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Coronavirus : les mesures d'exception annoncées lors du discours d'Emmanuel Macron

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Emmanuel Macron lors de son allocution solennelle depuis l'Elysée ce 12 mars 2020
Emmanuel Macron lors de son allocution solennelle depuis l'Elysée ce 12 mars 2020
© AFP - Ludovic Marin

Le premier tour des municipales "se tiendra" mais le Président a notamment annoncé ce jeudi soir la fermeture de tous les établissements scolaires et universitaires à partir de lundi pour freiner la maladie. L’Etat prendra aussi en charge l’indemnisation des salariés contraints de rester chez eux.

Le premier tour des élections municipales aura bien lieu dimanche. Mais les établissements scolaires et universitaires seront fermés "jusqu'à nouvel ordre" à partir de lundi. Telles sont les deux annonces majeures du président de la République ce jeudi soir, en direct depuis l'Elysée, face à "la plus grave crise sanitaire" en France "depuis un siècle". Emmanuel Macron qui en a appelé à "la responsabilité" et demandé "à tous les Français" de limiter "au strict nécessaire" leurs déplacements, en privilégiant le télétravail. Discours aussi remarqué pour son éloge de l'État-providence, estimant que ce serait une "folie" de laisser certains biens et services aux "lois du marché" et annonçant des "décisions de rupture" à venir. "Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe."

Une rupture politique avec une bascule à gauche. Analyse de Stéphane Robert, chef du service politique

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Retour sur cette allocution très solennelle, exceptionnellement  longue de 27 minutes et sur les 4 différents stades de mobilisation des personnels médicaux et du pays.
Avec 61 morts et 2 876 contaminations ce 12 mars, soit près de 600 de plus en 24 heures, dont 129 cas graves ont été placés en réanimation, la France est ce jeudi soir le deuxième foyer épidémique du coronavirus en Europe. 

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Synthèse de l'intervention d'Emmanuel Macron par Rosalie Lafarge

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  • Pas de report du premier tour des municipales

Emmanuel Macron dit avoir pris sa décision après avoir interrogé les scientifiques au nom de la "continuité démocratique". Et parce que, selon lui, "rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes dimanche". Un maintien, contrairement à une rumeur persistante d'annulation dans l'après-midi. Cette question a fait l'objet d'intenses consultations durant toute la journée, avec notamment les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, Richard Ferrand et Gérard Larcher. D'un point de vue pratique, "d_es consignes renforcées_" seront données dès vendredi "afin que nos aînés n'attendent pas longtemps, que des files ne se constituent pas, que les distances soient aussi tenues et que les fameuses mesures barrières soient bien respectées".

  • Crèches et établissements scolaires et universitaires fermés "jusqu'à nouvel ordre"

Les crèches, écoles, collèges, lycées et universités seront fermés "dès lundi et jusqu'à nouvel ordre", pour "protéger" les enfants et "réduire la propagation" du coronavirus. "Un service de garde sera mis en place région par région" pour que les personnels "indispensables à la gestion de la crise sanitaire" puissent "faire garder leurs enfants et continuer d'aller au travail", a-t-il ajouté. 

Environ 12 millions d'élèves, et plus d'un million d'agents de l'Éducation nationale seront concernés par cette fermeture de quelques 62 000 établissements scolaires. Avec environ 1,6 million d'étudiants également touchés, pour 74 universités visées.

Le ministre de l'Education nationale a apporté des précisions dans la soirée. Jean-Michel Blanquer a fait valoir l'enseignement à distance proposé par le CNED et le dispositif "Ma classe à la maison" avec des cours en visioconférence et des ressources pédagogiques. "L’ensemble des directeurs de France et ceux qui travaillent avec eux sont préparés pour accompagner les établissements et les écoles dans la gestion de cette nouvelle phase. Ce qui est très important je le répète c’est qu’aucun enfant ne soit au bord du chemin", a-t-il soutenu. " Nous n'avons jamais envisagé la fermeture totale" de toutes les écoles de France, déclarait pourtant ce même Jean-Michel Blanquer jeudi matin sur franceinfo : "Cela nous semble contre-productif, car cela signifie que vous paralysez en bonne partie le pays."

Quatre départements avaient déjà fermé l'ensemble des établissements scolaires pour freiner le virus. Ainsi, l'ensemble des établissements scolaires de Corse sont fermés depuis ce jeudi, idem dans l'est de Montpellier. Et le site Pierre-Mendès-France (ex-Tolbiac) de l'université Paris 1-Panthéon Sorbonne, dans le 13e arrondissement de Paris, fréquentée par 10 000 étudiants et personnels, a été fermé jeudi matin après qu'un enseignant a été testé positif au coronavirus.

  • Les plus de 70 ans et les plus fragiles incités à rester chez eux

"Je demande ce soir à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles qui souffrent de maladies chroniques, de troubles respiratoires, ou sont en situation de handicap, de rester autant que possible à domicile", a exhorté Emmanuel Macron. "Ils pourront bien sûr faire leurs courses et s'aérer", a-t-il toutefois précisé.

