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Coronavirus : torrent de colère en Chine à la mort du lanceur d'alerte

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Une photo du docteur Li Wenliang et des fleurs devant l'hôpital central de Wuhan, dans la province du Hubei, en Chine, le 7 février 2020. Le médecin est décédé de la maladie ce vendredi. L'hôpital central de Wuhan a initialement nié sa mort.
Une photo du docteur Li Wenliang et des fleurs devant l'hôpital central de Wuhan, dans la province du Hubei, en Chine, le 7 février 2020. Le médecin est décédé de la maladie ce vendredi. L'hôpital central de Wuhan a initialement nié sa mort.
© Maxppp - EPA / YFC China out

La mort du docteur Li Wenliang, arrêté par la police début janvier après avoir lancé l'alerte sur les premiers cas suspects de coronavirus à Wuhan, soulève un élan de tristesse et de colère sur les réseaux sociaux chinois. Selon un dernier bilan officiel, 636 personnes en sont mortes en Chine.

Le docteur Li Wenliang vient d'entrer dans l'histoire de la Chine du XXIe siècle. Ce médecin est devenu un héros national pour avoir alerté sur un mal qui a déjà fait plus de 600 morts dans le pays : l'épidémie de coronavirus 2019-nCoV surgie à Wuhan, la ville où il exerçait (capitale de la province du Hubei, dans le centre). Avec désormais, dans le reste du monde, 240 cas de contaminations confirmés dans une trentaine de pays et territoires, dont deux mortels, à Hong Kong et aux Philippines (carte mondiale évolutive ici). Une pétition a été ouverte, auprès de la Maison Blanche, pour demander qu'on lui octroie le prix Nobel à titre posthume. Et son destin secoue le fonctionnement des autorités, qui ont annoncé l'ouverture d'une enquête. "Adieu docteur Li", a été tracé dans la neige tombée sur Pékin.

Reportage au matin de la mort du docteur Li Wenliang de notre correspondante en Chine, Dominique André. Avec les derniers mots du médecin, au téléphone : "Je respire difficilement, je suis à l'unité de soins intensifs".

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D'abord accusé de "perturber l'ordre social"

C'était le 1er janvier dernier. Li Wenliang, médecin ophtalmologue à l'hôpital de Wuhan, est arrêté avec sept autres médecins. Deux jours avant, cet homme de 34 ans a envoyé un message à ses collègues via la messagerie WeChat. 

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Il s'inquiète de ces sept malades qu'il a vus à l'hôpital où il est lui-même soigné. 

Tous présentent des symptômes proches d'un Sras, un syndrome respiratoire aigu. 

Tous travaillent au même endroit, le marché aux fruits de mer de la ville. Selon l'agence Reuters, Li Wenliang poste dans ce message la photo d'un test de l'échantillon d'un patient confirmant une infection à un coronavirus "ressemblant au Sras". 

Deux jours après son arrestation, Li Wenliang doit signer un procès-verbal. Un document en forme d'autocritique, où il est accusé de propager de fausses informations, de "perturber l'ordre social". Il est menacé de poursuites. C'est ce même procès-verbal, marqué de ses empreintes digitales à l'encre rouge, comme du sang, à moitié effacé qui circule désormais sur les réseaux sociaux. Symbole de la censure de l’état et du contrôle des citoyens, dans une Chine aujourd’hui révoltée. 

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Entre cette autocritique qu'il a été obligé de signer et sa timide réhabilitation, il aura fallu attendre de précieuses semaines et des centaines de morts. Entre temps, le médecin a lui même été infecté en soignant des patients. Sa famille - son épouse enceinte, et ses parents - sont eux même contaminés, et hospitalisés à ses côtés. Le 31 décembre 2019, les autorités chinoises avaient prévenu l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de l'émergence à Wuhan de cas de pneumonie d'origine inconnue.

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Un symbole de la colère de la population

Fin janvier, les selfies montrant le docteur Li Wenliang depuis son lit d’hôpital, visage à demi dissimulé derrière son masque chirurgical, commencent à faire de lui un symbole de la colère de la population face au contrôle et la propagande exercés par le régime chinois sur les citoyens. 

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Car ce n'est que le 20 janvier qu'un juge de la cour suprême chinoise a fini par convenir - chose rarissime bien qu'en des termes choisis - qu'il aurait fallu écouter les appels du docteur Li à mettre un masque, et à se protéger du virus. Et ce n'est qu'à ce moment-là, alors que les tout premiers cas suspects avaient fait leur apparition à partir du 8 décembre à Wuhan, que les habitants se sont mis à porter des masques de protection, juste avant la mise de facto en quarantaine de cette ville de onze millions d'habitants. 

Une pétition a été ouverte, auprès de la Maison Blanche, pour demander qu'on lui octroie le prix Nobel à titre posthume. 

Wuhan doit à Li Wenliang des excuses (posthumes). Les autorités de Wuhan et (de la province du) Hubei doivent aussi des excuses solennelles aux populations du Hubei et de notre pays.

C'est avec ces mots que Hu Xijin, éditorialiste virulent au Global Times, un quotidien tabloïd gouvernemental, a commenté sur le réseau social Weibo la mort du docteur Li.  

Les publications sur ce réseau annonçant la mort de Li ont cumulé plus de 1,5 milliard de vues dans la nuit de jeudi à vendredi. Le sujet a aussi fait l'objet de nombreuses discussions sur le service de messagerie WeChat, où se sont exprimées tristesse, incompréhension et indignation, illustrées par de nombreux poèmes et dessins. La mort du docteur Li a semblé plonger l'appareil du régime dans la stupeur, alors que le #jeveuxlalibertédexpression est apparu sur les réseaux sociaux avant d'être censuré.  

Des médias publics comme la télévision nationale CCTV et le quotidien Global Times avaient dans un premier temps annoncé son décès dès jeudi soir, avant de retirer cette information des réseaux sociaux. 

Alors que l’épidémie continuait à progresser, que la vie des citoyens ne tient plus qu’à un fil, Xi Jinping est resté à Pékin pour festoyer à l’occasion du Nouvel an, au milieu des chants et des danses, se moquant totalement de tout. On a dépassé le niveau du dégoût, on entre dans le chaos. Je suis convaincu que cette crise, quelle que soit son évolution, va sonner le tocsin du Parti communiste chinois et de Xi Jinping. Wang Dan, un des leaders du mouvement estudiantin pour la démocratie en 1989, exilé aux Etats-Unis

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L'attitude des autorités chinoises à l'égard de Li a rappelé les soupçons qui pesaient sur la Chine en 2003 lorsqu'elle fut accusée de tenter de dissimuler l’épidémie majeure du Sras, virus jusque-là inconnu qui est apparu dans la province du Guangdong avant de se répandre dans d'importantes villes chinoises et d'autres pays, faisant plus de 800 morts et semant la panique. 

Réagissant à la colère populaire, le pouvoir central a annoncé l'ouverture d'une enquête sur "les circonstances entourant le docteur Li Wenliang, telles qu'elles ont été rapportées par les masses" et l'envoi sur place d'une équipe d'enquêteurs anti-corruption. La mairie de Wuhan a présenté ses condoléances.

Avec la collaboration d'Eric Chaverou

© Visactu
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