Publicité

Corruption et culpabilité, et toujours des femmes

Par
"Ma’ Rosa" de Brillante Mendoza
"Ma’ Rosa" de Brillante Mendoza
- © Center Stage Productions

Les projections. Encore deux beaux portraits de femmes dans la compétition cannoise, avec la fonçeuse et obstinée "Ma’ Rosa" de Brillante Mendoza, et une lumineuse et obscure "Fille inconnue" par les frères Dardenne, déjà deux fois palmés…

Chronique Antoine Guillot Festival de Cannes 2016

2 min

L’enfer des commissariats philippins

Le 9 mai, les Philippines ont élu un nouveau président, Rodrigo Duterte, qui s'est engagé à rétablir la peine de mort par pendaison et à autoriser la police à "tirer pour tuer", afin de lutter contre les fléaux endémiques que sont la délinquance, la pauvreté et la corruption. On ne saurait trop lui conseiller de regarder, au plus vite, le film que son compatriote Brillante Mendoza présente aujourd'hui à Cannes. Encore un portrait de femme, c'est LA tendance à Cannes cette année, une mère courage, la "Ma' Rosa" du titre, qui tient une petite échoppe dans un quartier populaire de Manille, et réussit à joindre les deux bouts en revendant, entre les chips et les bonbons, de petites doses de drogue bon marché. Sauf qu'un jour, elle est arrêtée avec son mari, et doit trouver une énorme somme d'argent pour que la police, brutale et corrompue, la laisse partir. Brillante Mendoza, très grand metteur en scène, excelle encore, comme dans "John John" ou "Serbis", à donner par de longs plans séquences la sensation de la circulation dans l'espace, ici entre un bidonville rincé par les typhons estivaux et un sordide commissariat, et à fouiller dans les tréfonds des maux philippins, on se souvient de "Kinatay" et son portrait de la police comme antichambre du gangstérisme. On saluera aussi le talent de l'interprète du rôle-titre, Jaclyn Jose, déjà vue chez Mendoza, encore une candidate sérieuse à un prix d'interprétation féminine qui s'annonce très disputé.

Les Dardenne chez Simenon

"Fille inconnue" par les frères Dardenne
"Fille inconnue" par les frères Dardenne
- © Christine Plenus

D'autant qu'une autre très bonne actrice figure également dans le nouveau film des frères Dardenne : après Cécile de France et Marion Cotillard, c'est au tour d'Adèle Haenel d'entrer dans l'univers des Dardenne. "La Fille inconnue" se déroule encore et toujours à Seraing, cette banlieue populaire de Liège où ils ont tourné tous leurs films. On est là moins dans le film noir que dans le polar à la Simenon, lui-même natif de Liège, avec cette médecin qui s'improvise enquêtrice pour tenter d'identifier cette femme sans nom venue mourir mystérieusement près de chez elle. C'est sans doute moins les dessous inavouables de la ville et son humanité cabossée qui intéresse les frères belges que le portrait de cette femme, lumineuse et obscure en même temps, et de poser les questions de la juste distance, de la responsabilité et de la possibilité du bien. Bonnes questions, en effet...

Publicité

"Ma’ Rosa" de Brillante Mendoza (Sélection officielle)

"Fille inconnue" par les frères Dardenne (Sélection officielle)