Ce mercredi, le ministère de la Santé a déjà annoncé la suspension de toutes les visites aux personnes âgées dans les EHPAD pendant plusieurs semaines.

  • Mobilisation renforcée pour les soins

"Des places doivent se libérer dans les hôpitaux", "toutes les capacités hospitalières nationales ainsi que le maximum de médecins et de soignants seront mobilisés", ainsi que "les étudiants, les jeunes retraités" a affirmé le Président. "Des mesures exceptionnelles seront prises en ce sens". Et d'ajouter que "Les soins non essentiels à l'hôpital seront reportés. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies, quoi qu'il en coûte." Emmanuel Macron, qui a vanté la solidité et la gratuité du système de soins français, qui compte selon lui les meilleurs experts du monde, n'a pas évoqué le stade 3 de mobilisation épidémique (lire ci-dessous).

Par précaution, le gouvernement a demandé la "déprogrammation immédiate des interventions chirurgicales non urgentes" afin de libérer des lits de réanimation, en salles de réveil et du personnel qualifié. Ces mesures correspondent au stade 2 du "plan blanc" des hôpitaux.

  • Transports publics maintenus, mais...

Les Français sont encouragés à limiter leurs déplacements "au strict nécessaire", mais "les transports publics seront maintenus car les arrêter" reviendrait à "tout bloquer, y compris la possibilité de soigner".

Par ailleurs, "Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, de fermeture de frontières à prendre, mais il faudra les prendre à l'échelle européenne", a développé le chef de l'Etat. C'est la première fois qu'il évoque une telle mesure.

  • Un mécanisme "exceptionnel et massif" pour "protéger les salariés et les entreprises"

"Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en oeuvre" qui ira "beaucoup plus loin" que les annonces déjà faites par le gouvernement pour "préserver les emplois et les compétences", a affirmé le Président. "L'Etat prendra en charge l'indemnisation des salariés contraints à rester chez eux", a-t-il affirmé, s'engageant à protéger les salariés et les entreprises "quoiqu'il en coûte", sans donner plus de précision sur le coût des mesures annoncées. "Toutes les entreprises qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars", a-t-il ajouté.

Les décisions économiques annoncées. Explications d'Anne-Laure Jumet

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Plus globalement, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement "de préparer un plan de relance national et européen", invitant les 27 à "réagir vite et fort". "Nous devons aussi porter une réponse européenne. La banque centrale a déjà aujourd'hui fait part de ses premières décisions. Seront-elle suffisantes ? Je ne le crois pas", a-t-il ajouté.

Enfin, la date de fin de la trêve hivernale a été reportée de deux mois. Cette période, pendant laquelle les locataires sont protégés d'expulsion, prendra fin le 31 mai 2020 au lieu du 31 mars comme initialement prévu.

Ecoutez la réaction très critique du professeur émérite à la Pitié Salpêtrière à Paris André Grimaldi, invité de notre journal de 22h de ce jeudi. Il répond à Laura Dulieu :

André Grimaldi : "Les soignants en ont assez qu'on leur dise que ce sont des gens admirables et qu'ils peuvent commencer à 1 600 euros bruts par mois"

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Une pandémie selon l'Organisation Mondiale de la Santé

Pour l'OMS, le nouveau coronavirus est désormais pandémique, a déclaré pour la première fois ce mercredi son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Et d'ajouter "Nous sommes extrêmement préoccupés tant par le niveau alarmant et par la sévérité de la propagation que par le niveau d'inaction." "Le nombre de nouveaux cas hors de Chine a été multiplié par 13 au cours des deux dernières semaines", a-t-il souligné. 

Ce jeudi soir, le Covid-19 avait contaminé plus de 130 000 personnes dans le monde, et tué près de 5 000 décès.

Où peut se situer le virus dans notre corps ? Comment se transmet-il ? Flotte-t-il dans l'air ? Comment se protéger ? Combien de temps reste-t-il infectieux ? Quelle durée d'incubation ? Précisions de Tara Schlegel, à 12h30, le 12 mars 2020.

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Les 4 phases d'un plan en cas de pandémie en France

À chaque étape d'une épidémie sa stratégie : c'est le principal élément à retenir pour comprendre le sens d'un passage en phase 3. Cette nouvelle étape signifie que le coronavirus circule désormais sur tout le territoire et que la priorité est d'atténuer son impact, tout en prenant en charge les malades les plus gravement atteints. Le détail des mesures a été établi en 2011 dans un document disponible sur le site du gouvernement : le "plan pandémie grippale", déclinaison française des mesures recommandées par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) après la grippe A (H1N1) apparue en 2009. 

