformation en ligne.
En octobre 2018, Facebook, Google, Microsoft, Mozilla, Twitter et sept associations professionnelles européennes ont signé un code de bonnes pratiques contre la désinformation en ligne.
© AFP - Beata Zawrzel / NurPhoto

La pandémie de coronavirus entraîne une vague d'informations fausses ou trompeuses sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche. Les géants du web s’allient de façon inédite au gouvernement français afin d’endiguer la viralité de ces fake news.

"Nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons aussi une 'infodémie'", ce néologisme a été lâché le 2 février dernier par Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé.

Ingurgiter de la javel, se raser la barbe ou se vaporiser de l’alcool sur la peau ne protègent pas du coronavirus, contrairement à ce que prétendent ainsi certaines publications sur les réseaux sociaux. Pour limiter la propagation de ces fausses informations, trompeuses, farfelues ou extrêmement dangereuses, le gouvernement français a lui mis en place une collaboration inédite avec les géants du numérique : réseaux sociaux, moteurs de recherche, et même plus récemment, sites d’e-commerce. Réaction inédite à des circonstances exceptionnelles, selon le secrétariat d’Etat chargé du Numérique, qui n’a pas vocation à faire jurisprudence, mais qui pourrait être une base pour de futures situations semblables.

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Résultat d'une recherche sur le Covid-19 ou coronavirus sur Twitter. Un bandeau et lien "Connaître les faits" avec de l'information officielle ou certifiée est mis en avant.
Résultat d'une recherche sur le Covid-19 ou coronavirus sur Twitter. Un bandeau et lien "Connaître les faits" avec de l'information officielle ou certifiée est mis en avant.

En savoir plus : Ce que le coronavirus fait à l’info

Mise en avant des sources officielles et veille commune

A l’initiative de Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du Numérique, les principaux acteurs du web se sont réunis vendredi 28 février, autour de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, et le secrétaire d’Etat chargé de la Protection de l’enfance, Adrien Taquet. Le but : endiguer les fausses informations qui envahissent les sites français, en même temps que le coronavirus le territoire. S’asperger d’alcool, consommer de l’ail, boire de l’eau toutes les quinze minutes… Les recettes miracle pour éviter la contamination sont toutes plus incongrues les unes que les autres, parfois plus dangereuses que le virus lui-même. L’agence officielle iranienne, l’IRNA, a reporté la mort de 44 personnes qui auraient bu de l’alcool frelaté pour se protéger du Covid-19. 

Le gouvernement et les géants du numérique ont décidé à la suite de cette réunion fin février de mettre en avant les contenus provenant de sources officielles sur leurs sites et d’organiser une veille commune pour repérer les fausses informations les plus virales et dangereuses et pouvoir publier un contenu y répondant.

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En pratique, un message pop up s’affiche à l’ouverture de votre compte Facebook et les fausses informations n’apparaissent qu’en bas du fil d’actualité. Si les informations en question sont jugées dangereuses pour l’utilisateur, la plateforme les supprime. 

"Nous supprimons les informations fausses et les théories du complot identifiées par les principales organisations sanitaires. Nous bloquons aussi les publicités qui tentent de profiter de la crise, par exemple en affirmant que leur produit permet de guérir de la maladie", a déclaré Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook (ici son post du 4 mars dernier).

TikTok, réseau social très prisé des adolescents, a de son côté décidé de mettre en avant la chaîne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Croix-Rouge à chaque recherche du mot-clé coronavirus. L’un des employés de l’application, contacté par téléphone et souhaitant rester anonyme, assure qu’il est de leur devoir de sensibiliser leurs utilisateurs aux bonnes pratiques en ligne et de lutter contre la diffusion des fausses informations, mais aussi contre le cyberharcèlement, pour l’égalité des droits entre hommes et femmes ou pour la protection de l’environnement. Leur travail de modération est d’abord lié à une intelligence artificielle qui scrute de façon permanente les contenus diffusés sur la plateforme. En cas de suspicion, une vérification humaine est réalisée par une personne qui comprend la langue de la vidéo.

Fin 2018 déjà, Facebook, Google et Twitter, Mozilla, ainsi que des annonceurs et des représentants de l'industrie de la publicité avaient signé avec la Commission européenne un code de bonnes pratiques contre la désinformation. Un outil d'autorégulation dont voici le bilan un an après

Exemple de recherche du terme Coronavirus sur TikTok
Exemple de recherche du terme Coronavirus sur TikTok
© Radio France

À lire : Coronavirus : une épidémie de fake news

Répondre à une inquiétude des citoyens

Selon le secrétariat d’Etat chargé du numérique, les liens sont permanents avec les réseaux sociaux depuis la réunion du 28 février. En travaillant avec la cellule du Service d’information du gouvernement (SIG) en charge de la communication interministérielle, les réseaux sociaux peuvent faire remonter leurs informations au gouvernement, ainsi que les gouvernements étrangers. “Les réseaux sociaux ne s’arrêtent pas aux frontières françaises. Nous sommes en contact avec les gouvernements étrangers, comme avec l’Allemagne par exemple, pour faire remonter les problèmes liés aux fausses informations qu’ils ont pu rencontrer et éviter qu’ils se produisent également en France”, explique un membre du secrétariat d’Etat.

Cette démarche de supprimer les fausses informations et de réorienter vers des sites certifiés est salutaire, selon Ilyass Zouhry, chef de clinique en anatomie pathologique à l’hôpital Bichat, qui tient un compte Instagram sur lequel il vulgarise des informations médicales : “Il y a une épidémie de fausses informations sur les réseaux sociaux à chaque théorie médicale officielle. Il faut utiliser les mêmes méthodes de communication que les jeunes pour réussir à leur apporter une information plus fiable, une information vérifiée. La crainte liée au coronavirus est plus importante que pour d’autres virus, je le constate chez mes patients, mes proches, les personnes qui me contactent sur mon compte Instagram, donc il faut répondre à la propagation de fausses informations sur ce sujet”.

Ilyass Zouhry : "Dès qu'il y a une théorie officielle, il y a des théories 'alternatives' sur les réseaux sociaux"

2 min

Action aussi sur les sites de vente en ligne

Le gouvernement a aussi rencontré le mercredi 11 mars les acteurs du e-commerce tels qu’Amazon, Le Bon Coin et Cdiscount. Si le gouvernement ne peut les obliger à retirer les produits qui sont proposés à la vente sur leurs plateformes, tous ont pris l’initiative de réguler les prix des gels hydroalcooliques et des masques antibactériens et de supprimer les annonces proposant des produits prétendument miraculeux contre le coronavirus. Ces dernières semaines, Amazon a ainsi supprimé 430 000 annonces, uniquement sur son site français

Selon le secrétariat d’Etat chargé du numérique, cette collaboration entre le gouvernement et les principaux acteurs du web n’a pas vocation à se répéter : “Les réseaux sociaux ont été collaboratifs car il s’agit d’une mesure de santé publique mais aussi car nous avons pu garantir que cette situation exceptionnelle ne deviendra pas une norme”, explique le membre du secrétariat interrogé. Il assure pour autant que cette dynamique pourrait être utile pour ne pas reproduire les erreurs de situations précédentes, comme lorsque les fausses informations s’étaient massivement propagées à la suite de l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019.

Avec la collaboration d'Eric Chaverou

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