Le stade 974, en août. Mis en avant par les organisateurs car réalisé avec autant de containeurs et démontable, loin de l’image anti-écologique de cette Coupe.
Le stade 974, en août. Mis en avant par les organisateurs car réalisé avec autant de containeurs et démontable, loin de l’image anti-écologique de cette Coupe.

Coupe du monde au Qatar : de beaux stades mais à quel prix ?

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Coupe du monde au Qatar : de beaux stades mais à quels prix ?

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Stadium | Depuis 2010, le Qatar est le plus grand stade du monde. Depuis que le petit émirat a obtenu l'organisation de la Coupe du monde de football. Avec des édifices impressionnants mais très controversés pour leurs conséquences environnementales et leur construction par des ouvriers maltraités.

Imaginez : 8 stades de 40 000 à 80 000 places sur un territoire de 11 500 kilomètres carrés… à peine plus grand que le département de la Gironde. Et dans un pays qui compte seulement 2,8 millions d'habitants, dont environ 380 000 citoyens qatariens (un peu plus que la population niçoise). Ces constructions se veulent à la hauteur de la plus grande compétition sportive au monde avec les Jeux olympiques et de l'ambition impressionnante de la richissime monarchie absolue gazière, encore 113e au classement de la FIFA l'année de l'attribution du précieux rendez-vous. Mais les promesses, le changement de date de l'épreuve et les discours officiels sont loin d'avoir calmés les polémiques à propos de ce dispositif. Revue de ces bâtiments et des critiques qui les accompagnent.

Six nouveaux stades, dont un disparaîtra, et deux rénovés

Sur les 8 stades qui accueilleront les matches de cette Coupe du monde, 6 ont été construits spécialement. Seulement 2 ont été rénovés. Le stade Ahmad Bin Ali, construit en 2003 à Al Rayyan, dans la banlieue ouest de Doha, et le stade international Khalifa de Doha, sorti de terre en 1976, et autour duquel a été construite l’académie Aspire et son célèbre dôme, destiné à être l’outil du développement du sport qatarien. Le stade Khalifa est l’un des 4 stades de Doha, avec le stade Education City, qui comme son nom l’indique a été construit sur le campus de la principale université du Qatar. S'y ajoute le stade Al Thumama, dont le dessin s’inspire du couvre-chef traditionnel porté dans les pays arabes.

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Les critiques autour de cette compétition au Qatar sont nombreuses. Le nombre et la taille démesurée de ces constructions notamment. Pour y répondre, au moins en partie, l’Émirat a décidé que la capacité de certaines enceintes, dont le stade Al Thumama, serait réduite après la compétition. Il devrait ainsi perdre la moitié de sa capacité pour passer à 20 000 places et les 20 000 sièges gagnés seront offerts à des pays en voie de développement.

Encore plus économique et éco responsable, le quatrième stade de Doha doit lui carrément disparaître après la Coupe du monde. Il sera démonté et les éléments récupérés serviront à initier d’autres projets. Et d’un point de vue esthétique, c’est assez dommage en vérité. Le stade 974, c’est son nom, 974 comme l’indicatif téléphonique du Qatar, 974 comme le nombre de conteneur recyclés utilisés pour sa construction, est un stade original, coloré et qui pourrait être cité en exemple. D'après le cabinet d’architectes espagnol Fenwick Iribarren qui a conçu le 974, ce stade aurait utilisé 40 % moins d’eau qu’un stade classique pour sa construction. Il sera en plus le seul stade de l'épreuve à ne pas être climatisé…

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Des initiatives écologiques jugées largement insuffisantes

L'énergie des huit stades (climatisation, éclairage) sera fournie par une centrale solaire d'une capacité de 800 mégawatts, soit quasiment la puissance d'un réacteur nucléaire. Ces initiatives écologiques ont été saluées. Mais elle sont jugées largement insuffisantes par de nombreuses associations environnementales. Notamment parce que si le Qatar avait promis un bilan carbone neutre pour sa Coupe du monde, il n’a sans doute pas suffisamment investi dans les énergies renouvelables pour parvenir à cet équilibre. Le pays détient toujours le triste record mondial de rejet de CO2 par habitant dans l’atmosphère avec 37 tonnes. Par comparaison, le score de la France, déjà jugé assez mauvais, est de 11 tonnes par an et par habitant.

57 min

Le plus grand stade de la compétition, qui est également le plus grand stade de la péninsule arabique avec ses 80 000 places, sera donc climatisé. Il se trouve dans la ville nouvelle de Lusail, dans la banlieue nord de Doha. Lusail, une ville spécialement construite pour la Coupe du monde pour un coût total de 38 milliards de dollars… C’est dans ce stade que se jouera notamment la finale de la compétition.