Ce plan d'action a été mis en place car une pandémie grippale requiert une action spécifique, contrairement à la grippe saisonnière. Cette dernière réapparaît à un rythme annuel avec "des virus qui varient peu d'une année sur l'autre et la population possède des défenses immunitaires à leur égard" : seules les personnes considérées à risque sont invitées à se vacciner. Les choses sont différentes pour la pandémie grippale car il s'agit d'un nouveau virus contre lequel les défenses de la majorité de la population sont faibles ou nulles. Dans ce cas, les autorités cherchent aussi à éviter une saturation des hôpitaux en étalant le plus possible le pic épidémique : c'est le sens de la phase 3.

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La stratégie du gouvernement résumée en un dessin, par le ministre de la Santé Olivier Véran sur BFM TV le 9 mars.

Les phases 1 et 2 visaient à freiner l'entrée et la diffusion du virus

Avant la phase 3, les mesures visaient à freiner l'introduction du virus sur le territoire national. Au stade 1, le but était de détecter rapidement les malades et d'identifier les personnes avec lesquelles ils avaient été en contact, pour les isoler. Des mesures très strictes ont été prises pour contrôler les retours des zones infectées (Chine puis Italie) avec des quarantaines (ou quatorzaines) imposées, le temps de vérifier que les personnes exposées ne développaient pas les symptômes. Mais cette phase a rapidement été dépassée lorsque de nombreux cas secondaires aux cas importés ont été détectés dans le pays. 

La France est alors passée en phase 2, officiellement le 29 février, lors d'un conseil de défense et d'un conseil des ministres exceptionnels consacré au coronavirus. Cette phase visait à endiguer la diffusion du virus ou du moins à la freiner ; l'épidémie n'était alors que localisée, avec uniquement des cas sporadiques sur le territoire : les fameux clusters ou foyers épidémique dans l'Oise, en Corse, dans le Morbihan, etc. Le même jour, les rassemblements de plus de 5 000 personnes en espace clos étaient interdits, suivis le 8 mars par les rassemblements de plus de 1 000 personnes "non indispensables à la continuité de la vie de la Nation" ; le ministre de la Santé Olivier Véran précisant que les manifestations, les concours et le recours aux transports en commun n'étaient pas concernés.

Le plan national de prévention et de lutte "pandémie grippale" définit 4 stratégies différentes selon le stade de l'épidémie. Ce document a été adopté en 2011 en France.
Le plan national de prévention et de lutte "pandémie grippale" définit 4 stratégies différentes selon le stade de l'épidémie. Ce document a été adopté en 2011 en France.
- Ministère de la Santé

Phase 3 : l'épidémie circule, priorité aux cas graves

"En phase 3, le virus circule largement dans la population", explique le gouvernement sur sa page dédiée au coronavirus. La stratégie repose alors sur l’atténuation des effets de l’épidémie. L’organisation prévoit la mobilisation complète du système sanitaire hospitalier et de ville (plan blanc pour les hôpitaux, plan bleu pour les EHPAD), ainsi que les établissement médico-sociaux pour protéger les populations fragiles, assurer la prise en charge des patients sans gravité en ville, et des patients avec signes de gravité en établissement de soins. Les activités collectives sont fortement impactées.

En stade 3, les mesures de confinement autour des foyers épidémiques ne sont plus systématiques car l'épidémie circule. La priorité n'est plus donnée au diagnostic de tous les cas mais plutôt à la prise en charge des cas graves : ceux qui nécessitent une hospitalisation. Il est recommandé aux autres personnes malades de ne pas encombrer les services d'urgence et de ne pas se rendre chez son médecin généraliste. 

Le système hospitalier est alors mobilisé pour faire face à l'afflux des cas graves, plus probables chez les personnes âgées ou fragiles. Les opérations non urgentes peuvent être reportées pour libérer des lits et du temps pour les soignants. 

Le gouvernement peut faire appel à la réserve sanitaire : étudiants et personnels de santé retraités. Une mesure déjà anticipée : cette force d'appoint tous terrains a déjà été sollicitée à sept reprises depuis le début de l'épidémie. A ce jour, 21 000 personnes sont inscrites dans ce corps créé par la loi du 5 mars 2007, mais "seuls 3 600 sont réellement engagées", dont 240 mobilisées dans le cadre de l'épidémie de coronavirus, a indiqué sa responsable, l'ancienne députée socialiste Catherine Lemorton, mardi sur RMC. Il s'agit de médecins et infirmiers qui n'exercent plus ou sont en fin de formation qui peuvent "répondre aux situations de catastrophe, d'urgence ou de menace sanitaires graves sur le territoire national". 

Qui est concerné par la réserve sanitaire ? Eclairage de Margot Delpierre.

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Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins Patrick Bouet a par ailleurs expliqué ce mercredi sur franceinfo que " Nous allons contacter individuellement chaque médecin retraité depuis moins de 5 ans", afin de leur proposer de faire partie de la réserve sanitaire. Selon lui, "40 000 médecins sont en retraite depuis moins de 5 ans".

Enfin, il existe un stade 4, dont on parle beaucoup moins. Il correspond à la fin de l'épidémie, lorsque la situation reviendra progressivement à la normale.