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Coronavirus : un nouveau défi pour les humanitaires

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Contrôles sanitaires au Burundi le 20 mars, à la frontière avec la République démocratique du Congo, où à l'épidémie d'Ebola, quasiment éteinte, succède la pandémie au Covid-19.
Contrôles sanitaires au Burundi le 20 mars, à la frontière avec la République démocratique du Congo, où à l'épidémie d'Ebola, quasiment éteinte, succède la pandémie au Covid-19.
© AFP - Onesphore Nibigira

A mesure que la pandémie de Covid-19 se répand dans le monde, les organisations humanitaires doivent s’adapter, apprendre de leurs expériences passées, inventer de nouvelles méthodes de travail. Voici trois grands enjeux illustrés à travers les témoignages de trois acteurs de l’humanitaire.

Nulle région du monde n’est apparemment protégée contre le Covid-19, qui, selon l’Organisation mondiale de la santé, touche aujourd’hui plus de 500 000 personnes. Mais si les pays du G20, outre la gestion sanitaire de la crise, travaillent déjà à soutenir leurs économies frappées de plein fouet, les zones les plus défavorisées suscitent les plus grandes inquiétudes.

Dans les pays traditionnellement soutenus par l’action des ONG, en Afrique notamment, qu’ils soient en guerre ou simplement dépourvus de structures étatiques ou sanitaires suffisantes, les ONG s’efforcent de continuer à opérer et, surtout, tentent de ralentir la propagation du virus.

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Illustration dans trois secteurs de l'action humanitaire, avec Handicap international, Care et le Comité internationale de la Croix-Rouge. 

Le soutien aux populations les plus vulnérables 

Florence Daunis, directrice des opérations de Handicap international : "On va devoir trouver de nouvelles manières de répondre aux besoins des personnes handicapées, notamment. On sait aujourd'hui que toutes les mesures qui sont mises en place, notamment le confinement pour protéger la population contre le Codiv-19, sont rarement adaptées aux besoins particuliers des personnes handicapées.

Nous avons l'intention de continuer à travailler sur l'accès aux services de ces personnes vulnérables. Ce qui veut dire pour nous, par exemple, négocier que nos équipiers soient considérés comme des personnels médicaux et puissent avoir une autorisation de mouvements dans les pays où nous travaillons, ce qui n'est pas évident aujourd'hui.

Aujourd'hui, les personnels humanitaires ne sont pas encore considérés comme des personnels essentiels. L’enjeu pour nous est [qu'ils soient considérés comme tels par] un certain nombre d’États, pour qu'ils laissent nos équipes opérer afin de permettre la continuité des services pour les personnes les plus vulnérables, dont les personnes handicapées.

Des étudiants et des thérapeutes portant des masques attendent dans une salle pendant que des membres de la Croix-Rouge indonésienne désinfectent une école pour enfants handicapés, à Jakarta le 18 mars 2020.
Des étudiants et des thérapeutes portant des masques attendent dans une salle pendant que des membres de la Croix-Rouge indonésienne désinfectent une école pour enfants handicapés, à Jakarta le 18 mars 2020.
© AFP - Adek Berry

Notre personnel est lui-même placé en confinement total en Colombie, en Jordanie, au Népal, en Ethiopie, au Kenya, en Ouganda, à Madagascar. Les mesures de confinement arrivent jour après jour. Il faut que l'on invente de nouvelles façons de travailler.

Il y a des endroits où on peut mettre en place, par exemple, des soutiens psychologiques sur des lignes téléphoniques, des "hotlines". Beaucoup de gens n'ont pas la capacité aujourd'hui de se déplacer.

On sait aussi que dans la plupart des pays dans lequel nous intervenons, il n'y a pas de supermarchés. Les gens ne vont pas pouvoir compter sur le "drive"… Ils doivent aller au marché tous les jours et donc ça va être extrêmement important de pouvoir assurer leur futur.

Il faut bien se rappeler qu'on travaille dans des pays extrêmement pauvres dans lesquels les systèmes de santé sont vraiment déjà fragiles, voire défaillants. Il faut absolument les soutenir parce ce que ce que l'on arrive à faire en Europe ne va pas être possible dans beaucoup de pays africains. On a besoin du soutien de la société civile et des États pour continuer à soutenir les populations les plus pauvres. 