Les climatisations des stades ont été imaginées par Saoud Abdulaziz Abdul Ghani, un ingénieur aussi surnommé "Docteur Cool". Il aime expliquer que son système doit être considéré comme un "héritage" pour le Qatar, puisqu’il ne devrait pas être utilisé pendant la Coupe du monde qui se joue en hiver, sous des températures très supportables d’environ 25 degrés, mais seulement une fois la compétition terminée, pour des matches qui devraient se jouer en été…

Des pelouses arrosées avec de l'eau... potable

Comme celle de tous les stades de la compétition au Qatar, la pelouse du stade Al Bayt, de la ville d'Al Khor, sera arrosée avec… de l’eau potable. La raison est simple : il n’y a quasiment pas de possibilité d’avoir de l’eau recyclée au Qatar et le comité d’organisation est donc obligé d’avoir recours à de l’eau courante et donc potable pour l’entretien des terrains. Vu d’ici, une aberration écologique de plus…

Le stade Al Bayt est le plus éloigné de Doha : une soixantaine de kilomètres et puisque l’Émir avait donné des crédits quasiment illimités aux architectes, ils ont pu laisser libre court à leur imagination et Al Bayt est une vraie réussite esthétique. Il n'y aura pas un stade raté dans cette coupe du monde, mais celui-ci est absolument étonnant : reproduction gigantesque d’une tente bédouine, il est un stade unique, sans aucun équivalent au monde, très loin des stades fonctionnels, mais construits à la chaîne ces derniers temps en Europe…

Le stade Al Bayt, lieu de la cérémonie et du match d’ouverture du Mondial 2022, Qatar-Équateur, ainsi que six autres rencontres dont une demi-finale.
Le stade Al Bayt, lieu de la cérémonie et du match d’ouverture du Mondial 2022, Qatar-Équateur, ainsi que six autres rencontres dont une demi-finale.
© AFP - Qatar’s Supreme Committee for Delivery and Legacy

Le stade Al Janoub, le 8e et dernier stade de Qatar 2022 est peut-être encore plus incroyable : il a été imaginé par l’architecte irakienne Zaha Hadid, figure dominante du courant déconstructiviste. Pour cette œuvre, Zaha Hadid, décédée d’une crise cardiaque en 2016, s’est inspirée des coques et des voiles des boutres, ces bateaux de pêche à la perle qui ont longtemps parcouru les côtes de la péninsule arabique.

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Le stade Al Janoub, 40 000 places, a été construit à Al Wakrah, et il est un hommage aux activités maritimes de la ville. Avant cette œuvre posthume, Zaha Hadid, l’une des architectes les plus récompensées par la profession, s’était déjà frottée aux équipements sportifs. Elle avait notamment imaginé la piscine olympique des jeux de Londres, en 2012 avec son toit mémorable en forme de vague géante…

L'impossible décompte des ouvriers morts sur les chantiers

Le problème des stades de cette Coupe du monde au Qatar n’est donc pas leur beauté ou leur qualité, mais plutôt le désastre écologique qu’ils pourraient générer, et les conditions de travail déplorables des ouvriers qui les ont construits.

Écoutez ce reportage dans la zone industrielle de Doha où vivent 400 000 travailleurs loin des regards, dans une zone interdite aux journalistes :

Récits de jeunes migrants qui travaillent dans ces immenses stades. Reportage de Noé Pignède

1 min

Le Guardian, le quotidien anglais, a estimé en février 2021 à 6 500 le nombre d’ouvriers étrangers morts depuis 2012 et le début des travaux. L'Organisation internationale du travail (OIT), présente à Doha depuis 2018, a toutefois regretté en novembre 2021 que ce bilan ait été "largement reproduit (...) sans toujours inclure le contexte (...) et en attribuant souvent ces décès à la construction des sites de la Coupe du monde". Ce chiffre est à peu près impossible à confirmer mais il donne quand même un ordre d’idée. Les dirigeants du petit Émirat contestent, dénoncent un 'Qatar Bashing', et mettent en avant leurs efforts pour s’aligner sur les standards occidentaux, de la création, par exemple, d’un salaire minimum à 250 dollars par mois, de l’abandon de la Kafala, le droit musulman qui régissait le droit du travail et qui était considéré par de nombreuses ONG comme une forme moderne d’esclavagisme. Ces efforts existent, mais le malaise demeure…

57 min
Les stades de la Coupe du monde au Qatar.
Les stades de la Coupe du monde au Qatar.
© AFP - Laurence Saubadu, Vincent Lefai

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58 min

Avec la collaboration de Chadi Romanos