Le travail auprès des communautés : les leçons d’Ebola

Benoit Munsch, responsable du programme Care en République démocratique du Congo (RDC) : "La RDC est l’un des pays où il y a eu l’une des plus grandes crises humanitaires au monde. Le pays est juste à la fin d'une épidémie, celle d'Ebola. On attend d’ailleurs la déclaration [qui marque officiellement la fin de l'infection] dans quelques jours. Du coup, beaucoup de mécanismes sont déjà en place, en termes d'hygiène, en termes de prévention contre les maladies contagieuses. On peut donc dire qu'il y a déjà un certain niveau de préparation.

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Mais il est vrai que le coronavirus se transmet plus facilement qu’Ebola. Par conséquent, on a dû augmenter toutes les mesures de prévention au niveau de nos activités aussi.

On voit qu’en Europe principalement, on parle d'une approche extrêmement médicale et stricte. Or, on sait qu'il y a des limites à cela dans un pays comme le Congo, où l'ensemble de la population vit un peu au jour le jour, avec un besoin du système informel, des accès à l'eau qui sont assez réduits.

On sait que les méthodes de confinement ne vont pas forcément être acceptées ou faciles à mettre en œuvre. On sait aussi que pendant Ebola, ce qui a été extrêmement important, c'était le travail avec les communautés pour pouvoir justement stopper l'épidémie.

Initialement, avec une approche purement médicale et assez autoritaire, il y a eu une très forte résistance de la population. Au tout début de la crise Ebola, on n'a pas assez accompagné les communautés. Il y a eu beaucoup de violences contre le personnel médical et contre les centres de santé en particulier.

On voit que là aussi avec le coronavirus, il y a un risque de réactions violentes par rapport à des dispositions qui pourraient être prises au niveau central et qui ne seront pas forcément comprises ou acceptées au niveau des provinces et au niveau des communautés.

Le problème dans ce type de crise est que les mesures prises peuvent aller à l'encontre d'un engagement communautaire. C'est très difficile pour nous, à l'heure actuelle, de voir comment la situation peut évoluer. 

Dialoguer avec les groupes armés malgré le coronavirus 

Robert Mardini, directeur général du Comité international de la Croix-Rouge : "Notre priorité absolue est de continuer à aller dans les pays en guerre et de pouvoir travailler avec les communautés qui sont déjà affectées par des conflits armés et pour lesquelles le coronavirus est une menace supplémentaire.

Dans la majorité de ces pays où nous sommes présents, on voit émerger de nouveaux cas de coronavirus et ce n’est que le début. Il est très important de baser notre réponse sur des mesures de prévention et d’adapter nos programmes existants à la réalité du coronavirus.

Cela passe par exemple par des conseils sur les gestes qu'il faut adopter et par le dialogue avec les autorités. Nous visitons chaque année 2 000 lieux de détention autour de la planète et voyons à peu près 1 million de détenus. 

Nous avons un dialogue privilégié avec les autorités carcérales. On peut non seulement les conseiller sur des mesures à prendre, mais aussi les aider à améliorer les conditions d'hygiène dans les prisons et à renforcer les dispositions mises en œuvre pour éviter que le virus n'y pénètre.

Nous les invitons par exemple, à repenser les visites des familles aux détenus pour éviter ce vecteur de transmission. En Afghanistan, nous avons un excellent dialogue avec les autorités carcérales, sur ce sujet justement, en Irak aussi. Mais le défi est monumental.

Une autre spécialité du CICR est le dialogue que nous avons avec les groupes armés dans beaucoup de pays. Et là, il y a des exemples concrets très encourageants. Comme au Burkina Faso, où on a pu faciliter le passage d'une équipe médicale dans des villages qui étaient encerclés par des groupes djihadistes. Ils ont pu traverser la ligne de front.

En Somalie aussi, où des zones sont contrôlées par des groupes armés, les Shebab. On déploie des activités avec le Croissant-Rouge dans ces zones pour maintenir un soutien et une offre de soins de santé dans les endroits les plus reculés et faire des choses qui contribuent aussi à la lutte contre l'épidémie."